Fondation
C'est une abbaye bénédictine, fondée fin du VIII siècle, dit-on, par Charlemagne.
Selon les anciennes chartes de l'abbaye, à l'endroit où l'Argentor, venant de Champagne-Mouton, décrit une courbe, s'élevaient, dès les premiers temps de l'ère chrétienne, un petit oratoire fondé, croit-on, par saint Martial.
Évolution du statut
Les moines bénédictins viennent donc s'installer à Nanteuil; mais ce premier établissement est de courte durée. Au début du X siècle les vikings envahissent la contrée, la mette au pillage et ne laissent deriière eux que des ruines.
L'abbaye de Nanteuil subit le sort de celle de Charroux et est ruinée de fond en comble.
Elle est relevée de ses ruines vers la fin du X siècle par un personnage que les Chroniques de Nanteuil nomment Guillaume le noble, et qui pourrait être le comte d'Angoulême, Guillaume Taillefer.
L'archevêque de Bordeaux soumet la nouvelle abbaye à l'abbaye Saint-Cyprien de Poitiers, et décide qu'aucun abbé n'y sera élu sans son approbation et celle de l'abbé de Saint-Cyprien.
L'abbaye de Nanteuil prend alors rapidement une grande importance et sa renommée s'étend si bien dans les diocèses voisins, qu'en moins de douze ans, quatre de ses membres sont appelés à s'asseoir sur des sièges épiscopaux.
Lorsque Robert d'Arbrissel veut fonder le monastère de Tusson, il a à lutter contre l'abbé de Nanteuil, Gauthier, à propos d'une ancienne chapelle dont l'abbaye revendique la possession.
Les XII et XIII siècles sont l'époque la plus florissante de l'abbaye; de nombreuses donations viennent accroître ses domaines. Dès le début du XIII siècle, Hyrvoix, seigneur de Ruffec, avec l'assentiment de sa femme, Poqueria, reconnaît aux moines tous droits de juridiction sur le territoire de Nanteuil et leur abandonne ce qu'il peut encore posséder sur ce même territoire.
En 1304, l'abbaye de Nanteuil reçoit la visite de Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux. Moins d'un an plus tard, ayant été élu pape sous le nom de Clément V, il met l'abbaye sous la protection spéciale du Saint-Siège.
Guerres, pillages et destructions
La Guerre de Cent Ans ne tarde pas à répandre sur la France la terreur et les ruines. Afin d'être à l'abri d'un coup de mains, les moines font entourer l'abbaye et le bourg de Nanteuil par des murailles, et improvisent des milices devant faire le guet nuit et jour.
Malgré ces précautions, l'abbaye est en premier lieu incendié par des Anglo-Normands et, quelques temps après, pillée par des Anglo-Gascons.
Une fois la paix rétablie, il faut songer à relever, une nouvelle fois, l'abbaye de ses ruines. Ce soin est confié à l'abbé Aymery Texier, ancien curé de l'église Saint-André de Ruffec.
Après avoir réuni les moines qui se sont dispersés, il réunit à la mense conventuelle le prieuré de Saint-Martin de Salles, et obtient des titulaires des autres prieurés dépendant de l'abbaye, l'abandon d'une part de leurs revenus.
En 1492, il est remplacé par Nicolas Ymbault, qui achève la restauration du monastère.
En 1530, la mise en commende de l'abbaye vient compromettre à jamais sa prospérité.
Perte temporaire de fonction religieuse
Au XVII siècle, il n'y a plus dans l'abbaye que les titulaires des offices claustraux, qui sont recrutés le plus souvent dans les familles locales, et ne mènent plus la vie commune.
Au XVIII siècle la décadence est complète et, le 10 novembre 1770, l'évêque de Poitiers supprime définitivement l'abbaye de Nanteuil, dont les biens et revenus sont unis au séminaire de Poitiers.