Albert Schweitzer

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Introduction

Albert Schweitzer
Bundesarchiv Bild 183-D0116-0041-019, Albert Schweitzer.jpg
Naissance14 janvier 1875

Kaysersberg, Alsace-Lorraine, Empire allemand
Décès4 septembre 1965 (à 90 ans)

Lambaréné, Gabon
Nationalité1875-1919 :  Empire allemand

1919-1965 : France France
Profession(s)Théologien,

Musicien,

Philosophe,

Médecin
DistinctionsPrix Nobel de la paix en 1952

Prix Goethe en 1928

Chevalier de la Légion d'honneur en 1948

Médaille d'Or du WWF en 1949

Grand officier de la Légion d'Honneur en 1950

Membre de l'Académie française des sciences morales et politiques en 1951

Médaille d'or de la Ville de Paris en 1954

Ordre du Mérite par la Reine Elisabeth II en 1955
FamilleJean-Paul Sartre, son petit cousin, Schweitzer descendance ( Juliette )

L'église de Gunsbach où Albert Schweitzer fit ses premières gammes.

Albert Schweitzer, né le 14 janvier 1875 à Kaysersberg et mort le 4 septembre 1965 à Lambaréné au Gabon,est un théologien protestant, musicien organiste, philosophe et médecin, alsacien né citoyen d'Alsace-Lorraine (ressortissant allemand) et réintégré dans la nationalité française par le Traité de Versailles. Connu pour son éthique du respect de la vie, pour son hôpital fondé en 1913 à Lambaréné, au Gabon, ainsi que pour ses travaux sur Bach et ses interprétations à l'orgue, caractéristiques du mouvement de la réforme alsacienne, Albert Schweitzer fut lauréat du prix Goethe en 1928 et du prix Nobel de la paix en 1952.

Biographie

Il naquit le 14 janvier 1875, peu après l'annexion de l'Alsace par l'Empire allemand. Etant donné qu'à sa naissance, il était un nourrisson faible, les médecins de Kaysersberg recommandèrent à sa famille d'aller dans un endroit où l'air était pur. Il passa donc son enfance à Gunsbach où son père avait trouvé un poste de pasteur et d'instituteur lorsque le petit Albert avait six mois.

Il a été initié très tôt à la musique et joua de l'orgue paroissial dès l'âge de neuf ans.

Il passa ses années d'études secondaires à Mulhouse de 1885 à 1893 et obtint son baccalauréat en 1893. En octobre de la même année, il débuta ses études de théologie et de philosophie à l'Université de Strasbourg et étudia l'orgue à Paris, chez Charles-Marie Widor.

Le jour de Pentecôte 1896, il prit la décision qu'à l'âge de trente ans, il se consacrerait à un service purement humanitaire.

De retour de Paris et Berlin où il avait étudié la théologie et la philosophie pendant trois ans, il passa ses doctorats de philosophie (1899) et de théologie (1900) à Strasbourg. Il devint ensuite pasteur de l'Église Saint-Nicolas de Strasbourg, où il bénit, le 11 avril 1908, le mariage de Theodor Heuss, futur premier président de la République fédérale d'Allemagne.

Sa thèse de théologie sur la Sainte-Cène fut publiée en 1901 ; l'année suivante, il fut nommé chargé de cours à la Faculté de théologie de l'Université de Strasbourg. De 1903 à 1906, il fut directeur du Collegium Wilhelmitanum qui était le séminaire protestant (ou le Stift) de Strasbourg. Il jouait régulièrement de l'orgue sur l'instrument de l'église protestante saint Nicolas de Strasbourg dont il était titulaire. En automne 1904, il lut l'article dans le "Journal des Missions Evangéliques de Paris" et décida de devenir médecin et d’aller à Lambaréné.

Il donna des séries de concerts d'orgue afin d'aider au financement de son hôpital. C'était un spécialiste de Jean-Sébastien Bach auquel il a consacré une monographie (1905). Il corrigea avec le pasteur Paul Meyer (en charge des paroisses protestantes de L'Hôpital et de Freyming-Merlebach (Moselle) durant la période 1909-1939) les épreuves de son ouvrage sur Jean-Sébastien Bach. Proche ami du pasteur Jean-Paul Meyer, il installa contre des aides au financement de son hôpital dans l'église protestante de L'Hôpital (Moselle) un orgue qu'il souhaitait d'abord transporter à Lambaréné. Il reviendra plus tard de temps en temps à L'Hôpital (Moselle) pour y revoir son ami Jean-Paul Meyer et donner des récitals sur « son » instrument pour le financement de son œuvre.

En 1905, il débuta ses études de médecine à Strasbourg. En 1912, il suivit l'enseignement de médecine tropicale à Paris. Promu Docteur en médecine en 1913, il partit pour Lambaréné (Gabon, alors en Afrique-Équatoriale française) en mars, en compagnie d'Hélène Bresslau, institutrice, fille du professeur Harry Bresslau, qu'il avait épousée en 1912.

Comme citoyens allemands, les époux furent mis en résidence surveillée dès 1914 par l'armée française. Exténués par plus de quatre ans de travaux et par une sorte d'anémie tropicale, ils furent arrêtés en 1917, déportés et incarcérés comme prisonniers civils dans les Hautes-Pyrénées (Notre-Dame de Garaison) et par la suite à Saint-Rémy-de-Provence jusqu'en juillet 1918. De retour en Alsace, Albert Schweitzer est peu après réintégré dans la nationalité française (que possédaient ses parents et ascendants avant 1871), tout comme sa femme (avant 1927 tout étrangère épouse d'un citoyen français obtenait ipso facto la nationalité de son mari).

Pendant son incarcération, il avait écrit Kulturphilosophie (1923), une étude philosophique de la civilisation. Il y abordait la pensée éthique à travers l’histoire et invitait ses contemporains à mettre en œuvre une philosophie de respect de la vie.

Schweitzer resta en Europe jusqu'en 1924 puis retourna en Afrique où il reconstruisit et aménagea son hôpital de Lambaréné pour y recevoir des milliers de patients africains. En 1954, il inaugura le "Village Lumière" où il pouvait accueillir deux cents lépreux et leurs familles.

Pour donner les conférences et les récitals d’orgue qui lui rapportaient les fonds nécessaires, il retournait fréquemment en Europe. Il fut un ami personnel de la reine Elisabeth de Belgique et d'Albert Einstein. En 1953, il reçut le prix Nobel de la paix 1952 et c'est alors qu'un grand nombre d'Alsaciens se reconnurent en lui.

Schweitzer ne fût probablement jamais un complet végétarien comme le démontrent nombre de citations, toutefois il exprima une emphase pour ces idéaux et il est possible qu' il ait pu devenir complètement végétarien durant les dernières années de sa vie.

A 86 ans, le 5 novembre 1961, Albert Schweitzer accéda à l'église unitarienne universaliste des Etats-Unis en adhérant à la "Church of the Larger Fellowship" dirigée par son ami Marshall et instituée par la dénomination pour ses membres dispersés dans le monde. Albert Schweitzer meurt à Lambaréné en 1965.

Notoriété

Dessin d'Albert Schweitzer par Arthur William Heintzelman.

Son œuvre comprend une trentaine d'ouvrages (toujours disponibles), parmi lesquels une étude théologique Reich Gottes und Christentum (Le royaume de Dieu et le christianisme) et son autobiographie. Sa philosophie s'articule autour d'un grand principe : le respect de la vie. Ce principe le rapproche des grands penseurs de l'Inde, et en particulier des penseurs du Bouddhisme, sur lesquels il écrira un essai.

Au cinéma, il a été incarné par Pierre Fresnay, dans Il est minuit, Docteur Schweitzer (1952), avec Jeanne Moreau dans le rôle de son infirmière, Marie.

Sa cousine Anne-Marie Schweitzer Sartre était la mère de Jean-Paul Sartre.

L'œuvre d'Albert Schweitzer a inspiré nombre d'associations et d'organisations qui travaillent aujourd'hui selon l'éthique de ce dernier. Parmi elles, l'Albert Schweitzer Zentrum en Allemagne, l'Association suisse Albert Schweitzer ou le Centre Ecologique Albert Schweitzer (CEAS) en Suisse.

Il a inspiré Larry Mellon, héritier de la famille Mellon, qui a fondé en 1956 l'Hopital Albert Schweitzer Haiti à Deschapelles en Haïti.

Il a donné son nom a plusieurs établissements scolaires, notamment le Lycée Albert Schweitzer de Mulhouse.

Citations

« Je suis vie qui veut vivre, entouré de vie qui veut vivre. Chaque jour et à chaque heure cette conviction m’accompagne. Le bien, c’est de maintenir et de favoriser la vie ; le mal, c’est de détruire la vie et de l’entraver. »

— La civilisation et l’éthique, 1976

« Chaque fois que je suis sur le point d'abîmer une vie quelconque, il faut que je me pose clairement la question de savoir si c'est nécessaire. Jamais je ne devrai m'autoriser à aller au-delà de l'indispensable, même dans des cas apparemment insignifiants. »

— La civilisation et l'éthique, chap. XXI, 1976

James Cameron, un journaliste britannique qui vécut un temps avec lui afin d'écrire une série d' articles pour le "News Chronicles" le décrit ainsi : "Le docteur ne mange que fruits et légumes, mais en grandes quantités : avocats, mangues et soja, ainsi que particulièrement une très grande variété de bananes bouillies. Le Docteur n'a que peu d'illusions quant à la civilisation moderne et c'est pourquoi il en défend une nouvelle basée sur le Respect de la Vie. Il pense que la civilisation moderne basée sur l'arme atomique est faussement basée sur la destruction de la vie."

Plutôt que supporter du colonialisme, Schweitzer en fut l'un des plus rudes critiques. Dans un sermon prêché le 6 Janvier 1905, avant qu'il n' ait annoncé à quiconque ses plans humanitaires il discourait ainsi :

« Notre culture divise les gens en deux classes : les hommes civilisés, un titre accordé à ceux qui effectuent le classement; et les autres, qui ont seulement forme humaine, et qui pourraient périr ou être jetés aux chiens pour ce que les "hommes civilisés" en ont à faire.


Oh cette "noble" culture qui est la nôtre ! Elle parle si pieusement de dignité humaine et de droits humains, puis faillit à respecter cette dignité et ces droits d'innombrables millions avant de les fouler à ses pieds, au prétexte qu'ils vivent outre-mer ou que leurs peaux sont de différentes couleurs, ou qu'ils ne peuvent pas "s'aider eux-mêmes". Cette culture ne sait pas combien elle est creuse et misérable et pleine de désinvoltes parlottes, combien banale elle paraît pour ceux qui la suivent par delà les mers et voient ce qu'elle a commis là-bas [...] Je ne vais pas énumérer tous les crimes perpétrés au nom de la justice. Des gens ont volé les indigènes de leurs terres, en ont fait des esclaves, libérant sur eux la vermine de l'humanité. Pensez aux atrocités commises sur ces populations rendues serviles [...] et tout ce que nous avons fait... Nous les décimons, puis par un trait de stylo, prenons leurs terres si bien qu'ils n'ont plus rien du tout... Si toute cette oppression et tout ce péché et honte sont perpétrés sous l'œil du Dieu Germain, ou du Dieu Américain, ou du Dieu Britannique, et si nos états ne se sentent pas obligés premièrement de laisser de coté leur affirmation d'être "Chrétien" — alors le nom de Jésus est blasphémé et tourné en dérision. Et la Chrétienté de nos états est blasphémée et tournée en dérision devant ces pauvres gens. Le nom de Jésus devient imprécation, et notre Chrétienté -votre et mienne- devient contre-vérité et disgrâce, si les crimes ne sont pas suivis de réconciliations là-même où ils furent commis. Car pour toute personne ayant commis au nom de Jésus un crime, quelqu'un doit s'avancer pour aider au nom de Jésus; pour toute personne qui vole, quelqu'un doit apporter compensation; pour chaque personne qui maudit, une autre doit bénir.


Et dorénavant, lorsque vous parlez de missions, laissez ceci être votre message : Nous devons restaurer l'harmonie pour tous ces crimes lus dans les journaux. Nous devons recréer l'harmonie pour ces crimes, encore pires, à propos desquels nous ne lisons rien dans les magazines, ces crimes étouffés dans le silence nocturne de la jungle..." »

— Essential writings de Albert Schweitzer; James Brabazon Éditeur : Maryknoll, NY Orbis Books 2005

Œuvres

  • Eugène Münch 1857-1898, éd. imprimerie J. Brinkmann, Mulhouse, 1898
  • Die Religionsphilosophie Kants1., éd. C.A. Wagners Freibourg i. B., 1899
  • Das Abendmahl im Zusammenhang mit dem Leben Jesu und der Geschichte der Urchristentums, éd. J. C. Mohr, Tübingen, 1901
  • Jean-Sébastien Bach Le musicien-poète, éd. Breitkopf & Härtel, Leipzig, 1905
  • Règles internationales pour la construction des orgues, Strasbourg, 1909
  • Die psychiatrische Beurteilung Jesu Darstellung und Kritik, éd. J. C. Mohr, Tübingen, 1913
  • A l'orée de la forêt vierge, éd. Librairie évangélique, Strasbourg, 1923 ; réed. Albin Michel, 1995
  • Nouvelles de Lambaréné – Du printemps à l’automne 1924, éd. Librairie évangélique, Strasbourg, 1925
  • Souvenirs de mon enfance, éd. de la Concorde, Lausanne, 1926
  • Les grands penseurs de l'Inde, éd. Payot, Paris, 1936
  • Histoires de la forêt vierge, éd. Payot, Paris, 1941
  • Goethe L’homme et l’œuvre, Saison d’Alsace n° 1 – 1950, Strasbourg, 1950
  • Le pélican du Dr Schweitzer, éd. Sun, Paris, 1952
  • Paix ou guerre atomique, éd. Albin Michel, Paris, 1958
  • Souvenirs de mon enfance, éd. Albin Michel, Paris, 1960
  • Ma vie et ma pensée, éd. Albin Michel, Paris, 1960
  • Le secret historique de la vie de Jésus (traduction de l'allemand par Annie Anex-Heimbrod), éd. Albin Michel, Paris, 1961
  • La mystique de l'apôtre Paul (traduction de l'allemand par Marcelle Guéritot), éd. Albin Michel, Paris, 1962
  • Histoire de mon Pélican, éd. Albin Michel, Paris, 1963
  • La civilisation et l’éthique (traduction de l'allemand par Madeleine Horst), éd. Alsatia, 1976
  • La paix par le respect de la vie (traduction de l'allemand par Madeleine Horst), éd. De la Nuée Bleue, 1979
  • Conversations sur le nouveau testament, éd. Brepols, Paris, 1996
  • Humanisme et mystique, éd. Albin Michel, 1995.
  • Vivre, éd. Albin Michel, 1995.
  • Agir, Éditions_Ampelos, 2009,