Arc outrepassé ornant une des portes de la Grande mosquée de Cordoue
L'arc outrepassé (ou arc en fer à cheval) est un arc qui dessine un arc de cercle plus grand que le demi-cercle. Cette variante de l'arc en plein cintre est apparue au V siècle dans le Bas-Empire romain et fut abondamment utilisée dans l'architecture wisigothique, hispano-mauresque et préromane.
Historique
L'arc outrepassé est d'origine paléochrétienne.
Il fut ensuite repris de façon importante par l'architecture wisigothique en Espagne.
De là, il passa :
d'un côté à l'architecture préromane de tradition wisigothique qui subsista aux IX et X siècles dans certains foyers de résistance wisigothique, à savoir en Catalogne et en Septimanie wisigothique
de l'autre, à l'architecture omeyyade de l'émirat de Cordoue qui le magnifia et en fit une de ses caractéristiques les plus marquantes
Par la suite, l'architecture omeyyade de l'émirat de Cordoue le transmit à toutes les formes d'architecture hispano-mauresque qui lui succéderont mais également à l'architecture chrétienne dite mozarabe
Remarque : assez curieusement, l'architecture asturienne (IX siècle) ne reprit pas l'arc outrepassé wisigothique; le seul exemple d'arc outrepassé dans l'architecture asturienne orne le chevet de San Salvador de Valdediós mais il s'agit d'arcs outrepassés d'inspiration cordouane.
Origine paléochrétienne de l'arc outrepassé (V siècle)
L'arc outrepassé n'est pas d'origine orientale (arabe ou byzantine) comme on l'a souvent écrit : on a ainsi pu lire sur un panneau explicatif placé au fond de la nef de l'Abbaye Saint-Michel de Cuxa que les Wisigoths empruntèrent l'arc outrepassé à l'architecture byzantine lors du périple qui les amena de l'empire romain d'orient vers l'empire romain d'occident.
L'arc outrepassé est en fait une évolution de l'arc en plein cintre apparue durant le Bas-Empire romain : on le trouve en plan dans l'abside de la cathédrale Notre-Dame de Nazareth à Vaison-la-romaine dès la fin du V siècle.
Il s'agit donc d'une innovation de l'architecture paléochrétienne, pour laquelle il n'est nul besoin d'invoquer une origine orientale.
Abside de plan outrepassé de la Cathédrale Notre-Dame-de-Nazareth de Vaison
Abside de plan outrepassé de la Cathédrale Notre-Dame-de-Nazareth de Vaison
L'arc outrepassé dans l'architecture wisigothique (VII siècle)
L'arc outrepassé fut abondamment utilisé par l'architecture wisigothique en Espagne, représentée par de nombreuses églises datant de la deuxième moitié du VII siècle (de 660 à 700 de notre ère environ).
On trouve ainsi par exemple :
un superbe arc triomphal outrepassé dans l'église de Santa María de Melque près de S.Martin de Montalban
arc outrepassé au-dessus du porche de l'église San Juan Bautista de Baños, à Baños de Cerrato près de Palencia
Santa María de Melque
L'arc outrepassé dans l'architecture omeyyade (VIII siècle au X siècle)
Salle de prière de la mosquée de Cordoue
L'arc outrepassé atteignit sa plus belle expression dans l'architecture omeyyade de l'émirat de Cordoue où il acquit :
La salle de prière de la Grande mosquée de Cordoue commencée en 785 par l'émir Abd-el-Rahman Ier est ornée de superbes arcatures ajourées présentant deux niveaux d'arcs outrepassés aux claveaux blancs et rouges.
L'arc outrepassé orne également en abondance les portes de la mosquée, au niveau des portes elles-mêmes (le plus ancien exemplaire orne la porte dite Bâb-al-Wuzara ou porte des ministres de 785, qui est le modèle de toutes les autres portes de la mosquée) mais aussi au niveau des arcatures aveugles qui surmontent les portes, constituées d'arcs outrepassés entrecroisés ou non.
Façade de la mosquée de Cordoue
Arcature d'arcs outrepassés
Arcature d'arcs outrepassés entrecroisés
L'arc outrepassé est omniprésent dans l'architecture omeyyade et il orne de nombreux autres édifices omeyyades, tant de l'époque de l'émirat de Cordoue que du califat de Cordoue :
Medina al-Zahra : Dar-Al-Wuzara (palais des ministres), Salon Rico (salle d'Abd-el-Rahman III), arcade de l'Alcazar...
Toutes les formes d'architecture hispano-mauresque qui succéderont à l'architecture omeyyade lui emprunteront ce type d'arc, de même que l'architecture chrétienne mozarabe.
L'arc outrepassé dans l'architecture préromane de tradition wisigothique (IX et X siècles)
L'arc outrepassé est omniprésent dans l'architecture préromane de tradition wisigothique des IX et X siècles qui perpétue l'architecture wisigothique en Catalogne et en Septimanie (Roussillon et Languedoc).
On l'y retrouve sous des formes variées (arc triomphal outrepassé, abside de plan outrepassé, portail outrepassé, voûte outrepassée, arc doubleau outrepassé...) à Saint-Martin de Fenollar, Saint-Michel de Sournia, Saint-Nazaire de Roujan, Saint-Laurent de Moussan...
Saint-Martin-de-Fenollar
Saint-Nazaire de Roujan
L'arc outrepassé dans l'architecture chrétienne mozarabe (X siècle)
L'architecture chrétienne dite "mozarabe" ou "art de repeuplement" était une architecture chrétienne héritière à la fois de l'architecture wisigothique et de l'architecture omeyyade de l'émirat de Cordoue.
Elle utilisa donc à double titre l'arc outrepassé : mais ses arcs outrepassés sont clairement de tradition cordouane, plus fermés et cintrés que les arcs de tradition wisigothique.
On trouve ainsi par exemple :
une superbe galerie porche constituée d'arcs outrepassés à l'église San Miguel de Escalada
des arcs outrepassés à l'intérieur de l'église Santa Maria de Lebeña
La galerie porche de San Miguel de Escalada
Santa Maria de Lebeña
L'arc outrepassé dans l'architecture des royaumes de Taïfa (XI siècle)
Porte donnant accès à la mosquée de l'Aljaferia
L'arc outrepassé fut utilisé dans le cadre de l'architecture des royaumes de Taïfa (XI siècle). Il orne par exemple la porte donnant accès à la mosquée de l'Aljaferia de Saragosse ainsi qu'un des accès au Salon Doré.
Il y connut par ailleurs une évolution spécifique : l'arc outrepassé brisé, apparu à l'Aljaferia de Saragosse entre 1065 et 1081.
L'arc outrepassé dans l'art roman (XI et XII siècles)
A l'époque romane, les régions constitutives de l'ancienne Septimanie, à savoir le Roussillon et Languedoc, continuent d'être caractérisées par l'utilisation de l'arc outrepassé hérité de la tradition wisigothique (avec une possible influence califale).
On trouve à Saint-Génis-des-Fontaines et à Saint-André-de-Sorède (en Roussillon) deux bas-reliefs romans du début du XI siècle qui représentent le Christ en gloire encadré de personnages logés chacun sous un arc outrepassé. Initialement, chacun de ces bas-reliefs constituait probablement un devant d'autel, réemployé ultérieurement comme linteau au niveau du portail.
Linteau de l'abbaye de Saint-Génis-des-Fontaines
Linteau de Saint-André-de-Sorède
Autels à lobes languedociens
On trouve en Languedoc plusieurs tables d'autel dont le pourtour est orné d'arcs outrepassés : ces autels sont appelés autels à lobes languedociens.
L'église Sainte-Marie de Quarante contient deux autels à lobes du XI siècle : le maître-autel avec sa décoration raffinée est un des plus beaux autels à lobes languedociens.
On le retrouve par exemple au portail de la chapelle Saint-Hippolyte de Loupian en Languedoc, surmontant un arc festonné.
Chapelle Saint-Hippolyte de Loupian
L'arc outrepassé dans l'architecture mudéjare
Monastère royal de Santa Clara de Tordesillas
L'arc outrepassé dans l'architecture Art nouveau (XX siècle)
On retrouve enfin l'arc outrepassé dans l'architecture Art nouveau géométrique : il y prend la forme d'une fenêtre circulaire interrompue par un balcon.
Le plus bel exemple en Belgique est la maison personnelle d'Arthur Nelissen sise avenue du Mont Kemmel n° 5 à Forest, dans la banlieue de Bruxelles.