Sous sa gouverne (1938-1974)
En 1938, il fonde l'Institut de microbiologie et d'hygiène de l'Université de Montréal, qui logera d'abord dans des locaux de l'Université de Montréal (à titre de locataire, sans jamais être dépendant de cette université, même si lui et ses collègues y sont aussi professeurs). Il s'y entoure de jeunes collègues, s'occupe de leur formation et devient ainsi qu'eux une référence mondiale.
L'institut est actif en recherche, développement, enseignement, publications scientifiques et expertises dans tous les domaines des sciences biomédicales : immunologie, bactériologie, épidémiologie, médecine préventive et virologie.
L'institut s'occupe aussi de production et d'administration de vaccins :
- anti-tuberculose (BCG) ;
- anti-poliomyélite (Salk, puis Sabin) ;
- anti-diphtérie-coqueluche-tétanos (DCT) ;
- anti-influenza ;
- et bien d'autres.
L'institut produit également des milieux de culture (géloses et autres produits diagnostiques) ainsi que des services diagnostiques de pointe à l'intention des médecins, des vétérinaires et des laboratoires publics ou privés, ainsi que des sociétés (du domaine alimentaire entre autres).
Tout cela, en bons pastoriens, pour la santé tant des humains que des autres êtres (animaux, plantes, levures) utiles à la biodiversité, à la survie et au bonheur.
Sous le D Armand Frappier, les profits (raisonnables) qui résultent de la vente des produits et services de l'institut sont réinvestis en recherche comme à l'Institut Pasteur. Les chercheurs y perdent donc moins de temps que dans nos universités à rédiger des plans de recherche cajoleurs, avec demandes de fonds qui seront pour la plupart rejetés ou réduits à cause de l'insuffisance des budgets que nos gouvernements attribuent à la recherche scientifique. Trop raisonnables, ces profits ne permettront pourtant de couvrir que 50 % des budgets de recherche. L'autre 50 % devra être reçu de subventions gouvernementales auxquelles s'ajoutent parfois quelques commandites ou contrats de recherche avec des sociétés.
Durant sa « retraite » (1975-1991)
Le D Frappier, désirant assurer le maintien intégral de l'institut comme organisme à but non lucratif, mais profitable à la recherche, a demandé des garanties écrites dans l'entente d'annexion de l'institut à une université en 1972, des garanties qui au final, en moins de 30 ans, furent sciemment oubliées.
C'est que, dans la nouvelle vague de libéralisme économique, le gouvernement est tenté de tout privatiser, de tout donner à l'entreprise privée, et d'interdire aux organismes qu'il subventionne tant soit peu pour la recherche (dont nos universités) toute production potentiellement lucrative, que le secteur privé pourrait réclamer. L'idée même de profits (même allant à la recherche) reste donc tabou dans nos universités. Les chercheurs de nos universités deviennent ainsi très dépendants des trop rares subventions pour leurs recherches, et y sont donc à la merci des rouages de jeux politiques !
Par suite de cette annexion de l'IMHM à une université en 1972, le D Armand Frappier vivra donc, durant ses 17 années de retraite (de décembre 1974 à décembre 1991), la douleur de voir son institut perdre tout revenu commercial (à être pourtant affecté à la recherche), le ministre de l'Éducation ayant décidé de donner à des entreprises privées les unités de production de vaccins et de produits diagnostiques... De plus, le D Armand Frappier verra les terrains de l'Institut être cédés à plus de 50 %, et sans trop de compensation - encore par décision gouvernementale - à des entreprises commerciales, qui les dénatureront plus que requis. Le D Armand Frappier le déplorait, dans l'intimité, en disant notamment : « Tout un chacun trouve toujours une raison pour couper tout arbre ! ».
Décédé en 1991, le D Armand Frappier n'aura pas vu son institut subir une rétrogradation érosive en étant fusionné, en 1999, à une autre entité de l'université, contrairement à ce qui était écrit dans l'entente d'annexion de 1972. Mais, enfin... « L'avenir n'est plus ce qu'il était ! »
Le sujet de cette page nous impose d'ignorer ici la suite des évènements ne concernant plus l'institut dans sa forme initiale, telle que déterminée par le D Armand Frappier qui, avec ses collègues et correspondants, a contribué longtemps à protéger ou prolonger bien des vies et à favoriser le maintien et le développement de l'enseignement et de la recherche en sciences biomédicales au Québec.