La casemate d’infanterie n 87 dite « des Vernes » est un ouvrage de la Ligne Maginot du Haut-Rhin, en cours de restauration. Il est situé dans le Secteur Fortifié d’Altkirch, sur la commune de Magstatt-le-Bas.
Situation
La ligne Maginot va de Longuyon (Meurthe-et-Moselle) à Menton (Alpes-Maritimes) en passant par les Alpes jusqu’à la Corse soit près de 700 kilomètres. Pour couvrir une telle distance d’ouvrages parfois très impressionnants, on a divisé son tracé en « Secteurs » couvrant chacun une zone géographique.
La casemate des Vernes se trouve dans le Secteur Fortifié d’Altkirch (SFA), qui partait de Sierentz pour se terminer à Winkel (Haut-Rhin).
Le SFA a la particularité de se trouver près de la ville de Bâle : or le traité de Paris de 1815 interdisait tout construction de fortifications dans un rayon de trois lieues (12 km) autour d’elle. Pour contourner le problème, la Ligne Maginot fait un arc de cercle de 12 kilomètres environ autour de Bâle à travers les plaines du Haut-Rhin.
C’est sur cet « arc de cercle » que se trouve la casemate des Vernes ; elle reprend la numérotation que la CORF utilisait, et porte le numéro 87.
Situé en plein champs, elle surplombe les communes de Magstatt-le-Bas à l’ouest et Stetten à l’est, à la jonction même des deux bancs communaux.
La casemate dans son environnement : panorama à 360°
Construction
Les divers chantier du Secteur Fortifié d’Altkirch durèrent de 1935 pour les « gros œuvres » à 1937, mais se poursuivirent jusqu’en 1940 et ne furent jamais vraiment terminés.
C’est la STG (Section technique du génie de Mulhouse et de Belfort) qui réalisa les gros travaux du SFA, laissant le soin à la MOM (Main d'œuvre militaire) de faire les « petits bétons » d’intervalles situés souvent en points d’appuis (« PA ») ou blockhaus de moindre importance.
La Commission organisatrice des régions fortifié (CORF) a fait l’essentiel et les plus gros ouvrages des autres secteurs fortifiés, ayant complètement terminé ses ouvrages et équipé comme il se doit elle était prête a combattre de façon permanente, du moins dans les gros et moyens ouvrages.
Après sa dissolution et faute de crédit, la CORF arrêta la construction de la Ligne Maginot au début du Secteur fortifié de Mulhouse (SFM), au niveau de la forêt de la Hardt dans sa partie Alsacienne.
Nom
L’origine du nom de la casemate « des Vernes » n’a pas encore été élucidée avec certitude.
Cependant, une hypothèse parait vraisemblable se basant sur ce qu'il a été démontré pour les autres casemates du S.F.A.
Une explication (parmi d'autres) au nom de VERNES est qu'en bon français Verne = Aune ou Aulne, càd. un arbre. (en alsacien et allemand Erle ou Erlenbaum)
Il est possible que les quelques rares bosquet d'Aulnes à proximité en soit l'origine puisque il en reste quelqu'un mais est-ce suffisant pour en baptiser une casemate ?
Mais alors pourquoi n'a-t-on pas nommé la casemate, comme la Tapfelbaum, (casemate de la LM assez proche des Vernes qui porte le numéro 89) casemate de ou des Erlenbaum ?
En tous cas, ce n'était certainement pas le nom d'un militaire de la LM, ça ne s'est jamais vu, sur l'ensemble de la LM, pour une casemate STG ou CORF, encore moins pour un ouvrage.
Pour en avoir le cœur net, il faudrait interroger les gens du coin, les anciens de préférence, sur l'existence d'aulnes dans les parages.
On peu se baser sur cette hypothèse car une des casemates proche de la ville de Sierentz se nomme "Sauruntz" qui est le nom du ruisseau qui est au pied de la casemate.
Deux autres casemates proche de Sierentz portent les nom de casemates de la vois ferrées (Nord et Sud) car elle sont de part et d'autre du chemin de fer qui relie Bâle (Suisse) à Mulhouse. (France)
NOTE : pour de petites constructions (abri, blockhaus) édifiées par la MOM, leur attribuer le nom d'un gradé local méritant (ou de sa chérie !...) a effectivement existé.
Description
Cloche GFM (Guetteur fusil mitrailleur) de la casemate
La casemate est un monolithe de béton de plus de 1 000 m pour une surface au sol de 95 m sur deux niveaux. Elle est dite « simple » car elle ne tire que d’un seul côté.
Elle a une dalle de couverture de plus de 2,5 mètres, comme ses murs exposés aux tirs, l’arrière de l’ouvrage étant remblayé de rocailles de protection et de dissimulation.
Elle dispose d'une cloche GFM (Guetteur fusil mitrailleur) de type « B » dit « petit modèle » de 17 tonnes en acier spécial de 30 centimètres d’épaisseur pour l’observation et le tir à 360°.
Son armement se composait normalement d'une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm, d’un canon de marine AC (antichar) sur affût crinoline de 47 mm, de plusieurs fusils mitrailleurs, d’une goulotte lance-grenades. Une découverte récente laisse supposer qu’un canon de campagne de 25 mm a remplacé le canon de marine ou même que celui-ci n’a jamais été livré : il était fréquent d’installer dans certaines casemates l’armement que l’on avait « sous la main ».
La casemate des Vernes a l’originalité de posséder un étage inférieur très vaste, avec une hauteur de plafond de plus de 3,40 mètres. Seules quelques rares casemates STG du secteur d’Altkirch (SFA) avaient un étage inférieur, qui ne dépassait alors que rarement quelques mètres carrés, alors que la casemate des Vernes a une importante superficie sous terre et une grande hauteur sous plafond.
Elle dispose d’un accès à une source depuis son étage inférieur : on y accède par un petit tunnel de 2 mètres de long sur 1,5 mètre de hauteur. Le puits a une profondeur de 2 mètres et est constamment en eau, limpide, avec un « trop plein » qui achemine l’eau au dehors.
Les toilettes de la casemate avaient une porte blindée et un créneau de tir pour FM (fusil mitrailleur). Elle pouvaient aussi servir de prison temporaire car elles font moins de 1,5 m.
Les créneaux de tir de la casemate sont orientés au nord ; elle a une vue dégagée sur l'Allemagne et le redoutable rocher « d'Istein » (village situé sur la rive allemande du Rhin, où se trouvait un imposant ouvrage fortifié - plus tard détruit par les alliés).
Construite de 1937 à 1939, la casemate n'a jamais été terminée, sa porte blindée n'a jamais été livrée et comme toutes celles du Secteur d'Altkirch elle n'a quasiment jamais combattu.
Restauration
Avancement de la restauration : état en 2009 Au fond à droite, encore enfouie sous la végétation : la casemate no 88, également en cours de restauration
Laissée à l'abandon pendant plusieurs années après le retrait de l'armée vers 1950, elle a été pillée du peu de matériel qui s'y trouvait encore et saccagée pour finir par servir de dépotoir.
Elle a été murée trois fois, ayant été inondée au préalable par la boue issue du ruissellement des eaux depuis les champs des alentours sur une hauteur de plus de 1,5 mètres par endroits dans l'étage inférieur.
La végétation très dense ayant poussé au fil des ans, elle était vouée à un oubli définitif si rien n'était entrepris pour y palier.
Elle est aujourd’hui en cours de restauration par une équipe de quatre bénévoles permanents avec l’aimable autorisation de la commune de Magstatt-le-Bas ; les travaux ont débuté en juillet 2007.
La façade a été complétement nettoyé au jet d'eau haute pression, toute la végétation arborée a été supprimée, seul les plus beaux spécimens ont été conservés pour donner dans le futur un aspect naturel au site.
La casemate n 88 de Stetten (située à moins de 150 mètres de la casemate des Vernes), également complètement enfouie sous la végétation (comme la casemate des Vernes avant juillet 2007), est depuis fin 2009 en cours de déboisement par des particuliers.