Le Cassican flûteur (Gymnorhina tibicen) est un passereau noir et blanc de taille moyenne originaire d'Australie et du sud de la Nouvelle-Guinée. Unique membre du genre Gymnorhina de la famille des Artamidae, il est étroitement apparenté au genre Cracticus. Un temps, cette espèce avait été divisée en trois espèces distinctes, mais des zones d'hybridation entre les différentes formes ont renforcé l'idée qu'il s'agissait d'une seule espèce avec plusieurs sous-espèces, dont neuf sont maintenant reconnues. Cet oiseau n'est pas sans rappelé une Pie, d'ailleurs le nom vernaculaire anglais comporte le terme Magpie, terme qui désigne un grand nombre d'oiseaux également appelés Pies en français. L'oiseau est également connu sous d'autres noms comme Flûtiste pie, Corbeau flûteur et sous une forme analogue à la forme anglaise Pie autralienne.
L'adulte est un oiseau assez robuste mesurant 37 à 43 cm de longueur, avec un plumage noir et blanc, les yeux rouges et un puissant becpointu blanc bleuté et noir. Le mâle et la femelle sont semblables et ne se distinguent que par quelques marques différentes sur le dos. Avec ses longues pattes, le Cassican flûteur marche plus qu'il ne sautille, sans se dandiner, et passe beaucoup de temps au sol. C'est cette particularité qui a conduit certaines autorités à le maintenir dans un genre à part, Gymnorhina. Considéré comme l'un des oiseaux-chanteurs les plus accomplis d'Australie, le Cassican flûteur possède une gamme de vocalisations complexe.
C'est un oiseau omnivore dont l'essentiel du régime varié est composé d'invertébrés. Il est généralement sédentaire sur tout son domaine de répartition, avec un comportement territorial marqué. Commun et largement répandu, il s'est bien adapté à la présence humaine et est devenu un oiseau familier des parcs, jardins et terres agricoles d'Australie et de Nouvelle-Guinée. Il a été introduit en Nouvelle-Zélande dans les années 1860 et s'est révélé envahissant, car chassant les espèces indigènes. Il a également été introduit dans les îles Salomon et Fidji, où il n'est pas devenu envahissant.
Le printemps est la saison des problèmes entre humains et Cassicans dans toute l'Australie, quand une petite minorité d'oiseaux reproducteurs (presque toujours des mâles) deviennent agressifs et plongent pour attaquer quiconque (généralement les cyclistes) passe à proximité de leur nid.
Cette espèce est souvent nourrie par les amateurs d'oiseaux et elle est la mascotte de plusieurs célèbres équipes sportives australiennes.
Systématique
Taxonomie
L'ornithologue anglais John Latham décrivit le premier le Cassican flûteur en 1802 sous le nom de Coracias tibicen à partir d'un individu collecté dans la région de Port Jackson. Son nom spécifique dérive du latin tibicen, « joueur de flûte » ou de « pipeau » en référence à son chant mélodieux. Le premier nom vernaculaire anglais enregistré est Piping Roller écrit sur une planche descriptive de Thomas Watling datant d'entre 1788 et 1797. Les Aborigènes Eora et Darug de la région de Sydney l'appellent Tarra-won-nang, djarrawunang, wibung ou marriyang, les Wiradjuri booroogong ou garoogong et les Jardwadjali du Victoria carrak. Pour les Kamilaroi, c'est le burrugaabu, galalu ou guluu. Il est connu comme le warndurla en langue Yinjibarndi du Pilbara central et occidental.
L'oiseau doit son nom de Pie australienne à sa ressemblance avec la Pie bavarde. C'était en effet une pratique courante pour les premiers colons de nommer les plantes et les animaux d'après des homologues européens. Toutefois, la Pie bavarde européenne est membre de la famille des Corvidae tandis que son homologue australien est placé dans la famille des Artamidae, bien que les deux espèces soient placées dans la super-famille des Corvoidea. Suite à une étude sur leur musculature effectuée par John Albert Leach en 1914, une homologie entre le Cassican flûteur et les espèces des genre Cracticus et Strepera a été identifiée. Dès lors les trois genres ont été placés dans la famille des Cracticidae. Les études phylogénétiques menées en 1985 par Charles Sibley et Jon Ahlquist ont permis d'identifier une étroite parenté entre les Artamidae et les Cracticidae. La classification réalisée à partir ce cette étude place le Cassican flûteur et les Langrayens de la famille des Artamidae au sein d'un nouveau clade nommé Cracticini, l'actuelle famille des Artamidae.
Si le Cassican flûteur est placé dans son propre genre Gymnorhina par plusieurs autorités, Storr en 1952 et ultérieurement d'autres auteurs, comme Christidis & Boles le placent toujours dans le genre Cracticus ; ils font valoir que son adaptation au mode de vie sur le sol ne suffit pas à le considérer comme un genre à part.
L'espèce a été subdivisée en trois espèces dans la littérature d'une grande partie du XX siècle : G. tibicen, G. hypoleuca et G. dorsalis. On a constaté plus tard que ces trois espèces s'hybridaient facilement et couramment là où leurs territoires se chevauchaient. Julian Ford a proposé qu'elles soient reclassées en une espèce unique en 1969, simplification que reconnait la majorité des auteurs de publications récentes.
Sous-espèces
Carte montrant la répartition des différentes sous-espèces
La majorité des auteurs considère actuellement qu'il existe neuf sous-espèces de Cassican flûteur, mais il existe d'importantes zones de chevauchement avec des formes intermédiaires entre les taxons. On observe une corrélation entre l'augmentation de la taille des oiseaux et la latitude, autrement dit les sous-espèces du sud sont plus grandes que celles du nord, exception faite pour la sous-espèce de Tasmanie, qui est plus petite.
L'ancien type Gymnorhina tibicen connue en anglais sous le nom de « pie à dos noir » est aujourdhui reconnu comme représentant quatre sous-espèces:
G. tibicen tibicen, la forme nominative, est une sous-espèce de grande taille trouvée depuis le sud-est du Queensland, aux environs de Moreton Bay, dans tout l'est de la Nouvelle-Galles du Sud jusqu'à Moruya, près de la frontière du Victoria. Elle vit dans les régions côtières ou à proximité du littoral et est limitée à l'est de la Cordillère australienne.
G. tibicen terraereginae se trouve dans tout le Queensland en dehors de sa partie la plus occidentale et des régions côtières de la péninsule du cap York, dans le centre et l'ouest de la Nouvelle-Galles du Sud et dans le nord de l'Australie-Méridionale. C'est une sous-espèce de taille petite à moyenne. Le plumage est le même que celui de la sous-espèce nominative, bien que la femelle ait la pointe noire de la queue plus courte. Les ailes et le tarse sont plus courts et le bec est proportionnellement plus long. Cette sous-espèce a été initialement décrite par Gregory Mathews en 1912. Elle s'hybride avec la sous espèce à dos blanctyrannica dans le nord du Victoria et le sud de la Nouvelle-Galles du Sud; Les formes hybrides ont des bandes noires de différentes tailles au niveau du dos.
G. tibicen eylandtensis, la pie du grand nord, se trouve de la région du Kimberley dans le nord de l'Australie-Occidentale, en passant dans le Territoire du Nord dans la Terre d'Arnhem et Groote Eylandt jusque dans la région du golfe de Carpentarie au Queensland. Il s'agit d'une sous-espèce de petite taille avec un bec long et mince, les oiseaux de l'île de Groote Eylandt étant même peut-être plus petits que ceux du continent. Elle a une étroite bande noire à l'extrêmité de la queue et sur le dos, le mâle ayant une grande nuque blanche, la femelle gris pâle. Cette sous-espèce a été initialement décrite par HL Blanche en 1922. Elle s'hybride avec la sous-espèce terraereginae au sud-est du golfe de Carpentarie.
G. tibicen longirostris, la pie au long bec, se trouve dans le nord-est de l'Australie-Occidentale, depuis la baie Shark jusqu'au nord du Pilbara. Nommée en 1903 par Alex Milligan, il s'agit d'une sous-espèce de taille moyenne avec un bec long et mince. Milligan a supposé que le long bec était adapté aux conditions locales, ces oiseaux se nourrissant de scorpions et d'araignées venimeuses. Il y a un vaste domaine d'hybridation avec la sous-espèce dorsalis dans le sud de l'Australie-Occidentale depuis la baie Shark jusqu'au Grand désert de Victoria.
L'ancien type Gymnorhina hypoleuca dite « pie à dos blanc » et initialement décrite par John Gould en 1837, est reconnu comme représentant trois sous-espèces :
G. tibicen tyrannica, une sous-espèce à dos blanc de très grande taille que l'on trouve de la baie Twofold, au sud de la Nouvelle Galles du Sud jusqu'à la région de Coorong au sud-est de l'Australie-Méridionale en passant par le sud du Victoria. Cette sous-espèce a d'abord été décrite par Schodde et Mason en 1999. Elle a une large bande noire sur la queue.
G. tibicen telonocua se rencontre dans les péninsules d'Eyre et de Yorke ainsi qu'au sud-ouest de la chaîne Gawler en Australie-Méridionale. Décrite par Schodde et Mason en 1999, son nom de sous-espèce est une anagramme de leuconota. Elle est très similaire à tyrannica, en différant par ses ailes plus courtes et sa taille plus petite. Son bec est relativement court par rapport aux autres sous-espèces. On trouve des formes intermédiaires dans la chaîne du mont Lofty et sur Kangaroo Island.
G. tibicen hypoleuca est une sous-espèce de petite taille, à bec et ailes courts, trouvée sur les îles King et Flinders ainsi qu'en Tasmanie.
G. tibicen dorsalis, la pie d'Australie-Occidentale, a été initialement décrite comme une espèce distincte par Archibald James Campbell en 1895 et vit dans le sud-ouest de l'Australie-Occidentale. Le mâle adulte a le dos blanc et ressemble le plus à la sous-espèce telonocua, bien qu'il soit un peu plus grand avec un bec plus long et le bout noir de sa queue plus étroit. La femelle est inhabituelle en ce sens qu'elle dispose d'un feston noir ou brun-noir sur le dos; les plumes sombres y sont bordées de blanc. Cette zone devient d'un noir plus uniforme avec le vieillissement du plumage lorsque les bords sont rongés. Les deux sexes ont les cuisses noires.
G. tibicen papuana est une sous-espèce peu connue du sud de la Nouvelle-Guinée. Le mâle adulte a le dos surtout blanc avec une fine bande noire et la femelle un dos noirâtre; les plumes noires sont bordées de blanc comme chez la sous-espèce dorsalis. Elle a un long bec qui ressemble à cellui des longirostris.
Description
Le Cassican flûteur adulte est un oiseau assez solide, mesurant entre 37 et 43 cm de longueur avec une envergure de 65 à 85 cm et un poids de 220 à 350 g. Son robuste bec pointu est de couleurbleu clair bordé de noir avec un petit croc à l'extrémité. Les pattes noires sont longues et fortes. Le plumage est d'un pur noir brillant et blanc; les deux sexes de toutes les sous-espèces ont la tête, les ailes et le ventre noirs, les épaules blanches. La queue a une bande terminale noire. La nuque est blanche chez le mâle et gris clair chez la femelle. Les individus d'âge mûr ont les yeux rouges, contrairement aux Streperas qui ont les yeux jaunes et aux corbeaux et corneilles australiens qui ont les yeux blancs. La principale différence entre les sous-espèces se trouve dans la selle, la région du dos en arrière de la nuque. Les sous-espèces dites à dos noir ont une selle noire et la nuque blanche. Les sous-espèces dites à dos blanc ont une selle et une nuque blanches. Le mâle de la sous-espèce C. tibicen dorsalis est également à dos blanc, mais l'aire équivalente chez la femelle est festonnée de noir.
Les juvéniles ont des plumes gris clair et brunes dans leur plumage noir et blanc. Les individus âgés de deux ou trois ans des deux sexes ressemblent beaucoup et sont difficiles à distinguer des femelles adultes. Les oiseaux immatures ont les yeux brun foncé jusqu'à environ l'âge de deux ans.
Facilement reconnaissable, le Cassican flûteur est peu susceptible d'être confondu avec une autre espèce. Le Cassican à gorge noire est semblable par son aspect et son plumage, mais il a le ventre blanc contrairement à ce Cassican qui a le ventre noir. La Gralline pie est un oiseau plus petit et plus délicat avec un plumage noir et blanc disposé très différement. Les Cassican du genre Strepera ont un plumage plus sombre et un bec plus gros.
Les Cassicans flûteurs vivent généralement jusqu'aux alentours de 25 ans, bien qu'on en ait enregistré des spéciment qui ont vécu jusqu'à l'âge de 30 ans. L'âge de la première reproduction varie selon les régions, mais la moyenne se situe entre trois et cinq ans.
Vocalisations
Considéré comme l'un des meilleurs oiseaux chanteurs du pays, le Cassican flûteur émet une grande variété de sons musicaux, dont beaucoup sont complexes. Il peut varier la hauteur de ses appels sur quatre octaves et imiter plus de 35 espèces d'oiseaux indigènes et exotiques, ainsi que chiens et chevaux. Il peut imiter la parole humaine quand il vit à proximité étroite des humains. Son chant complexe, musical est l'un des plus familiers des Australiens.
Quand il est seul, l'oiseau peut gazouiller doucement ; ces gazouillis complexes, mélodieux sont situés dans une fréquence de 2 à 4 kHz et ne portent pas à de longues distances. Ces chants ont été enregistrés sur une durée de 70 minutes et sont plus fréquents après la fin de la saison de reproduction. En groupes, les Cassicans flûteurs lancent un chant musical puissant appelé localement le Carolling, pour avertir de leur présence ou défendre leur territoire; un oiseau entonne le chant et il est rejoint par un second (et parfois plus) individu qui chante avec lui. Souvent précédé d'un gazouillis, le Carolling est situé entre 6 et 8 kHz et comprend 4 ou 5 thèmes avec des liaisons mal différenciées entre deux. Pour chanter, le Cassican flûteur adopte une position spécifique en inclinant la tête en arrière, gonflant la poitrine et déplaçant ses ailes vers l'arrière. Un groupe chantera une version courte répétitive d'un Carolling juste avant l'aube (chant de l'aube) et au crépuscule, après le coucher du soleil (chant du crépuscule), en hiver et au printemps.
Les oisillons et les jeunes émettent un appel quémandeur court, répété et bruyant (80 dB), haut perché (8 kHz). Ils peuvent aussi claquer du bec pour avertir les autres espèces d'oiseaux d'un danger. Ils emploient plusieurs sons aigus (entre 8 et 10 kHz) d'alarme ou de ralliement quand ils ont repéré un intrus ou une menace. On a enregistré des cris distincts à l'approche de rapaces diurnes et de varans.
Distribution et habitat
On trouve le Cassican flûteur dans la région du Fly en Nouvelle-Guinée méridionale, entre la rivière Oriomo et le détroit princesse Mariane et dans la plus grande partie de l'Australie, en dehors de l'extrémité de la péninsule du cap York, du désert de Gibson, du Grand désert de sable et du sud-ouest de la Tasmanie. Des oiseaux provenant essentiellement de Tasmanie et du Victoria ont été introduits en Nouvelle-Zélande par les sociétés locales d'acclimatation d'Otago et Canterbury dans les années 1860, avec la Société d'acclimatation de Wellington libérant 260 oiseaux en 1874. Les sous-espèces à dosblanc ont été réparties sur les deux îles principales tandis que les sous-espèces à dos noir se trouvent dans la région de Hawke's Bay. Elles y ont été introduites pour lutter contre les parasites agricoles et ont donc été une espèce protégée jusqu'en 1951. On pense qu'elles ont nui aux populations d'oiseaux indigènes du pays tels que le Méliphage tui et le Carpophage de Nouvelle-Zélande en attaquant parfois les nids pour voler les œufs et les oisillons, bien que les études de l'Université de Waikato aient jeté le doute sur ce point et que bien des reproches faits à la pie comme prédateur n'aient qu'une valeur anecdotique. Des tentatives d'introduction ont également eu lieu dans les îles Salomon et au Sri Lanka, mais l'espèce n'a pas réussi à s'implanter. Elle s'est toutefois implantée dans l'ouest de l'île de Taveuni aux Fidji.
Le Cassican flûteur préfère les espaces ouverts comme les prairies, les champs et les zones résidentielles comme les parcs, jardins, terrains de golf et les rues parsemées d'arbres ou à proximité de forêts. Les oiseaux nichent et s'abritent dans les arbres, mais passent la plupart du temps sur le sol dans ces zones ouvertes à la recherche de nourriture. On les trouve également dans les plantations de pins matures, ces oiseaux n'occupant la forêt tropicale et la forêt sclérophylle humide qu'à proximité des zones défrichées. En général, on constate que leur population augmente en nombre et en étendue dans les zones défrichées, bien que des déclins locaux aient pu être observés dans le Queensland lors d'une sécheresse en 1902 et en Tasmanie dans les années 1930, la cause de cette dernière n'étant pas claire, mais le piégeage des lapins par appats, l'arrachage des pins et la prolifétion du Vanneau soldat (Vanellus miles) ont été mis en cause.
Mode de vie
Le Cassican flûteur est un oiseau essentiellement diurne mais il peut chanter la nuit comme certains autres membres de la famille des Artamidae.
Ses prédateurs naturels comprennent diverses espèces de varans et la Ninoxe aboyeuse. Les oiseaux sont également tués sur les routes, électrocutés par les lignes électriques ou empoisonnés après avoir mangé des moineaux, des souris, des rats ou des lapins eux-mêmes empoisonnés. Le Corbeau d'Australie peut voler des oisillons laissés sans surveillance.
Sur le sol, le Cassican flûteur se déplace en marchant et c'est le seul membre de la famille des Artamidae à le faire; les Langrayens, les Cracticus et les Strepera ont tous tendance à sauter avec les jambes parallèles. Ce Cassican a une cuisse courte et une longue jambe ce qui fait que ses pattes sont plus adaptées à la marche qu'à la course même s'il peut courir sur de courtes distances pour attraper ses proies.
Ce Cassican est généralement sédentaire, vivant en groupe sur un territoire. Un groupe peut occuper et défendre le même territoire pendant plusieurs années. Beaucoup d'énergie est consacrée à la défense d'un territoire contre les intrus, en particulier les autres oiseaux et on a observé des comportements de défense variés selon les différents adversaires. La vue d'un rapace entraine un cri de ralliement lancé par les sentinelles du groupe et une chasse coordonnée de l'intrus. Les cassicans se placent de chaque côté de l'oiseau de proie, de sorte qu'il sera attaqué par derrière s'il s'en prenait à un individu du groupe. Ils le harcèlent et le poursuivent jusqu'à une certaine distance au-delà de leur territoire. Un groupe utilise le carolling comme signal de propriété de son domaine et met ainsi en garde les autres cassicans. Au stade de "négociation" entre groupes, un ou deux cassicans dominants défilent le long de la frontière du territoire défendu alors que le reste du groupe se tient un peu de recul et observe. Les cassicans dominants vont gonfler leurs plumes et chanter à plusieurs reprises. Dans une épreuve de force, employée si les deux groupes antagonistes sont en nombres à peu près égaux, toutes les pies vont voler et constituer une ligne à la frontière du territoire. Le groupe de défense peut également recourir à une démonstration aérienne où les cassicans dominants, parfois l'ensemble du groupe, plongent sur le groupe d'intrus tout en criant.
On a observé chez ces cassicans une grande variété de comportements sociaux mais avec des comportements agressifs dominants. L'accroupissement en poussant de discrets appels quémandeurs est un signe courant de soumission. Les petits battements rapides des bouts des ailes constituent aussi un autre geste de soumission. Un cassican, notamment un jeune, peut également s'allonger, rouler sur le dos et exposer son ventre. Ils peuvent gonfler les plumes de ses flancs pour montrer son comportement agressif ou attaquer. Les jeunes oiseaux montrent diverses formes de comportement ludiques, soit seuls, soit en groupe, avec les oiseaux les plus âgés apprenant la procédure aux plus jeunes. Ils peuvent ainsi aller chercher, manipuler et tracter des objets divers tels que bâtons, pierres ou morceaux de fil de fer pour les transmettre à d'autres oiseaux. Un individu peut ramasser une plume ou une feuille, s'envoler avec elle et être poursuivi par d'autres oiseaux qui tenteront de le faire tomber en tirant sur les plumes de sa queue. Ils peuvent sauter l'un sur l'autre et même simuler des combats. Ils peuvent même jouer avec d'autres espèces telles que le Méliphage à oreillons bleus et le Pipit austral.
Alimentation
Le Cassican flûteur est omnivore, mangeant les différents produits alimentaires qu'il peut trouver sur le sol comme vers de terre, mille-pattes, escargots, araignées, scorpions ainsi qu'un grand nombre d'insectes: cafards, fourmis, coléoptères, papillons, chenilles et autres larves. Il consomme aussi des scinques, grenouilles, souris et autres petits animaux ainsi que des céréales, des tubercules, des fruits. Il a même appris à manger sans risque le crapaud buffle porteur de venin sur le dos simplement en le retournant et en ne consommant que la partie ventrale. Se nourrissant essentiellement sur le sol, le Cassican flûteur balaie méthodiquement les zones dégagées pour trouver insectes et larves. Une étude a montré qu'il peut repérer les larves de scarabée au bruit. Il utilise son bec pour fouiller dans la terre ou remuer les débris à la recherche de nourriture. Les petites proies sont avalées en entier, bien que la pie enlève les dards des abeilles et des guêpes avant de les avaler.
Reproduction
Nid dans un Banksia.
Les cassicans ont une longue saison de reproduction qui varie suivant les régions. Dans le nord de l'Australie, ils se reproduisent entre juin et septembre mais ne commenceront pas avant août ou septembre dans les régions froides et iront jusqu'en janvier dans certaines régions alpines. Le nid est une structure en forme de coupe faite de branches et doublée de matériaux tendres tels qu'herbe et écorce. À proximité des habitations humaines, ils peuvent y incorporer des matériaux synthétiques. Les nids sont construits exclusivement par les femelles et généralement placés en hauteur dans la fourche d'un arbre, souvent dans un lieu bien en vue. Les arbres les plus couramment utilisés sont les eucalyptus mais il peut s'agir aussi d'une grande variété d'autres arbres indigènes ou importés, comme les pins, les aubépines et les ormes. D'autres espèces, telles que l'Acanthize à croupion jaune (Acanthiza chrysorrhoa), la Rhipidure hochequeue (Rhipidura leucophrys), la Gérygone blanchâtre (Aphelocephala leucopsis) et, plus rarement, le Méliphage bruyant (Manorina melanocephala), nichent souvent dans le même arbre que la pie. Les deux premières espèces peuvent même construire leur nid juste au-dessous d'un nid de pie, tandis que la minuscule Pardalote à point jaune (Pardalotus striatus) fait son nid dans la base du nid lui-même. Ces intrusions sont tolérées par les Cassicans. Le Coucou présageur (Scythrops novaehollandiae) est un parasite de couvée notable dans l'est de l'Australie; les cassicans élèveront le jeune coucou qui se débarassera par la suite des oisillons de ses hôtes.
C. tibicen dorsalis ramassant des matériaux pour son nid.
Le femelle Cassican flûteur pond de deux à cinq œufs bleu clair ou vert d'environ 27 x 38 mm. Les poussins éclosent de manière synchrone environ 20 jours après le début de l'incubation. Comme tous les passereaux, les poussins sont nidicoles - ils naissent roses, nus et aveugles avec de grands pieds, un grand bec court et une gorge rouge vif. Leurs yeux sont entièrement ouverts à environ 10 jours. Les poussins développent un fin duvet sur la tête, le dos et les ailes dans la première semaine et les plumes apparaissent la deuxième semaine. La coloration noire et blanche est visible à un stade précoce. Les oisillons sont nourris exclusivement par la femelle, bien que le mâle nourrisse sa partenaire. Le Cassican flûteur est connu pour pratiquer un élevage coopératif, d'autres oiseaux du groupe venant aider à nourrir et élever les jeunes. Ce comportement existe ou non suivant les régions et est fonction de la taille du groupe, étant rare ou inexistant en petits groupes.
Les juvéniles se mettent en quête de leur nourriture trois semaines après avoir quitté le nid et se nourrissent seuls à partir de six mois. Certains oiseaux continuent de mendier leur nourriture jusqu'à huit ou neuf mois mais sont souvent ignorés par leurs parents. Les oiseaux atteignent leur taille adulte la première année. L'âge auquel les jeunes oiseaux se dispersent varie à travers le pays et dépend de l'agressivité de l'adulte dominant envers le sexe correspondant; les mâles sont généralement expulsés plus jeunes que les femelles. Beaucoup quittent le groupe à environ un an, mais l'âge de départ peut varier de huit mois à quatre ans.
Relations avec les humains
Attaques
Les cassicans sont omniprésentes dans les zones urbaines de toute l'Australie et elles ont pris l'habitude des personnes. Un petit pourcentage d'oiseaux deviennent très agressifs au cours de la saison de reproduction de fin août à début octobre, et vont s'abattre et parfois attaquer les passants. Le pourcentage de ces oiseaux agressifs est difficile à estimer, mais il est nettement inférieur à 9%. Presque tous ces oiseaux (environ 99%) sont des mâles qui attaquent généralement les piétons aux alentours de 50 m de leur nid et les cyclistes à environ 100 m. Les attaques commencent à l'éclosion des œufs, augmentent de fréquence et de gravité au fur et à mesure que les poussins grandissent et s'achèvent quand les oisillons quittent le nid.
Ces cassicans peuvent déployer une série croissante de comportements agressifs pour chasser les intrus. La première étape, la moins menaçante, est l'utilisation de cris d'alarme et de piqués lointains puis les oiseaux vont aller voler en arrière de la personne avant de se percher à proximité. Dans une étape suivante, le cassicans va s'abattre sur la personne par derrière ou sur le côté, émettre de façon audible un "snap" ou même piquer du bec le visage, le cou, les oreilles ou les yeux. Plus rarement, un oiseau peut piquer en bombe et frapper l'intrus (en général, un cycliste) avec sa poitrine. Rarement, un cassican peut attaquer en se posant sur le sol en face d'une personne, s'envoler pour se poser sur la poitrine de la victime et lui picorer le visage et les yeux.
Ces attaques peuvent provoquer des blessures à la tête et en particulier aux yeux, avec de possibles décollements de rétinee et des conjonctivites infectieuses à partir des bactéries trouvées sur le bec utilisé pour fouiller dans le sol. Un enfant de 13 ans serait mort du tétanos, apparemment après une blessure de cassican, dans le nord de la Nouvelle-Galles du Sud en 1946. Il n'est pas rare qu'un cassican fonçant de façon inattendue sur un cycliste entraîne une perte de contrôle du vélo et des blessures pour le conducteur.
Une pie défendant son territoire contre un Autour australien.
S'il est nécessaire de marcher près du nid, il faut se coiffer d'un chapeau à large bord ou porter un parapluie qui dissuadera les oiseaux d'attaquer mais les bonnets et les casques de vélo sont de peu de valeur car les oiseaux attaquent les côtés de la tête et du cou. Des yeux peints sur des chapeaux ou des casques dissuaderont les attaques contre les piétons, mais pas contre les cyclistes. La fixation d'une longue perche avec un drapeau sur un vélo est aussi un moyen de dissuasion efficace. En 2008, l'utilisation de Tyraps sur le casque est devenu courant et semble être efficace. Les cassicans préfèrent fondre sur la tête par l'arrière et par conséquent, maintenir la pie en vue peut décourager l'oiseau. L'utilisation d'un simple déguisement pour tromper le cassican (tel que peindre des yeux sur un chapeau ou porter des lunettes de soleil à l'arrière de la tête) peut aussi s'avérer efficace. Dans certains cas, les cassicans peuvent devenir extrêmement agressives et attaquer les gens de face et il devient alors très difficile de dissuader ces oiseaux d'attaquer. Une méthode populaire de dissuasion est de pointer deux doigts en arrière de la tête tout en marchant, ce qui trouble les pies. Si on est attaqué, crier et agiter énergiquement les bras devraient dissuader l'oiseau d'une deuxième attaque. Si un oiseau présente une nuisance grave, les autorités locales peuvent décider de le détruire légalement ou, plus simplement, de le capturer et le transférer dans une zone inhabitée. Ces cassicans doivent être déplacées sur une certaine distance étant donné que presque toutes sont en mesure de retrouver leur chemin sur des distances de moins de 25 km. Détruire le nid n'est d'aucune utilité car les oiseaux vont tout simplement le refaire et seront peut-être plus agressifs la deuxième fois.
Les Cassicans flûteurs sont une espèce protégée en Australie et il est illégal de les tuer ou les blesser. Toutefois, cette protection est retirée dans certains États, si un cassican attaque un humain, et il est permis de le détruire s'il est considéré comme particulièrement agressif (une telle disposition est prévue, par exemple, dans l'article 54 de la loi sur les parcs nationaux d'Australie-Méridionale. Certains affirment que l'on peut éviter ces attaques en nourrissant les oiseaux à la main. L'idée de base est que les humains devraient être moins perçus comme une menace par les oiseaux nicheurs. Il n'y a jamais eu d'étude systématique sur le sujet, même s'il y a des rapports sur son efficacité.
Les cassicans prendraient l'habitude d'être nourries par les humains, et même si elles restent sauvages, elles reviennent au même endroit pour chercher de la nourriture.
Références culturelles
Le Cassican flûteur tient une grande place dans le folklore aborigène australien. Les Yindjibarndi, dans le nord-ouest du pays, s'en servent pour connaitre le moment du lever du soleil, son chant les réveillant en sursaut. Ils sont également familiarisés avec son comportement territorial et ce trait figure dans une de leurs chansons coutumières. Il était l'oiseau totem des habitants de la région d'Illawarra au sud de Sydney.
Le drapeau d'Australie-Méridionale avec le Piping Shrike.
Sous le nom de Piping Shrike, la variété à dosblanc a été déclarée emblème officiel du gouvernement d'Australie-Méridionale en 1901 par le gouverneur Tennyson et figure sur le drapeau du pays depuis 1904. Ce cassican est un emblème couramment utilisé par des équipes sportives australiennes et son comportement agressif et impudent a été comparé à la psyché australienne. Ces équipes ont tendance à porter des tenues à rayures noires et blanches. Le Collingwood Football Club, un club de football australien de la banlieue de Melbourne, a pris la pie comme emblême en 1892 à la suite d'une visite d'une équipe d'Australie-Méridionale, les Port Adelaide Magpies; on peut citer d'autres exemples comme les Souths Logan Magpies de Brisbane et les Western Suburbs Magpies de Sydney. Le Glenorchy Football Club de Tasmanie, a été contraint de changer de tenue lorsqu'il a été placé dans la même ligue qu'un autre club, les Claremont Magpies ayant le même emblème. L'équipe de rugby de la baie Hawke, à Napier, en Nouvelle-Zélande, est également connue comme les Magpies.
L'un des plus célèbres poèmes néozélandais de Denis Glover est "The Magpies" avec son refrain "Quardle oodle Ardle Wardle doodle" qui imite le chant de l'oiseau.
La célèbre bande dessinée néozélandaise Footrot Flats a une pie dans ses personnages du nom de Pew.
La mutation dite « Pie autralienne » est une mutation de couleur de plumage apparue sur les perruches ondulées dans les années 1930.