Derrière le déambulatoire de la co-cathédrale se trouve une petite peinture à l'huile. Elle représente un Calvaire avec le Christ crucifié et vivant, et à ses pieds la Vierge de Douleur, saint Jean l'Évangéliste et Marie-Madeleine.
Michel-Ange avait peint un petit tableau pour sa chère amie Vittoria Colonna, pieuse poétesse de grande culture, fille de l'aristocrate Fabrizio Colonna et épouse de Francisco Ferrante d'Avalos, marquis de Pescara, appartenant à l'aristocratie du sud de l'Italie rattachée à l'Espagne à cette époque, et originaire d' Ábalos dans la région espagnole de La Rioja.
En 1525 les troupes espagnoles de Charles Quint gagnèrent la bataille de Pavie contre le roi de France François I. Ferrante d'Avalos marquis de Pescara (en vieux français : Pescaire) reçut la reddition du roi de France qui participait à la bataille, gravement blessé, mourut peu après. Sa jeune veuve écrivit des sonnets d'amour à sa mémoire. Elle entretenait aussi depuis des années une correspondance étroite avec Michel-Ange. En 1540 elle lui demanda un petit tableau de la crucifixion qui l'aiderait dans ses prières privées. Il lui peignit donc ce petit calvaire, dont elle fut très satisfaite par la grande spiritualité des personnages. À cette époque, seuls le Christ, la Vierge et saint Jean étaient présents sur le tableau.
En 1547 Vittoria, la « divine » femme poétesse, mourut, et l'affection que lui portait Michel-Ange était telle qu'il récupéra l'œuvre et y ajouta une Marie-Madeleine embrassant le pied de la croix et portant sur les épaules un foulard, symbole de son veuvage. Michel-Ange avait fait son portrait.
Au siècle suivant, l'évêque Don Pedro González del Castillo, grand humaniste et enthousiaste de l'embellissement de la Redonda fit construire la chapelle, capilla del Santo Cristo, près du grand autel, prévoyant d'y être enterré avec son mausolée et sa statue le représentant en prières. Il jouissait d'une grande fortune et faisait de fréquents voyages à Rome, où il acquit de nombreuses œuvres d'art, dans l'idée de les incorporer à sa chapelle. En date du 13 octobre 1627, il écrivit avoir fait l'acquisition d'une « ymajen de Micael Angel original, de tabla, y de un Crucifixo y Cristo bivo, con Nuestra Señora y San Juan a los lados y la Madalena al pie de la cruz y dos ángeles en lo alto... » (en vieux castillan : « une image (peinture) originale de Michel-Ange avec un crucifix et un Christ vivant, avec Notre-Dame et saint Jean à ses côtés, et Madeleine aux pieds de la croix, et deux anges au-dessus... »).
Une note de l'évêque spécifiait que le tableau était gardé dans les coffres. L'évêque ordonnait aussi qu'on ne l'installe pas avant que la grille de protection de la chapelle ne soit élevée. L'œuvre fut dès lors oubliée dans les coffres jusqu'à la seconde moitié du XX siècle, où on l'installa dans le déambulatoire de la cathédrale, derrière le grand autel.