La cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maguelone est une cathédrale du XIIe et XIIIe siècle située sur la commune de Villeneuve-lès-Maguelone.
Elle avait été bâtie dans la cité insulaire wisigothe de Maguelone.
La cathédrale fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1840.
Histoire
Les origines de l'évêché
Une antiquité attestée
Façade Ouest de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maguelone par Séraphin-Médéric Mieusement (mars 1888)
A l'occasion des campagnes de fouilles archéologiques de 1967 ont été mis au jour sur cette ancienne île, des vestiges romains, étrusques et de nombreux sarcophages wisigoths. Les fondations d'une église détruite au VII siècle, y furent également relevées.
A la chute de l'Empire romain au cinquième siècle, les Wisigoths s'emparent de la contrée de Melgueil/ Maguelone. La religion chrétienne s'y impose peu à peu. Dès 533, un évêché est fixé sur l'île. Ses premiers évêques en seront: Boèce en 589, Geniès 597-633?, (Geniès ou Génésius). Il existait alors déjà sur l'île une église-cathédrale.
L'évêché de Maguelone apparaît dans les textes à la fin du VI siècle, sur une île déjà occupée dans l'Antiquité.
Les raisons de l'implantation de l'évêché de Maguelone sur cet îlot à l'écart de la Voie Domitienne et éloigné de toute agglomération (la ville de Montpellier n'existe pas encore) restent inexpliquées. Cependant le caractère insulaire (l'évéché n'étant accessible que par la mer) devait assurer une certaine protection. Maguelone, fut le siège de l'évêque mais aussi du comte goth, qui assurait le pouvoir temporel.
Bien protégée côté terre, en revanche, cette position stratégique restait très exposée aux invasions venues de la mer.
Port Sarrasin
Au VIII siècle, tandis que le pouvoir Wisigoth s'affaiblit, les musulmans d'Espagne (les Sarrasins) multiplient les raids en terre chrétienne. Après avoir conquis la Catalogne, ils franchissent les Pyrénées, en 715. La Septimanie passe sous leur totale domination en 719.
Maguelone, en raison de sa position clef, devient « Port Sarrasin », sans doute une place fortifiée. Délaissant les aménagements naturels, des quais sont établis permettant aux navires d'accoster et de décharger leurs marchandises en toute sécurité. Aujourd'hui encore le lieu dit "la Sarrazine" correspond au canal (grau) où transitaient ces bâtiments. Malgré l'envahisseur, la liberté de culte est maintenue sur l'île, ses habitants prenant le statut de «dhimmis ».
En réaction, les Francs, venus du Nord, entament la reconquête: après Poitiers en 732, Charles Martel poursuit les Sarrasins qui abandonnent peu à peu le sud de la France. La première cathédrale transformée en mosquée, sera entièrement détruite par les Francs en 737 sur ordre de Charles Martel. L’architecture de ce premier édifice nous reste inconnue.
Dès lors le site reste alors quasiment abandonné durant trois siècles. L'évêque s'installe alors, à quelques kilomètres, sur l'oppidum antique de Substantio (Substantion, de nos jours : Castelnau-le-Lez).
Le renouveau du XI siècle
A partir de 1030, l'évêque Arnaud (évêque de 1030 à1060) décide de faire reconstruire la cathédrale. Il la dote d'un chapitre régulier composé de chanoines placés sous l'autorité d'un prévôt. De ce nouvel édifice il ne subsiste plus aujourd'hui que la Chapelle Saint-Augustin, accolée au sud de l'édifice actuel. Afin d'améliorer l'accessibilité de l'île, que l'on ne pouvait rejoindre que par bateau, il fait construire un chemin d'accès composé d'un pont de prés d'un kilomètre de long entre l'île et Villeneuve-les-Maguelone et fait réaliser des fortifications pour protéger le site situé dans un milieu hostile, ce qui ne l'empêcha pas de devenir un grand centre de rayonnement intellectuel, grâce à des écoles universitaires.
Les successeurs de l'évêque Arnaud, soumis à la suzeraineté des comtes de Melgueil qui finiront par léguer leurs droits sur l'évêché au pape Grégoire VII en 1085. Ils reçurent de nombreuses donations. Devenue propriété du Saint-Siège et terre d'asile, Maguelone est alors en plein essor.
Le XII siècle : apogée de l'évêché de Maguelone
Façade occidentale et portail de la Cathédrale St-Pierre de Maguelone
L'aménagement de l'île amorcé au XI siècle se poursuit : le chantier d'une nouvelle cathédrale, remplaçant celle construite sous l'épiscopat d'Arnaud, est lancé. De nouveaux bâtiments capitulaires, comprenant notamment un cloître de deux étages et un logis pour l'évêque, sont élevés. Le maître-autel est consacré en 1162 pendant l'épiscopat de Jean de Montlaur, qui marque l'apogée de Maguelone.
Pendant la Croisade des Albigeois Maguelone reste un bastion de la papauté : le comté de Melgueil, propriété du comte de Toulouse Raymond VI, est inféodé à Maguelone par Innocent III.
Décadence et abandon
Riche et prospère, l'évêché de Maguelone suscite la convoitise des royaumes de France et d'Aragon. Plusieurs mesures sont prises pour enrayer la décadence, et au XV siècle l'évêque réside à Montpellier tandis que les chanoines sont assignés à Maguelone, gérée par le prévôt du chapitre.
Le siège épiscopal est supprimé en 1536 et il s’établit définitivement à Montpellier. Vendus par les chanoines, les bâtiments claustraux furent peu à peu détruits et la cathédrale fortifiée, un temps place forte protestante, fut en partie démantelée en 1632, à la demande de Richelieu.
Vendu comme bien national à la Révolution, puis classé monument historique en 1840, le domaine de Maguelone est acquis par Frédéric Fabrège en 1852 qui en débute la restauration. Il entreprend des fouilles qui éclairent son riche passé, en redécouvrant les fondations de bâtiments plus anciens. Il y plante de nombreuses essences méditerranéennes, l'île étant alors totalement dénudée d'arbres. Le culte est rétabli dans la cathédrale en 1875. Son héritière donnera l'île au diocèse de Montpellier en 1949.
Époque contemporaine
En 1967, une importante campagne archéologique permet d'attester de l'antiquité du site.
Un centre d'aide par le travail y est aujourd'hui installé, géré par les Compagnons de Maguelone : sa vocation d'hospitalité est ainsi perpétuée, en favorisant la réinsertion de personnes adultes handicapées.
En 2002, dix-sept vitraux conçus par Robert Morris et réalisés par Duchemin, de couleur bleu-pâle et miel, ont été posés dans les baies restaurées.
De nos jours Maguelone accueille un festival de musique qui est organisé tous les ans, en juin, dans la cathédrale par l'association "Les Amis du Festival de Maguelone". Ce rendez-vous incontournable pour tous les amateurs de musique médiévale, présente dans le cade magnifique de la cathédrale, des musiques classiques anciennes du Moyen Âge, mais aussi baroque, romantique ou renaissante, des œuvres rares, souvent tombées dans l'oubli.
Le bâtiment
Cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Maguelone, intérieur
La cathédrale a été construite il y 8 siècles comme une véritable forteresse. Ainsi, les murs dépassent couramment les deux mètres d'épaisseurs.
Deux tours encadrant la façade occidentale seront ajoutées au XIII siècle : la tour Saint Jean, actuellement détruite, et la Tour de l’Évêque, dont il ne reste que des lambeaux de façades ruinées.
Sur la façade de la cathédrale, diverses scènes bibliques sont représentées, comme une vision de l'Apocalypse. Le tympan figure le Christ en majesté assis sur un trône et entouré d'un âne, d'un aigle, d'un lion et d'un boeuf.
À l'intérieur, la nef est constituée d'une voûte basse en plein-cintre, qui est surmontée par la tribune des chanoines accessible par un escalier construit dans l'épaisseur du mur, à l'étage où une pierre tombale dédiée à l'évêque Jean de Montlaur sert de table d'autel. Au-delà des deux premières travées, s'élève une haute voûte sobre caractéristique des constructions romanes, de 10 mètres de large pour près de 20 mètres de hauteur.
Son sol est tapissé de tombes, pour la plupart anonymes. Quatre gisants d'évêques en marbreblanc sont remarquables.
Flanquées de part et d'autre du transept figurent deux chapelles, composées d'une grande voûte sur croisée d'ogives :
au nord, la chapelle du Saint-Sépulcre : son mausolée de type gothique date du XIV siècle, et a été construit pour le cardinal de Canillac, ancien prévôt de Maguelone ;
au sud, la chapelle Sainte-Marie : elle communiquait à l'origine avec le cimetière attenant (via la "porte des morts"). Le sauveteur de la cathédrale, Frédéric Fabrège, repose au pied de l'autel roman. Des sarcophage y sont aujourd'hui entreposés.
L’abside est caractéristique du style roman primitif, elle est éclairée par trois fenêtres avec des colonnettes.
À l'intérieur, le mur méridional conserve des fragments de pierres tombales de l'époque romaine : ensemble de bas-reliefs et d'épitaphes fixés retrouvés par Fabrice Fabrège lorsqu'il rénovait le dallage de la cathédrale : ils proviennent du cloître, du cimetière ou ont été apportés comme éléments décoratifs, notamment pour les pièces de l'époque antique.
Galeries
Détail du portail
Relief de St-Paul (côté gauche du portail)
Relief de St-Pierre (côté droit du portail)
Détail d'un vitrail du chœur réalisé en 2002 par Robert Morris