Le cyclamen est une plante vivace rhizomateuse de la famille des Primulacées, selon la classification classique, ou des Myrsinacées, selon la classification phylogénétique. Le cyclamen n’a pas de parenté nette avec les autres primulacées, quoiqu’il ressemble aux Dodecatheon d’Amérique du Nord par ses pétales renversés.
La taxonomie reconnaît actuellement 23 espèces de cyclamen. Les cyclamens poussent en plein air dans de nombreux pays méditerranéens, où ils croissent surtout dans les régions fraîches et montagneuses. La plus grande concentration d’espèces se trouve en Asie Mineure. Cyclamen purpurascens remonte jusqu'en Europe centrale. Cyclamen somalensepousse dans le Nord-Est de la Somalie.
Description
Feuilles de Cyclamen coum
Fruits et graines de cyclamen
Le nom Cyclamen est la transposition du mot grec κυκλἀμινος, dérivé de κυκλος (cercle ou couronne). Les cyclamens sont des géophytes, à gros tuberculearrondi et aplati, en forme de petit pain. Dans certaines régions la croyance populaire veut que les cochons les déterrent : d’où leur nom vernaculaire « pain de pourceau » (Sow bread en anglais, Pan porcino en italien, varkensbrood en néerlandais).
À la page 223 du tome XIV du Répertoire de pharmacie on peut ainsi lire : Son nom vulgaire de Pain-de-pourceau a été donné, dit-on, aux cyclamens, à cause de l'avidité avec laquelle les porcs recherchent leurs racines tuberculeuses., et à la page 225 de ce même répertoire : ... les porcs se nourrissent de ses tubercules, sans qu’il en résulte pour eux d’inconvénient.
Les feuilles se développent en rosette basilaire de laquelle émergent les fleurs gracieuses portées par une tige mince. Leur face supérieure est souvent marbrée de blanc avec, dans sa partie centrale, un motif en « sapin de Noël ». La face inférieure des feuilles de plusieurs espèces est pourprée. On suppose que cette couleur, servant de calorifère, capte la lumière qui traverse la feuille et la transforme en chaleur. Les feuilles disparaissent en été, sauf chez Cyclamen purpurascens et Cyclamen colchicum.
Le genre Cyclamen est remarquable par le fait que pratiquement chaque mois de l'année, il y a des espèces en fleurs.
Les fleurs sont rouges, roses, blanches ou panachées, et sont abondantes. Celles de certaines espèces, dont le cyclamen des Alpes, Cyclamen purpurascens, répandent un parfum agréable.
Après fécondation le pédoncule floral se tord en tire-bouchon à partir de son sommet, sauf chez le cyclamen de Perse et celui de Somalie. Font exception Cyclamen graecum, qui le fait à partir du milieu du pédoncule, et Cyclamen rohlfsianum, qui le fait à partir de la base du pédoncule.
La capsule fructifère, qui mûrit sur le sol, libère de grosses graines recouvertes d'un mucilage sucré, qui sont dispersées par les fourmis.
Histoire
Pendant l’Antiquité, le cyclamen était surtout connu pour ses vertus thérapeutiques: il contient un puissant toxique purgatif.
Les Romains appréciaient le cyclamen pour sa floraison, son parfum et sa discrétion. La présence du cyclamen de Perse sur les îles grecques de Rhodes, Karpathos et Crète, et dans le Nord de l’Afrique, en Algérie et en Tunisie, semble être l'ouvrage de moines et membres d’autres ordres religieux : en effet, on le rencontre le plus souvent à proximité des monastères et des cimetières.
Le cyclamen fut introduit en Europe au XVI siècle, et fut cultivé dans les jardins botaniques de la reine Élisabeth I d'Angleterre. L’Église catholique y voyait le symbole du cœur de Marie saignant sur la Terre, et cette symbolique a été reprise par les peintres flamands.
Délaissé au XVIII siècle, durant lequel il fut plutôt considéré comme une plante de collection, le cyclamen est revenu en vogue à partir du XIX siècle, dans le cadre du courant romantique.
Les espèces botaniques
Carte de répartition des Cyclamens : 1. C. balearicum ; 2. C. repandum ; 3. C. purpurascens ; 4. C. hederifolium ; 5. C. peloponnesiacum ; 6. C. creticum ; 7. C. graecum ; 8. C. coum ; 9. C. colchicum ; 10. C. parviflorum ; C. abchasicum ; 11. C. elegans ; 12. C. alpinum ; C. intaminatum ; C. cilicium ; C. mirabile ; C. pseudibericum ; 13. C. cyprium ; 14. C. libanoticum ; 15. C. persicum ; 16. C. rohlfsianum ; 17. C. africanum
Le genre Cyclamen est divisé en quatre sous-genres:
Sous-genre Corticata : Cyclamen cyprium et Cyclamen libanoticum
Cyclamen coum Mill. : le cyclamen à feuilles rondes ou cyclamen de Cos – nom vernaculaire incorrect, car ce cyclamen n’est pas indigène à l'île de Cos. Ce cyclamen originaire des Balkans et d'Asie mineure, répandu entre autres à Coa en Cilicie orientale, est facile à cultiver et se naturalise aisément.
subsp. caucasicum (K. Koch) O. Schwarz : à feuilles cordées et à plus grandes fleurs; dans la partie Est de la répartition.
Cyclamen abchasicum (Medw. ex Kusn.) Kolak. (Syn. Cyclamen coum var. abchasicum Medw. ex Kusn.) : le cyclamen d'Abkhazie, une forme intermédiaire qu'on rencontre localement en Géorgie, est actuellement reconnu comme une espèce à part entière.
Cyclamen elegans Boiss. & Buhse (Syn. Cyclamen coum subsp. elegans) : plus à l’Est encore, en Transcaucasie, Cyclamen coum est remplacé par Cyclamen elegans, une espèce plus délicate, à plus grandes fleurs.
Cyclamen alpinum hort. Dammann ex Sprenger (Syn. Cyclamen trochopteranthum) : originaire de Turquie, à pétales moins renversés, disposés en hélice ; il est moins rustique.
Cyclamen pseudibericum Hildebr. : un cyclamen de Turquie, à grandes fleurs légèrement parfumées ; il est moins rustique.
Cyclamen parviflorum Pobed. : un frère mineur de Cyclamen coum, originaire des hautes montagnes de Turquie ; difficile à cultiver.
var. subalpinum Grey-Wilson : moins ténu ; se rencontre à plus basse altitude
Les pains de pourceau
Cyclamen repandum Sm. : le cyclamen étalé, espèce méditerranéenne discrètement parfumée ; se rencontre de la Provence au Nord de la Grèce.
Cyclamen peloponnesiacum (Grey-Wilson) Kit Tan (Syn. Cyclamen repandum subsp. peloponnesiacum) : le cyclamen du Péloponnèse, très semblable, remplaçant Cyclamen repandum en Grèce.
subsp. rhodense (Meikle) Kit Tan (Syn. Cyclamen repandum subsp. rhodense) : sous-espèce poussant à Rhodes et sur l’île de Cos.
Cyclamen balearicum Willk. : le cyclamen des Baléares, pousse aux Baléares et dans quelques stations du Languedoc-Roussillon.
Cyclamen creticum (Dörfl.) Hildebr. : le cyclamen de Crète, se rencontre en Crète et à Karpathos.
N.B. : Certains cyclamens de Corse seraient des hybrides Cyclamen repandum × Cyclamen balearicum.
Cyclamens du Liban et de Perse
Cyclamen libanoticum Hildebr. : un cyclamen à grandes fleurs, originaire du Liban ; peu rustique.
Cyclamen persicum Mill. : le cyclamen de Perse, originaire de l'est du bassin méditerranéen ; vraisemblablement introduit en Afrique du Nord. La variété autumnalis Grey-Wilson, de la région d'Hébron, fleurit en automne. Cette espèce est non rustique, à l'exception de quelques clones provenant des hauteurs du Golan. Elle est l’ancêtre des cyclamens des fleuristes.
Cyclamen coum
Cyclamen coum subsp. caucasicum
Cyclamen elegans
Cyclamen alpinum
Cyclamen parviflorum
Cyclamen pseudibericum
Cyclamen repandum
Cyclamen balearicum
Cyclamen creticum
Cyclamen libanoticum
Cyclamen persicum
Les espèces à floraison estivale et automnale
Le cyclamen de Naples
Cyclamen hederifolium Aiton (Syn. Cyclamen neapolitanum) : le cyclamen de Naples, originaire du nord du bassin méditerranéen ; le cyclamen de jardin le plus facile, qui se naturalise aisément.
Les cyclamens des Alpes et de Colchide
Cyclamen purpurascens Mill. : montagnes d’Europe centrale et orientale. Fleurit à la fin de l’été, parfumé (nom vernaculaire Violette des Alpes).
Cyclamen colchicum (Albov) Albov, le cyclamen de Colchide : un cyclamen très semblable du Sud-Ouest du Caucase ; moins rustique.
Les cyclamens de Turquie
Cyclamen cilicium Boiss. & Heldr. : le cyclamen de Cilicie, un élégant cyclamen de culture assez facile.
Cyclamen intaminatum (Meikle) Grey-Wilson : un cyclamen nain, à fleur immaculée ; plus fragile.
Cyclamen mirabile Hildebr. : un remarquable cyclamen, moins rustique ; feuillage rouge dans sa jeunesse, ensuite marbré.
Le cyclamen de Chypre
Cyclamen cyprium Kotschy, à fleurs blanches ou rosées, élancées, parfumées ; peu rustique.
Le cyclamen de Grèce
Cyclamen graecum Link, peu rustique ; à feuillage remarquable par ses marbrures très diverses.
Les cyclamens africains
Cyclamen africanum Boiss. & Reut. : ressemble à Cyclamen hederifolium ; se croise facilement avec cette espèce.
Cyclamen rohlfsianum Asch. : endémique en Libye ; le moins rustique des cyclamens
Cyclamen somalense Thulin & Warfa : apparenté à Cyclamen persicum découvert en 1986 dans le nord-est de la Somalie.
Cyclamen africanum
Cyclamen hederifolium
Cyclamen purpurascens
Cyclamen colchicum
Cyclamen cilicium
Cyclamen cyprium
Cyclamen graecum
Cyclamen rohlfsianum
Culture des espèces botaniques
Plantés au jardin, les cyclamens se complaisent à l'ombre des arbres, et nécessitent peu d'entretien : enlèvement des feuilles fanées et élimination des envahisseurs. Les plantes peuvent vivre plusieurs décennies : certains exemplaires centenaires de Cyclamen hederifolium plantés au XIX siècle fleurissent encore. Ils peuvent avoir un tubercule de 30 cm de diamètre, pesant plus de 15 kg, comme celui du domaine de Montmarin.
Les tubercules des espèces rustiques doivent être plantés très superficiellement, ceux des espèces moins rustiques plus profondément : 5 à 10 cm. Les espèces non rustiques doivent, sauf dans les régions au climat très clément, être plantées en serre froide.
Les cyclamens des fleuristes
Cyclamen des fleuristes
Les cyclamens dits des fleuristes sont des cultivars tri- et tétraploïdes de Cyclamen persicum. Ce sont des plantes d'ornement très populaires qui égayent de leurs couleurs vives les journées d'hiver. Les nouveaux cultivars traités aux hormones, appelés « cyclamens nanifiés », deviennent à la mode.
Le cyclamen ne supporte pas de rester enfermé : il faut le sortir très souvent, sur le rebord d'une fenêtre, sans craindre les températures fraîches, voire très fraîches. Il doit cependant être rentré lorsqu'il gèle. En ce qui concerne l'arrosage, il ne faut pas laisser d'eau dans la soucoupe ou le cache-pot : il n'apprécie pas l'excès d'humidité, qui favorise le pourrissement. Enfin, au fur et à mesure que les fleurs fanent, il faut les ôter, en tirant sur la tige d'un coup sec.
Il est possible de conserver le tubercule, à l'abri de la lumière directe, et le faire refleurir plusieurs années de suite. Durant la période de repos, en juillet-août, il est possible de procéder à une division du tubercule. Les deux moitiés doivent être plongées dans un fongicide (fleur de soufre par exemple), puis laissées à sécher quelques jours, avant d'être replantées séparément. Le principal ennemi du cyclamen est une bactérie, Erwinia carotovora, dont le développement est favorisé par une chaleur excessive, une fertilisation trop riche et un surplus d'humidité.
Toxicité
Les cyclamens contiennent de la cyclamine, une saponine triterpénique, dont la plus haute concentration est présente dans le tubercule. L’ingestion de cyclamine provoque une irritation caractérisée par d’intenses nausées et vomissements. L’injection de cyclamine sous la peau entraîne des effets systémiques semblables à ceux causés par le curare des indiens, à savoir une paralysie musculaire.
Aux pages 223 et 225 du tome XIV du Répertoire de pharmacie on peut lire :
Le cyclamen était très employé autrefois comme purgatif, vermifuge, emménagogue, etc., et il entrait dans la composition de plusieurs médicaments, tous à peu près abandonnés aujourd’hui. Dans le royaume des Deux-Siciles, et principalement en Calabre, on fait usage des tubercules de Cyclamen pour la pêche du poisson d’eau douce. Ces faits, ajoutés à l’assertion annoncée par quelques auteurs, que les anciens empoisonnaient leurs flèches avec le suc de Cyclamen, semblent avoir donné à M. de Luca l’idée de ses intéressantes recherches sur le principe actif de ce végétal. M. de Luca divise en deux parties son travail : 1° extraction de la matière toxique contenue dans la racine du Cyclamen et à laquelle il donne le nom de cyclamine ; 2° étude de ses principales propriétés chimiques et physiologiques. ... M. de Luca signale ensuite l’action du jus de Cyclamen et de la cyclamine sur l’économie animale. Il fait ressortir l’innocuité de ces substances introduites dans le tube digestif de certains animaux : tandis qu’un lapin peut recevoir 10 grammes de suc de Cyclamen dans son estomac et que les porcs se nourrissent de ses tubercules, sans qu’il en résulte pour eux d’inconvénient, 4 centimètrecube de jus dans 3 litres d’eau entraîne la mort des petits poissons soumis à cette expérience. M. de Luca a été conduit par ces faits à reconnaître entre le principe actif de Cyclamen et le curare une analogie d’action que les expériences de l’un de vos commissaires, M. Claude Bernard, ont confirmé : injecté dans le poumon ou dans le tissu cellulaire de différents animaux, tels que des lapins, des oiseaux, des grenouilles, le jus de Cyclamen, en quantité qui varie de 1 à 4 grammes, produit la mort, mais moins énergiquement que le curare et avec un mécanisme un peu différent. Au point de vue chimique, cette action toxique est d’autant plus intéressante que la cyclamine n’est pas une matière azotée comme la plupart des substances délétères.
Divers
Au Japon, le cyclamen est la fleur sacrée de l'amour.
Le Cyclamen europaeum (ancien nom du Cyclamen purpurascens) entre dans la composition de l'anti-migraineux homéopathique Phapax du laboratoire Lehning.