Par convention le délire est dit chronique s'il évolue plus de 7 mois et aigu sinon. Le discours délirant peut être analysé selon cinq axes : mécanisme, thème, degré d'adhésion, degré de systématisation, extension. La caractérisation du syndrome délirant sur ces cinq axes permet de repérer différents types de pathologies psychotiques, dites psychoses. Le délire du schizophrène est dit délire paranoïde, le délire du paranoïaque est dit délire paranoïaque, ils se différencient par leur structure du délire de la psychose hallucinatoire chronique et de la paraphrénie.
Mécanisme
C'est le processus par lequel l'idée délirante s'édifie
- l'hallucination, qui est une perception là où il n'y a rien à percevoir (par exemple le fait d'entendre une voix qui parle dans l'oreille). Il existe de multiples types d'hallucinations
- l'illusion, qui est une perception déformée
- l'interprétation : là, les choses sont correctement perçues, mais on leur attribue un sens délirant : "Je vois bien que vous avez souri quand je suis arrivé, c'était pour me faire comprendre que vous aviez fait un contrat sur ma tête". Le sujet a souvent le sentiment d'être persécuté ou d'être victime d'un complot.
- l'intuition : une idée s'impose soudainement au sujet, comme une révélation "Je suis le Christ ressuscité !"
- l'imagination : le délire se construit comme une histoire imaginaire, grandiose, comprenant souvent des thèmes de science-fiction par exemple.
Thème
C'est le contenu du délire. Les thèmes délirants sont variés mais peuvent être regroupés en grandes catégories :
- Persécution : conviction délirante d’être victime de préjudices, d’agressions, de l’hostilité d’autrui. Le sujet persécuté pense être l’objet d’une machination ou d’une conspiration. L’origine de la persécution pour le patient peut être floue ou précise. Dans ce dernier cas, le patient a un persécuteur désigné, ce qui se voit en particulier dans le trouble paranoïaque. Inversement, dans le syndrome mélancolique, forme ultime de la dépression, les idées de persécution, quand elles existent restent vagues.
- Revendication : ce thème est proche du précédent. Le délire repose sur la conviction d’un préjudice subi. Le patient est en règle générale, actif,il se livre à de nombreuses démarches administratives et souvent judiciaires. Plusieurs figures types ont été étudiées : l’inventeur méconnu qui revendique l’antériorité de ses découvertes, le délire de filiation où le patient veut prouver son ascendance illustre, le quérulent processif qui intente procès sur procès afin de faire reconnaître son bon droit supposé.
- Jalousie : le délirant jaloux a la conviction erronée que l’être qu’il aime lui en préfère un ou une autre. Il fonde cette conviction sur les plus petits indices. Toute son action va alors être guidée par la recherche de la preuve absolue de sa conviction délirante grâce à des investigations inquisitoriales multiples. Cette attitude insupportable va provoquer la rupture ce qui, aux yeux du délirant, apporte la justification de ses soupçons.
- Mégalomanie ou de grandeur : c’est une surestimation de soi qui, à l’évidence, n’est pas conforme à la réalité. Ce thème est fréquemment observé dans la manie délirante. Une telle thématique délirante donne lieu à des troubles du comportement : projets pharaoniques, entreprises grandioses, dépenses somptuaires et contacts inappropriés…
- Érotique : le délire à tonalité érotique est souvent un délire mégalomaniaque centré sur la puissance sexuelle du patient.
- Érotomaniaque caractérisé par la conviction délirante d’être aimé. En général, le patient pense être aimé d’un personnage jouissant d’un certain prestige avec lequel il n’a que des relations lointaines. On parle de délire passionnel qui s’observe en général chez un patient paranoïaque. Le délirant passe par trois phases : d’espoir, de déception puis de rancune quand il s’aperçoit qu’il n’est pas aimé, dernière phase où le passage à l’acte meurtrier est vraisemblable.
- Auto-accusation : ce thème délirant traduit un jugement très défavorable que tient le sujet sur lui-même, hors de toute réalité. Se trouve en général associés une auto-dévalorisation, un sentiment de ruine et de culpabilité. Est très caractéristique de la mélancolie délirante.
- Hypocondriaque : préoccupations corporelles, hors de toute réalité, centrées sur la maladie, la transformation corporelle, centrées souvent sur les modifications d’un organe particulier.
- De négation d’organes : conviction délirante de mort d’un organe voire du corps tout entier. Constitue le syndrome de Cotard qui se trouve dans certaines mélancolies délirantes.
- Mystique et ésotérique : délire en rapport avec les Ecritures saintes, la parole divine, une mission ésotérique et divine à accomplir, des forces obscures, du Mal ou du Bien.
- Fantastique : discours visionnaire avec fantasmagorie souvent dramatique voire salvatrice (proche du thème précédent), conviction d’une relation avec une vie extra-terrestre.
- Métaphysique
- Idée de référence
- D'influence etc.
Au cours d'un délire, on peut avoir plusieurs thèmes associés.
Le degré d'adhésion au délire
c'est la charge cognito-affective(1) qui lui est liée, qui peut être plus ou moins importante.
1:car c'est dans cette complexité que tout (cela) semble se jouer...
Le degré de systématisation
Certains délires sont dits systématisés, c'est-à-dire qu'ils partent de prémisses délirantes, mais se développent ensuite de manière logique et cohérente, si bien qu'ils peuvent entraîner la conviction de l'entourage. Les délires dits non-systématisés en revanche, ne possèdent ni logique ni cohérence interne, et témoignent pour quiconque, d'une désorganisation importante de la pensée.
Extension
Pour les délires systématisés, on parle d'extension en secteur (lorsque le délire reste cantonné à un sujet précis) ou bien en réseau (lorsqu'il il envahit peu à peu toute la vie psychique).
Reconnaître un délire
Il est difficile pour une personne non-avertie de reconnaitre un délire. C'est pourtant bien utile car d'une part le délirant a besoin d'aide et peut être considérablement amélioré par les divers moyens thérapeutiques disponibles aujourd'hui, d'autre part les délires sont à l'origine - mais pas nécessairement - de comportements causant de graves dommages relationnels, économiques, sociaux ... voire politiques.
Les éléments qui peuvent faire penser à un délire et amener à demander conseil soit à son médecin traitant soit directement à un psychiatre ou même a un psychologue, sont l'association de:
Conviction fausse insensible à la persuasion,
Attachement irrationnel au discours délirant,
Anxiété parfois masquée par une apparence de fermeté et de décision inflexible,
La souffrance morale (souvent sous forme de culpabilité ou de frustration) est à peu près toujours sous-jacente au délire.
Aider le délirant
Aussi pour approcher la personne délirante et l'amener à accepter une issue thérapeutique il est fondamental de la rassurer et de soulager ou réduire sa souffrance morale. Pour ce faire il faut établir un rapport d'empathie avec la personne délirante et lui faire savoir que l'on reconnait sa douleur et sa peur. Il s'agit d'un processus d'une extrême délicatesse qui doit au plus vite déboucher sur une prise en charge spécialisée.