Église Sainte-Aurélie de Strasbourg

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Introduction

Église Sainte-Aurélie de Strasbourg
Vue générale de l'édifice
Latitude

Longitude
48° 34′ 53″ Nord

7° 44′ 00″ Est / 48.581389, 7.733333
PaysFrance
RégionAlsace
DépartementBas-Rhin
VilleStrasbourg
Culteéglise luthérienne
Typeéglise paroissiale
Début de la constructionXII siècle ; 18 juillet 1763
Fin des travaux28 mai 1765
Architecte(s)Michel Hatzung et Georges Frédéric Hüttner (maîtres d'œuvre)
Style(s) dominant(s)baroque
Protection Classé MH
Localisation


Église Sainte-Aurélie de Strasbourg

L'église Sainte-Aurélie de Strasbourg est une église protestante luthérienne de la confession d'Augsbourg, située à l'ouest de Strasbourg, à proximité de la gare centrale. Selon l'historiographie médiévale, il s'agirait de l'un des plus anciens sanctuaires de la ville. En 1524 Martin Bucer fit ses débuts comme prédicateur dans cette église acquise à la Réforme l'année précédente. Même s'il y subsiste quelques éléments d'architecture romane et gothique, Sainte-Aurélie est surtout remarquée pour son agencement intérieur baroque blanc et or – autel et chaire du XVII siècle, orgue conçu par Andreas Silbermann en 1713 – et la nef imposante de la nouvelle église, entièrement reconstruite au XVIII siècle. Ces atouts ont valu à l'église Sainte-Aurélie d'être classée par les Monuments historiques le 5 mai 1988.

Situation

Localisation de l'église sur un plan de Strasbourg (Merian, 1643), orienté sud-nord

L'église Sainte-Aurélie se trouve au cœur d'un faubourg populaire désigné sous le nom de Faubourg National depuis la Révolution française, mais connu auparavant comme le Faubourg des Charrons, puis le Faubourg Blanc. C'était autrefois un quartier de maraîchers, de jardiniers et de couvents.

Aujourd'hui l'église se situe un peu à l'écart des grands axes, entourée d'arbres et d'immeubles qui privent l'observateur d'une vision d'ensemble, sauf en hiver à la faveur de la chute des feuilles. Elle partage sa cour avec l'école primaire Sainte-Aurélie, la plus ancienne école publique strasbourgeoise, construite entre 1843 et 1846 par Félix Fries, sur un terrain mis à disposition par la paroisse. À l'exception des fidèles, le public ne peut donc accéder à l'église que sur rendez-vous ou, quelquefois, lors des Journées du Patrimoine.

Histoire

Les découvertes et les interventions archéologiques menées dans le faubourg dès le XVII siècle concernent principalement des vestiges funéraires datant de l'Antiquité, ainsi que de la période mérovingienne.

La date de fondation de l'église reste incertaine. Selon le chroniqueur Koenigshoven cité par l'historien Jean-Daniel Schoepflin, sceptique, son origine remonterait à sainte Aurélie, l'une des onze mille vierges, morte à Strasbourg. D'autres sources suggèrent une fondation de l'église primitive au VIII siècle, sur une crypte qui aurait renfermé le tombeau de sainte Aurélie.

De fait elle est citée pour la première fois en 801, sous le vocable de Saint-Maurice, alors que celui de Sainte-Aurélie n'apparaît qu'en 1324.

D'après Schoepflin, l'église est concédée au chapitre de Saint-Thomas par l'évêque Henri II en 1219, une concession confirmée par une bulle du pape Honorius III.

L'église Sainte-Aurélie en 1865

En 1471 elle est incorporée au chapitre Saint-Thomas. Elle passe à la Réforme en 1523, en même temps que le chapitre. Après le Temple Neuf, Saint-Thomas et Saint-Nicolas, elle devient la quatrième paroisse de la confession d'Augsbourg à Strasbourg. Son premier pasteur est Symphorien Pollion, qui avait d'abord prêché le protestantisme à la cathédrale, mais il est déchu de ses fonctions, et c'est Martin Bucer qui est élu prédicateur de l'église en 1524.

La vie des paroisses protestantes strasbourgeoises commence à être mieux connue à partir du milieu du XVI siècle lorsque les registres baptismaux y sont introduits. C'est ainsi que pour l'église Sainte-Aurélie ces registres sont conservés aux Archives municipales de Strasbourg depuis l'année 1550.

Au XVIII siècle la toiture menace de s'effondrer et la construction d'une nouvelle église s'avère nécessaire. Elle est confiée aux maîtres d'œuvre Michel Hatzung et Georges Frédéric Hüttner. La première pierre est posée le 18 juillet 1763, les travaux progressent assez rapidement et la nouvelle église est inaugurée le 28 mai 1765. À l'exception de la sacristie de la cathédrale, plus petite, en 1744, et l'église des Récollets, détruite depuis, c'est le seul édifice cultuel important construit à Strasbourg au cours du siècle.

En 1805, après Austerlitz, des prisonniers et des blessés russes et autrichiens sont hébergés dans l'église.

Le 5 mai 1988 l'église est classée par les Monuments historiques.

Architecture

Façade principale

Vue partielle de la façade baroque

Clocher

Le clocher roman à couronnement gothique

Les trois niveaux inférieurs du clocher, de style roman, datent du XII siècle. Au XIV siècle la tour est surélevée d'un niveau pour y installer un beffroi doté de hautes fenêtres gothiques.

Celui-ci abrite la plus ancienne cloche datée de Strasbourg (1410), qui traversa la période révolutionnaire sans dommages. Elle pèse entre 24 et 25 Zentner – soit environ 120 kilos – et porte l'inscription latine suivante :

« ++IhVS+XPS+MARIA+MATHEVS+MARCVS+LVCAS+JOAS
+ANNO+DNI+M+CCCC+X+FVSA+EST+HAEC+CANPANA »

Cette cloche n'était pas unique, des documents attestant l'existence de quatre cloches en 1754.

En 1794, au moment de la Terreur, le clocher fut un instant menacé de démolition, au même titre que les autres clochers de la ville, et pour commencer – dans un premier projet – la flèche ajourée de la cathédrale Notre-Dame. En effet, le Jacobin Antoine Teterel, originaire de Lyon, y voyait une insulte au principe d'Égalité cher à la Révolution et une motion avait été déposée dans ce sens, qui fut finalement rejetée.

Horloge

Horloge de Jean-Baptiste Schwilgué (1845)

L'église possède également la dernière horloge de clocher (1845) encore en état de fonctionnement à Strasbourg. Elle fut construite par Jean-Baptiste Schwilgué, puis restaurée.

Ameublement intérieur

Autel et chaire à prêcher

L'autel à colonnettes tournées, peint en blanc et or, tient à la fois de la table à quatre pieds et de l'autel-armoire. Il date de 1669. Placé devant la chaire à prêcher, il occupe le côté sud de la nef.

Comme l'autel dont elle est contemporaine, également peinte en blanc et or, la chaire suspendue de 1670 provient de la nef précédente. De style cartilage, la cuve est entourée de niches abritant les quatre Évangélistes. Comme à l'église Saint-Guillaume de Strasbourg, elle est portée par un pélican nourrissant ses petits de son propre sang, conformément à l'iconographie chrétienne occidentale symbolisant le sacrifice du Christ.

L'autel et la chaire à prêcher ont été classés au titre d'objet par les Monuments historiques le 28 mars 1979.

L'autel et la chaire

L'autel

La chaire à prêcher

Le pélican supportant la cuve de la chaire

Orgues

L'orgue conçu par Andreas Silbermann (1718)

L'orgue principal fut construit en 1718 par Andreas Silbermann. À l'origine il était doté de deux claviers et dix-sept jeux. Dans l'intervalle l'instrument a fait l'objet de nombreuses transformations. De la réalisation de Silbermann il ne subsiste que le buffet et sept de ses jeux. L'orgue actuel est d'Ernest Muhleisen (1952). La partie instrumentale a été classée Monument historique en 2000. Afin de l'harmoniser avec l'autel et la chaire, le buffet a été peint à son tour en blanc et or en 1790, tandis qu'un décor de feuillages rehaussé d'or souligne tous les éléments sculptés. Dans l'Alsace du XVIII siècle, un tel buffet peint reste exceptionnel.

C'est sur cet instrument qu'Albert Schweitzer a enregistré des œuvres de Jean-Sébastien Bach et César Franck pour Columbia Records en 1936.

Un petit orgue de chœur a été construit par le facteur Alfred Wild en 2001. Il est placé à la droite de l'autel.

Panneaux peints

Vingt-trois scènes bibliques exécutées en 1767 par le peintre et doreur strasbourgeois Pierre Joseph Noël ornent la tribune. Celles illustrant l'Ancien Testament se trouvent sous l'orgue, tandis que le Nouveau testament est évoqué sur le côté droit.

Plaques

L'ameublement intérieur comporte également quelques tableaux et plaques de bronze. Le réformateur Martin Bucer y est particulièrement à l'honneur, avec notamment un médaillon à son effigie apposé à droite de la chaire, identique à celui de l'église Saint-Thomas de Strasbourg, réalisé par Johannes Riegger à partir d'une médaille frappée par Frédéric Hagenauer en 1543. À gauche de la chaire, une plaque de bronze exécutée en 1929 par le sculpteur strasbourgeois Albert Schultz (1871-1953) montre Martin Bucer prêchant devant ses fidèles.