En 1982, l'un des éléments cruciaux de la guerre FISA/FOCA, à savoir l'incapacité des artisans britanniques à lutter contre les grands constructeurs capables de développer des moteurs turbos, reste plus vivace que jamais.
Lorsque la FOCA avait commencé à soulever ce problème en 1979, les Renault turbo commençaient à peine à obtenir des résultats, et les artisans pouvaient encore s'appuyer sur un réglement permissif en matière de jupe. Trois ans plus tard, les choses ont changé: Ferrari et Renault maîtrisent parfaitement la technologie turbo, et les jupes mobiles ont été interdites. Même si la FISA a accepté de fermer les yeux sur les correcteurs de garde au sol, il est indéniable que le rapport de force est de plus en plus défavorable aux Britanniques. Ces derniers vont à nouveau jouer sur la lettre du réglement et faire courir des monoplaces largement en dessous du poids limite, profitant de l'alinéa du règlement qui prévoit que les équipes ont le droit de refaire les pleins de fluides ou consommables avant de passer à la pesée d'après-course. Les équipes ont alors recours à des réservoirs d'eau supplémentaires qui ne trompent personne, et uniquement destinés à "faire le poids" à l'arrivée. A l'issue du GP du Brésil, la FIA décide de sévir et disqualifie le vainqueur (Nelson Piquet, Brabham) et son second (Keke Rosberg, Williams) après que Renault et Ferrari ont porté réclamation.
Les disqualifications de Piquet et Rosberg ayant été confirmées en appel, les écuries FOCA décident, par mesure de rétorsion, de boycotter le GP de Saint-Marin. Sur la grille de départ à Imola, seules figurent les trois écuries "légalistes" traditionnelles (Renault, Ferrari et Alfa) ainsi que Osella (équipe politiquement alignée sur Ferrari), Toleman (équipée d'un moteur Hart turbo), ATS (équipe désolidarisée de la FOCA) et Tyrrell, soit un total de 14 monoplaces. Il convient de revenir sur le cas Tyrrell, l'une des équipes les plus vigoureuses du clan FOCA : Ken Tyrrell avait reçu l'autorisation de la FOCA de ne pas suivre le boycott en raison de sa signature avec un sponsor italien. Il était également convenu que Tyrrell porterait réclamation à la fin de la course contre les possesseurs de moteur turbo. Basée sur un argument technique tiré par les cheveux, la réclamation sera bien evidemment rejetée.
Cet ultime coup de force de la FOCA à l'encontre de la FISA restera le dernier. Ecclestone lui-même ayant signé en tant que directeur de Brabham un accord avec constructeur allemand BMW pour la fourniture de moteur turbo, la fronde anti-turbo qu'il dirige ne tarde pas à devenir sans objet. Rapidement, les autres membres de la FOCA lui emboîteront le pas (McLaren avec Porsche, Lotus avec Renault, Williams avec Honda), rendant obsolète le clivage entre artisans et grands constructeurs.