L'iatrogénèse (en particulier médicamenteuse) en questions
Qu'est-ce que l'iatrogénèse (ex iatrogénie) médicamenteuse ?
Tout médicament a des effets bénéfiques, mais aussi des effets indésirables. Ils peuvent provenir du médicament lui-même, de son association avec un autre médicament, de son incompatibilité avec le malade ou d'une erreur de prise. C'est ce qu'on appelle l'iatrogénèse (auparavant nommée iatrogénie) médicamenteuse.
La situation en France est-elle différente d'autres pays européens ?
Les Français consomment, par personne, 6 fois plus de médicaments que les Pays-Bas : aux Pays Bas, sur 10 sortant d'une consultation, 6 personnes n'ont pas d'ordonnance avec prescription de médicaments, alors que le taux est de 0.25 sur 10 en France
Pour Bernard Kouchner, Secrétaire d’État à la Santé en 1998, « l'iatrogènèse induite par les médicaments constitue un problème grave de santé publique. (...) La France est un pays où la surconsommation médicamenteuse est flagrante et injustifiée : nous consommons 19 fois plus de vasodilatateurs qu’au Royaume-Uni ; 3 fois plus de psychotropes qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni. »
Importance du risque
La réduction du risque iatrogène a été définie comme une priorité par la Conférence nationale de santé de 1996.
Et « une première étude, menée en France en 1997 par le Réseau des Centres Régionaux de pharmacovigilance, chez les malades hospitalisés un jour donné, dans des services de médecine, de chirurgie et de long séjour, a montré que la prévalence des effets indésirables médicamenteux était de 10,3 %. 33 % correspondaient à des effets indésirables graves. »
Ces effets indésirables sont la cause de 128 000 hospitalisations chaque année en France.
Il y aurait, selon Philippe Douste Blazy, 8 000 décès annuels du fait des interactions médicamenteuses qui ne représentent qu'une partie de l'iatrogénèse médicamenteuse
Toujours en France, selon Mme Anne-Marie Payet, « les chiffres les plus couramment avancés font état de 140 000 hospitalisations provoquées par des accidents médicamenteux et 13 000 décès avérés. »
Iatrogénèse totale, risques, risques évitables et mortalité
L'iatrogénèse totale est plus générale que l'iatrogénèse médicamenteuse.
Le CCECQA Bordeaux a étudié l'iatrogénèse en milieu hospitalier en France. Cette évaluation du risque iatrogénique grave dans les établissements de santé fait apparaître un risque de 15 %, dont 6,2 % seraient évitables.
L'iatrogénèse totale (en ajoutant causes immédiates et associées) a été estimée par l’INSERM (1997) à 10 000 décès/an, hors infections nosocomiales (qui elles sont estimées causer 4 200 décès par an en France). Mais « cette approche sous-estime très probablement la réalité » selon le document DGS/GTNDO La seule « mortalité par cancers liée à l’irradiation médicale à visée diagnostique est estimée à 3 000-5 000 /an, dont une partie évitable ». Et les 13 000 décès avérés (et peut-être jusqu'à 32 000) suite à un accident médicamenteux ne sont qu'une (autre) partie des décès hors infections nosocomiales.
Au total, événénements iatrogènes et infections nosocomiales représenteraient plus de 20 000 décès/an. Des estimations complémentaires font apparaître des chiffres beaucoup plus élevés : 34 200 décès annuels, voire plus.
La (seule) iatrogénèse médicamenteuse a été étudiée en milieu hospitalier, par exemple au 2 Forum AAQTE, 1998 : "Lutter contre l’erreur médicamenteuse" et aux 4èmes journées de l’AAQTE, 2002.
Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus touchées par l'iatrogénie médicamenteuse ?
Les personnes de plus de 65 ans sont 2 fois plus souvent touchées :
- avec l'âge, le nombre de maladies augmente, et la consommation de médicaments aussi
- l'organisme élimine les médicaments moins bien
- le risque de se tromper dans les différentes prises est accru
- ainsi que le risque d'interactions médicamenteuses.
Extrait d'une lettre du Directeur de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSaPS) aux professionnels de santé, 29 juin 2005 :
« Les personnes âgées sont particulièrement exposées au risque d’effets indésirables liés à la prise de médicaments : les événements indésirables médicamenteux sont 2 fois plus fréquents en moyenne après 65 ans et 10 à 20 % d’entre eux conduisent à une hospitalisation. Pourtant près des 2/3 pourraient être évités.
Les effets indésirables qui pourraient être évités sont le plus souvent la conséquence :
- d’une erreur thérapeutique (mauvaise indication, non respect des contre-indications, posologie excessive ou traitement trop prolongé)
- d’une mauvaise observance du traitement
- ou d’une automédication inappropriée chez ces patients âgés et fragiles, traités pour plusieurs pathologies. »
Quels sont les risques (symptômes) ?
Les risques diffèrent selon les médicaments en cause. Il peut s'agir d'hémorragie (prise d'un anticoagulant), de vomissements, de réactions dermatologiques, de malaise ou chute (antihypertenseurs, somnifères, etc.), d'insuffisance rénale, etc.