La Famille Rollinson dans l'espace

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Introduction

La Famille Rollinson dans l’espace est un feuilleton-bande-dessinée de science-fiction. Cette série est une œuvre dessinée principalement par Graham Coton parue dans la revue britannique Knockout sous le titre The Space Family Rollinson de 1953 à 1958. Elle est traduite en France dans le mensuel Atome Kid des éditions Artima, entre 1957 et 1959, puis republiée et adaptée entre 1974 et 1976 par les éditons Aredit. Aucun éditeur n'a fait mention des auteurs.

Synopsis

L'histoire débute par l'enlèvement de toute la famille Rollinson (Papa et maman Rollinson, Bob et Berthe, Joe et Joëlle) par des robots humanoïdes qui les abandonnent au large de Saturne. Suivent d'innombrables rebondissements dignes de Flash Gordon, à suivre de parution en parution.

L'édition britannique

La revue britannique Knockout publia hebdomadairement The Space Family Rollinson du 12/12/1953 au 26/07/1958, au rythme de deux pages en noir et blanc chaque mercredi, dans des fascicules au format 29 par 23 cm, marges comprises . Les dessinateurs britanniques de comics de l'époque avaient l'habitude de ne pas signer leur création, la parution fut donc anonyme.

Le bandeau de titre en tête de chaque parution présente les noms et les visages des protagonistes: les parents Dad et Mum et leur quatre enfants, l'aîné Bob et sa sœur Betsy qui paraissent sortis de l'adolescence, tandis que les faux jumeaux, Joey le garçon et sa petite sœur Joy, semblent avoir une dizaine d'années.

Les éditions françaises

Les noms de personnages de la série britannique furent francisés : ainsi Dad, Mum, les aînés Betsy et Bob, les jumeaux Joey et Joy devinrent respectivement Papa, Maman, Berthe et Bob, Joe et Joelle.

La première publication se fit de 1957 à 1959 dans les numéros 7 à 34 de Atome Kid, avec une interruption au numéro 12, et un épisode double au numéro 20. Le format de parution était de 23 par 18 cm, en épisodes mensuels de 16 pages. La mise en page d'origine est conservée malgré un format un peu plus réduit que l'édition britannique. Toutefois, certaines vignettes subissent un léger rognage de leur bord pour rentrer dans ce format.

Après le rachat des éditions Artima par les Presses de la Cité en 1962 et leur changement de nom en Arédit, la série est de nouveau publiée en France dans le mensuel Monde Futur, du numéro 14 (juin 1974) au 31 (juin 1976) dans un format plus réduit (18 par 13 cm), et toujours sans mention des auteurs, mais avec une marque de copyright Aredit. Les éditions Arédit réalisèrent une ultime parution en juin 1987 dans Aventures Fiction, numéro 9 de la 4 série, sous le titre "Zektrons contre Titans" en 91 pages.

La seconde parution française dans Monde Futur bouleverse complètement la mise en page d'origine pour tenir dans le format Arédit particulièrement réduit. Chaque page ne contient que deux, trois ou quatre vignettes, contre six à huit dans les éditons précédentes. La plupart des vignettes ont été redécoupées une par une et redimensionnées. Certaines ont un décor plus large, complété par des retouches de dessin, tandis que les images "panoramiques" sont rognées latéralement. Enfin les différences de format et de pagination imposent un découpage des épisodes différent d'une publication française à l'autre.

De surcroit, la seconde édition dans Monde Futur opère des altérations de dessin, de dialogue ou de scénario plus marquées :

  • au début de l’aventure, les Rollinson apparaissent en vêtements terriens contemporains des années 50. Berthe portait alors une jupe sous le genou et des sandales plates lacées sur la cheville (Atome Kid 7). La réédition dans Monde Futur 14 retouche son habillement, lui mettant une jupe au-dessus du genou, et des chaussures à talon haut.
  • la seconde édition (Monde Futur 16) élimine 25 images des premiers jours de la famille Rollinson sur Titan (publiées dans Atome Kid 9), ce qui rend moins compréhensible l’engouement soudain des jeunes Titans pour la boxe anglaise.
  • dans la première édition, la princesse Aora est condamnée à mort et doit être jetée dans le vide spatial vêtue de sa seule tenue terrestre (Atome Kid 20). Dans la réédition, cette péripétie violente est remplacée par une condamnation à l’exil sur un satellite, et Aora et ses bourreaux sont redessinés en scaphandre spatial (Monde Futur 23).
  • la seconde édition censure toute allusion à la mort dans les dialogues : dans Atome Kid 9, Papa Rollinson risque la peine de mort pour avoir confectionné un punching-ball à forme humaine, tandis que la réédition le montre seulement passible de prison ; des répliques comme « quand la sorcière aura péri dans l’espace » (AK 20, p 33), sont éliminées, d’autres comme « il se meurt », « vous allez voir comme je suis vivant » (AK 20, p 33), « chétif terrien, je vais te massacrer » deviennent « il s’évanouit », « vous allez voir ce que je suis » (MF 23, p 13), « chétif terrien, je vais te faire comprendre qui je suis » (MF 23, p 31), etc.

Les dessinateurs

Malgré l’attribution à Graham Coton, le style du dessin et de la narration permet de distinguer plusieurs dessinateurs (3 au moins, peut-être même 4), tous anonymes dans la version française. En plus de Graham Coton, il s'agirait de Ron Clarke comme scénariste & Mike Western, Eric Bradbury selon certaines sources sur Internet. D'après l'index britannique de Steve Holland, il y aurait plutôt Ian Kennedy en plus de Graham Coton ainsi qu'un dessinateur non identifié.

En l'absence d'indication d'auteur, on est réduit aux hypothèses.

L'artiste

La meilleure partie, du numéro 7 d'Atome Kid au numéro 28, avec une pause sur le n 12 est probablement de Graham Coton. Un dessin épuré témoigne d’une excellente maîtrise de l’anatomie des corps et des attitudes dynamiques, exploitée par la généralisation de costumes en tunique courte. La mini-jupe de Berthe, c’était de la science-fiction ! Les robots, muets et impersonnels par essence, ont une gestuelle corporelle particulièrement expressive. En revanche, les visages des personnages sont idéalisés et dépourvus de détail superflu, ce qui les rend un peu impersonnels voir stéréotypés pour Bob ou Berthe. Les méchants, forcément laids selon la tradition BD, sont mieux caractérisés.

La mise en image et les cadrages sont très efficaces, avec de beaux effets de perspective dans les scènes de groupes ou de cadre urbain. Le dessin témoigne d’une grande souplesse du découpage adaptée à la narration : chaque page est divisée classiquement en trois bandes ou plus rarement quatre, mais de hauteur variable et de 1, 2 ou 3 cases chacune selon le besoin, parfois sans bande de séparation entre cases, permettant de larges scènes panoramiques. L’usage de larges surfaces noires en à-plat ou en hachures donne du relief aux paysages et aux scènes spatiales.

Le bouche-trou

Au numéro 28 d'Atome Kid, la rupture est visible tant pour le dessin que pour le scénario . . . Les 7 derniers épisodes consomment deux ou trois dessinateurs, contre 20 épisodes et demi pour le premier. Un dessinateur bouche-trou intervint au numéro 28 et 29 : visiblement pour terminer l’épisode ébauché par le premier dessinateur. Les personnages rappellent le style de Raoul Giordan, dans ce qu’il a de moins bon (traits épais, visage de papa Rollinson calqué du docteur Spencer, gnomes en scaphandres à tête pointue paraissant sortis d’un épisode de Météor, personnages avec des jambes grêles et aux attitudes raides). Par rapport aux précédents épisodes, certaines vignettes paraissent bâclées, la narration faiblit, et s’encombre de pavés de texte, visiblement pour diminuer le nombre de dessins.

Le rénovateur

Sur trois épisodes, du numéro 29 d'Atome Kid, page 11 au 32, page 4 : le changement de dessinateur est manifeste : dans l’ensemble, le dessin s’améliore : les décors végétaux et les engins volants sont bien rendus, le tracé réaliste des visages modifie les personnages (vieillissement de Joe et Joëlle), mais les attitudes des personnages sont souvent raides et, mis à part les visages, évitent toute représentation d’anatomie (personnages représentés le plus souvent immobiles enveloppés dans leur scaphandre froissé) ; Il s'agit vraisemblablement de Ian Kennedy.

La narration dégénère dans l’incohérence : enchaînements sans transition, situations à suspense non résolues comme en fin du numéro 30, des personnages apparaissent ou disparaissent subitement au fil du récit (manque-t-il un épisode non publié, non repris de l’original anglais ?), le retour sur Terre est bâclé, pour enchaîner un style totalement différent.

La liquidation de la saga

Du numéro 32 à 34 : changement de dessinateur avec une amélioration passagère (personnages aux attitudes plus dynamiques) et un scénario assez banal (départ de fusée vers la Lune dans un style anticipation technique réaliste, très daté du début de la conquête spatiale, menace d’invasion de la Terre par des extra-terrestres insectoïdes, thème bateau de la paranoïa entretenue pendant la guerre froide). Le scénario est centré sur Bob et Joe devenu adulte et l’aspect famille Rollinson se réduit à l’insertion de temps à autres de quelques vignettes montrant papa Rollinson et le reste de la famille. Les décors sont indigents, la narration se traîne et s’achève dans la raideur du dessin des personnages caricaturaux et la lourdeur des dialogues répétitifs qui expliquent et réexpliquent l’action. Triste final pour une série qui fut remarquable.

Citations

  • Commentant la série Artima, Jean-Pierre Dionnet qualifia La famille Rollinson d'agréable bluette anglo-saxonne genre " la famille Duraton dans l'espace ", qui peut encore séduire quelques pervers intellectuels ...