La loi de Nernst-Einstein est une loi qui intervient dans la migration des espèces dans les solides cristallins, lorsque les espèces sont soumises à une force. Par « espèces », on entend « défauts cristallins ».
Cette loi permet de calculer la vitesse de migration des espèces en fonction de l'intensité de la force et du coefficient de diffusion de l'espèce dans le cristal.
En absence de force
Considérons les mouvements sur un axe x (par exemple par projection sur cet axe).
En absence de force, les défauts migrent aléatoirement, par sauts d'un site à un site voisin. Ces sauts sont possibles grâce à l'agitationthermique.
Par unité de temps, une espèce a une probabilité Γi de faire un saut vers un site i voisin. La vitesse moyenne des particules est nulle (cas similaire au mouvement brownien) ; la moyenne quadratique des déplacements <X> durant un temps t n'est elle pas nulle et on a :
<X2>=t⋅1∑nΓi⋅δξi
si δξi est la longueur algébrique (positive ou négative selon la direction de référence) du saut i.
Lorsque l'espèce est soumise à une force, cela rompt la symétrie des sauts, les probabilités de deux sauts opposés n'est plus égale. Pour simplifier, on ne considère qu'une seule espèce, et un mouvement dans une direction donnée. Si Γ+ est la probabilité que la particule se déplace d'une longueur +δx par unité de temps, et Γ- la probabilité qu'elle se déplace d'une longueur -δx, alors le parcours moyen <X> après un temps t vaut :
Ce mouvement sous l'effet d'une force crée un gradient de concentration. Or, la diffusion aléatoire tend à niveller les concentrations, et donc s'oppose à la migration « forcée », on a donc deux flux :
un flux j1 créé par la force
j1 = v · c, où c est la concentration de l'espèce ;
un flux j2 opposé qui suit la loi de Fick
j2=−D⋅∂x∂c où D est le coefficient de diffusion de l'espèce.
Le flux total vaut donc :
j=v⋅c−D⋅∂x∂c.
Régime stationnaire
Si l'on attend « suffisamment longtemps », on atteint un régime stationnaire : les fluxj1 et j2 se compensent, on a un gradient de concentration constant. On a donc j = 0, soit, si c(x) est cette concentration constante :
v⋅c∞=D⋅∂x∂c∞
Supposons maintenant que la force soit conservative (cas le plus fréquent). Elle dérive donc d'un potentiel η :
Cette loi ressemble à une loi de frottementfluide. Lors d'une mouvement à faible vitesse dans un fluide non turbulent, on peut estimer que la force de frottement est proportionnelle à la vitesse, et donc que l'on atteint un régime stationnaire où la vitesse est proportionnelle à la force (c'est le principe du parachute) :
v = B · F
où B est la mobilité de l'espèce (Beweglichkeit en allemand).
La loi de Nernst-Einstein nous donne donc :
B=kTD
d'où l'on déduit la loi d'Einstein :
D = B · kT
Applications
Potentiel chimique
La forceFc résultant du potentiel chimique μ peut s'écrire, à une dimension :
Fc=−∂x∂μ
et donc l'équation de Nernst-Einstein devient :
v=−kTD⋅∂x∂μ
Champ électrique
Si une particule porte z charges élémentaires e, alors elle subit la force Fe (force électrostatique ou force de Coulomb) :
Fe=z⋅e⋅E
Le champ électriqueE dérive d'un potentiel V, ce qui s'écrit à une dimension :
E=−∂x∂V
donc la loi de Nernst-Einstein devient :
v=−kTDze⋅∂x∂V
Considérons le flux de charges jel, également appelé densité de courant électrique. On a
jel = z·e· j = z·e· c · v
soit
jel=kTDz2e2c⋅∂x∂V
On peut faire un parallèle avec le loi d'Ohm reliant cette densité de courant électriquejel au gradient de potentiel :