Louis Kahn appartient à la génération qui suit les fondateurs du Modernisme (il a 15 ans de moins que Ludwig Mies van der Rohe et 14 de moins que Le Corbusier). À ce titre, il prend la suite du mouvement moderne et le dépasse.
Il a étudié l'ouvrage Vers une architecture de Le Corbusier et est tributaire de nombreux principes miesiens (visible par exemple dans la conception de la façade métallique de l'Art gallery de Yale University).
Mais le fonctionnalisme de ses édifices aboutit à la définition de concepts nouveaux: l'opposition entre le servant & le servi et la notion d'architecture creuse.
Servant/Servi: Aux laboratoires de l'université de Pennsylvanie à Philadelphie (1957-1965), les tours des circulations (espaces servants) se distinguent clairement des plateaux des laboratoires (espaces servis). De même, le Salk institute de La Jolla est doté de niveaux techniques intermédiaires (espaces servants), plus bas que les plateaux des laboratoires (espaces servis).
Architecture creuse: Louis Kahn est soumis, comme ses contemporains, à un autre problème fonctionnel: l'intégration des conduites et réseaux techniques qui se multiplient dans les bâtiments modernes (eau, ventilation, électricité...). Pour ce faire, il va générer une architecture creuse : les conduites, mais aussi les circulations, seront intégrées dans des espaces interstitiels ménagés dans l'épaisseur des murs (ou dans les planchers comme on l'a vu au Salk Institute). Cette idée est déjà développée à l'Art gallery de Yale university où Kahn place l'escalier dans un cylindre de béton, à l'image d'un fût de colonne qui serait creux.
Par ailleurs, Kahn renouvelle l'emploi des formes géométriques. Le cercle, le triangle, le carré étaient déjà employés par les Modernistes des années 1920 mais Kahn en fait un usage esthétique nouveau, notamment dans ses réalisations en Inde (Institut de gestion d'Ahmedabad) et au Bangladesh (Capitole de Dhaka). Dès sa première réalisation d'importance, la Yale university art gallery, on perçoit le complet renouvellement en cours : les plafonds sont formés d'un réseau de caissons triangulaires en béton, la cage d'escalier est un cylindre dont la lumière zénithale modèle une forme triangulaire. Cet usage des formes géométriques élémentaires correspond également à un héritage des Beaux-arts (Rappelons que cet héritage Beaux-arts est aussi présent sous d'autres formes chez Le Corbusier ou chez Mies van der Rohe).
L'un des apports majeurs de Louis Kahn est sa recherche de monumentalité et de spiritualité. La massivité de ses édifices, le choix des matériaux, l'emploi esthétique de formes géométriques élémentaires concourent à cela. La position du Salk institute face à l'océan Pacifique ou les immenses volumes du capitole de Dacca émergeant d'un lac artificiel en sont deux exemples. Cette monumentalité rompt avec les principes du Modernisme (Notons qu'à la même époque, Le Corbusier fait évoluer son art dans la même direction avec la chapelle de Ronchamp ou les édifices de Chandigarh).
L'emploi particulier que fait Louis Kahn de la brique, du bois et du béton brut en fait un initiateur du Brutalisme. En effet, l'architecte laisse apparaître les défauts de ses matériaux (texture irrégulière, scories…) et crée de forts contrastes entre eux. Le Salk institute oppose le bois au béton brut, la bibliothèque d'Exeter le bois à la brique, le Kimbell art museum le béton brut au travertin, etc.
Enfin, Louis Kahn est un maître de la lumière. Venant souvent du haut par des percements géométriques, la lumière ajoute à la monumentalité des espaces. L'éclairage zénithal du Kimbell art museum est exemplaire de ce point de vue : deux demis-berceaux plein-cintre sont juxtaposés au-dessus de chaque travée intérieure pour laisser entrer la lumière dans la fente interstitielle ; cette lumière est alors renvoyée sur l'intrados du voûtement par des réflecteurs. Un jour de plusieurs centimètres permet un autre apport de lumière entre le couvrement et les murs.
La singularité de l'œuvre de Louis Kahn a influencé une partie des architectes émergeant à la fin des années 1970, et toujours en activité, tels Tadao Ando, Mario Botta ou Ieoh Ming Pei.