Modification du temps

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Introduction

Le but de la modification du temps est de contrôler les phénomènes météorologiques tels cette tornade en Oklahoma

La modification du temps est la manipulation des paramètres physiques qui contrôlent les phénomènes météorologiques. Le but est de modifier l'évolution du temps afin d'obtenir des conditions favorables et d'amoindrir les phénomènes violents.

Histoire

Sorcières devant leur chaudron pour concocter un potion pour l'arrivée de grêle

Chez certains peuples amérindiens, les phénomènes météorologiques étaient critiques à leur survie. Le contrôle de la pluie et du beau temps était donc essentiels. La plupart ont donc développé des rituels, danses, cérémonies afin d'attirer de bonnes conditions météorologiques. Ceux-ci constituent donc un essai de modifier le temps.

Les peuples occidentaux pratiquèrent aussi ces essais sous forme de magie ou de religion. Dans la mythologie grecque par exemple, les Dieux contrôlent le temps et on doit les mettre de son côté. Ainsi, Iphigénie est sacrifiée pour apaiser la déesse Artémis qui avait coupé le vent à la flotte Achéenne allant assiéger Troie. À Rome, la lapis manalis est une pierre sacrée gardée à l'extérieure des murs dans un temple dédié à Mars et qu'on traîne dans la ville en cas de sécheresse.

Les sorciers et sorcières ont souvent été soupçonnés du contrôle des éléments. Par exemple, à Berwick en Écosse, une sorcière fut trouvée coupable d'usage de magie noire quand une tempête frappa le navire du roi Jacques Ier d'Angleterre. Selon Adam de Brême et Ole Worm, les sorcières scandinaves prétendaient vendre le vent dans des sacs ou le confiner dans des boîtes qu'elles vendaient aux marins. Il existe bien d'autres superstitions de ce genre dans la tradition de plusieurs pays qui donnent à des personnes ou des animaux des pouvoirs sur le temps (voir Tempestiaires). On retrouve même aujourd'hui des croyances chez certaines sectes d'effets psychiques sur le temps, comme par exemple celles des adeptes de la méditation transcendantale qui à l'hiver 1979-1980 ont médité pour obtenir du beau temps lors de la construction de leur temple, le Golden Dome.

Le premier exemple de contrôle effectif du temps est l'utilisation du paratonnerre. Il permet en effet de dévier la foudre de son chemin. Au tournant du XX siècle, l'usage du canon anti-grêle est une première tentative physique directe de modification d'un phénomène météorologique. Du point de vue théorique, dans les années 1950, le fameux mathématicien et physicien John von Neumann proposa qu'en cas de développement d'un nouvel âge de glace il faudrait recouvrir les glaciers de poussières ou de terre afin d'augmenter leur albédo et ainsi améliorer le transfert de chaleur venant du Soleil à l'atmosphère. Ceci constitue une application à grande échelle des principes de modification du temps qui n'a jamais été testé.

Plus près de nous, durant les années de 1950 à 1970, les expériences sur l'ensemencement des nuages grâce à de l'iodure d'argent avait pour but d'augmenter le taux des précipitations et/ou de réduire la grosseur des grêlons. Ces techniques sont aujourd'hui régulièrement utilisées dans certaines régions arides, par exemple en Espagne. La Chine utilise également ces techniques sur son territoire, via le Bureau des modifications météorologiques de Pékin pour la région pékinoise.

Principe et faisabilité

Les conditions météorologiques sont causées par l'apport différentiel d'énergie provenant du Soleil, ce qui cause des variations de pression et d'humidité autour de la Terre, et de la rotation de cette dernière. La manipulation des phénomènes atmosphériques demande donc de pouvoir contrôler la distribution de l'énergie solaire ou de son relâchement sous forme de chaleur latente dans les nuages.

Une telle manipulation contrôlée est pratiquement impossible à l'échelle globale de la planète. Cependant, l'activité humaine a grandement modifié la composition de l'atmosphère depuis les années 1850 et est soupçonnée de donner le changement climatique involontaire actuel. La déforestation, la désertification, les mauvaise pratiques agricoles, la construction de larges réservoirs, les poussières générées par des catastrophes naturelles ou humaines ( cendres volcaniques, feux de forêts ou de puits de pétroles, etc.), changent également la répartition de l'énergie solaire et vont donner de variations climatiques locales ou mondiales difficilement contrôlables.

À petite échelle, certaines techniques ont été développée pour modifier le temps. L'exemple le plus simple est la climatisation des édifices où on contrôle un volume restreint et des paramètres, température et humidité, peu nombreux. Quand on s'attaque à un système ouvert et plus large, il est possible de faire certaines modifications limitées comme recouvrir les plantes pour éviter le gel nocturne, entretenir des feux ou faire passer un avion afin d'empêcher de maintenir la température au-dessus du point de congélation dans un verger. Certaines techniques et expériences ont été menées pour des systèmes de l'ordre du nuage, comme l'ensemencement, avec des résultats peu probants.

Méthodes

Depuis les débuts de la méthode scientifique, différentes méthodes ont été expérimentées pour modifier le temps. Mentionnons-en ici quelques-unes.

Canons anti-grêle

Canon anti-grêle au congrès international de 1901

Le canon anti-grêle est un système utilisé par les agriculteurs pour protéger leurs exploitations contre la grêle. Le canon anti-grêle est supposé empêcher la formation de la grêle en limitant la croissance des grêlons grâce à l'onde de choc créée par la détonation. Ils tomberaient ainsi, au niveau du sol, avec une densité qui ne leur permettrait pas de détériorer les cultures ou même sous forme de pluie. L'efficacité, pas plus que le principe des canons anti-grêle, n'a été démontré scientifiquement. Les premiers canons anti-grêle sont apparus à la fin du XIX siècle en Autriche mais leur utilisation a été largement abandonnée en Europe dès 1905 par manque de preuve de leur efficacité. Le concept a refait surface autour des années 1970, grâce à des agriculteurs de la région de Manosque même si aucune recherche scientifique n'appuie les affirmations d'efficacité de ces derniers.

Ensemencement des nuages

Dispositif pour l'ensemencement

L'ensemencement des nuages consiste à introduire des particules dans un nuage afin de déclencher la précipitation. La condensation de la vapeur d'eau en eau liquide pour la formation des nuages et des précipitations nécessite la présence dans l'air de noyaux de condensation solide. La condensation directe sans noyaux n'est pas à proprement parler strictement impossible mais elle est thermodynamiquement très défavorable. La quantité de noyaux de condensation dans l'air peut donc être un facteur limitant au passage de la vapeur d'eau atmosphérique en eau liquide (nuage, précipitation). On peut introduire les noyaux grâce à la dispersion par avion, fusée, canons, etc.

Contrôle des cyclones tropicaux

Hypothèse de Stormfury, haut en bas : *Ensemencement des orages au pourtour de l'Œil *Développement d'un mur d'œil externe aux dépens de celui interne *L'Œil obtenu est plus large et les vents moins forts

Plusieurs projets ont été présentés pour amoindrir les effets des tempêtes tropicales. Certains, comme le projet Stormfury, une expérience pour affaiblir les cyclones tropicaux en ensemençant une portion du mur de l'œil avec de l'iodure d'argent lâchée par avion furent réalisés. Ce projet, financé par le gouvernement américain s'est étendu de 1962 à 1983, faisant suite à un projet similaire en 1958 qui avait utilisé de la suie mais avait donné des résultats non concluants. Les résultats de Stormfury furent tout autant décevants mais permirent d'acquérir plus de connaissances sur les systèmes tropicaux.

Parmi les propositions, on compte celles de :

  • Moshe Alamaro, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui veut pointer des turboréacteurs, sur des barges, vers le ciel le long de la trajectoire d'un ouragan. Il espère ainsi mener à la formation de petites dépressions qui perturberaient le cyclone. Ses critiques doutent que l'énergie utilisée soit suffisante pour produire un effet quelconque ;
  • Alexandre Chorin, de l'Université de Californie à Berkeley, qui propose de déverser une mince couche d'huile biodégradable sur la mer pour inhiber la formation de gouttelettes et ainsi couper la turbulence du système. En 2002, les expériences de Kerry Emanuel du MIT démontrèrent que les vents de force d'ouragan disperseraient la couche d'huile et rendraient l'expérience inutile. D'autres chercheurs ont également mis en doute la théorie derrière l'expérience ;
  • Dyn-O-Mat, une compagnie de Floride qui a développé une poudre appelée Dyn-O-Gel pouvant absorber 1 500 fois son poids en eau, propose d'en lâcher dans les nuages d'un ouragan pour les éponger. La produit est supposé se décomposer en atteignant la surface de l'océan et être sans danger. La compagnie a testé le Dyn-O-Gel sur un orage mais le résultat n'est pas concluant ;
  • D'un brevet qui a été obtenu pour une technique afin de réduire la puissance d'un cyclone tropical en pompant de l'eau de mer à la base du mur de l'œil du système sous forme de gouttelettes dans l'espoir de ralentir le mouvement vertical et de l'affaiblir ainsi. Théorie à démontrer et réalisation plutôt difficile quand on pense à la manière d'introduire une telle pompe au cœur d'un ouragan.

Études de l'ionosphère

Différents projets américains visent l'étude de l'ionosphère et utilisent des instruments assez puissants. On a ainsi le projet HIPAS (HIgh Power Auroral Stimulation) qui utilise des transmetteurs à fréquences très basses et ultra-basses de 1 Mégawatt pour tenter de réchauffer l'ionosphère pour en étudier le comportement. Le projet scientifique, civil et militaire HAARP (High Frequency Active Auroral Research Program), qui est fondé sur les découvertes scientifiques de Nikola Tesla, utilise la technologie IRI (ionospheric research instrument) permettant de modifier localement l'ionosphère via des ondes haute fréquence (HF) pour d'étudier les modifications sur les communications longues distances. Bien que ces projets ne visent pas la modification météorologique et que les énergies ne soient qu'infimes par rapport à ce qui serait nécessaire, plusieurs y voient une conspiration du gouvernement américain dans ce sens.

Lustre de Tchijevski

Le « lustre de Tchijevski » (en anglais Chizhevsky chandelier) est une technique inventée par Alexander Chizhevsky (en) permettant d'ioniser l'air. Son utilisation dans le cadre de la modification du temps a été expérimentée le 23 octobre 2009 à Moscou par le Comité de Moscou de la science et des technologies. Le principe consiste à créer un puissant flux vertical d'oxygène ionisé (chargé négativement). L'interaction de ces ions avec l'humidité atmosphérique dégage de l'énergie, d'où une augmentation de la température, ce qui disperserait les nuages

Problématique

Le climatologiste Ross Hoffman a simulé des réchauffements ou refroidissements de parties bien précises de cyclones tropicaux grâce à des modèles numériques de prévision du temps. Le futurologue John Smart discute dans la même veine du potentiel de contrôle de la météo en utilisant des satellites pour réchauffer des endroits précis d'ouragans à l'aide d'émission micro-onde afin d'affecter leur trajectoire. Un réseau assez dense de ces satellites pourrait diriger assez d'énergie pour dévier un ouragan important d'une zone densément peuplée en changeant de quelques degrés la température dans la direction voulue. Le même principe pourrait s'appliquer pour les autres types de dépressions météorologiques importantes : tempête de neige, mousson, etc. En plus d'être un sujet de débats théoriques sur la faisabilité de la technique, c'est également un débat éthique car :

  • Rien ne garantit que la trajectoire sera contrôlable à cause de la nature chaotique de l'atmosphère ;
  • Le réchauffement pourrait peut-être causer des dommages à l'écosystème ou à l'humain ;
  • Le choix entre une trajectoire ou une autre peut offrir des alternatives difficiles (ex. choisir entre frapper la Floride avec un ouragan de catégorie 5 ou la Caroline du Nord avec un ouragan diminué à la catégorie 3) ;
  • L'équipement peut mal fonctionner ou tomber en panne en plein milieu de l'opération et ainsi complètement changer les prévisions ;
  • L'utilisation peut être détournée vers des fins militaires.

Législation

Le contrôle météorologique et la modification du temps pour des fins militaires sont expressément interdits par une résolution des Nations unies du 10 décembre 1976 et qui fut signée le 18 mai 1977 (résolution de l'Assemblée générale 31/72, TIAS 9614). Ce règlement est entré en vigueur le 5 octobre 1978 mais devait être ratifié par chacun des États membres. Ce fut fait le 13 décembre 1979 aux États-Unis par le président Jimmy Carter et par le Sénat le 17 janvier 1980. Deux projets de modifications de cette loi furent déposés en 2005 pour allouer certaines dérogations, établir un comité de recherche sur les opérations de modification du temps et établir une politique nationale sur le sujet. Il ne furent cependant jamais adoptés.

Certains pays ou régions ont des législations particulières pour diverses expériences ou applications de modification du temps pour les besoins agricoles. Par exemple, au Montana (États-Unis), une loi de 2005 restreint l'ensemencement des nuages à certains mois de l'année et nécessite un permis pour les utilisateurs. Certains gouvernement encouragent leur agriculteurs dans ce domaine, comme au Mexique où ils peuvent recevoir une subvention de 50% sur les coûts associés à la lutte anti-grêle dans le cadre du programme "Alianza para el campo" .

Culture populaire

Fiction

Dans l'imaginaire populaire, le contrôle de la météo est surtout du domaine de la spéculation, de la science-fiction et de la fantaisie. On a des mentions dans certaines séries télévisées comme Star Trek, en particulier en regard de la planète Risa qui est une planète de villégiature grâce au contrôle serré des conditions météorologiques. Le concept de terraformation est également repris dans les films de science-fiction mais également dans des documentaires scientifiques.

Arme climatologique

La Convention ENMOD de l’ONU, signé le 18 mai 1977 et entrée en vigueur le 5 octobre 1978 comme mentionné auparavant, interdit l'usage militaire des techniques de modification du temps de manière prolongée et à large échelle de manière à causer des effets catastrophiques et destructifs sur l’ennemi . Cependant, rien dans le texte ne semble interdire un usage limité non répétitif. De plus, un accident environnmental, comme le relâchement de gaz toxiques par un bombardement, n'est pas considéré comme un usage de ces techniques selon la convention ENMOD.

Avant l'entrée en vigueur de cette convention, les États-Unis auraient fait de l’ensemencement des nuages au-dessus de la piste Hô Chi Minh pour la rendre plus difficile d'accès en augmentant la pluviosité. Il semble qu'entre 1967 et 1968, le Air Weather Service ait pu ainsi augmenter les quantités de pluie de 30 pourcent. À une autre occasion, on aurait lâché du sel lors du siège de Khe Sanh afin de faire précipiter le brouillard pour améliorer les conditions météorologiques mais sans grand succès. Selon un rapport de la US Air Force de 1996, les États-Unis ne détiendraient pas de technologies de modification du temps mais leur développement donneraient un avantage important sur un champ de bataille.

Les adeptes des conspirations suggèrent que les gouvernements feraient déjà des recherches dans ce domaine, en liaison avec le développement d'armes climatologiques. Ils discutent de programmes (comme HAARP) de recherche sur l'ionosphère qui auraient en réalité pour but de modifier le climat, de constructions comme l'Arche de Saint-Louis (Missouri) qui contrôlerait les orages et du lâché de produits chimiques (chemtrails). Ces spéculations démontrent la peur instinctive d'un tel détournement dans la population.

La spéculation récente émise dans le thriller politique Verglas fait partie de ce courant. L'auteur, le journaliste Normand Lester y décrit des savants américains qui font des expériences sur des armes climatologiques depuis une trentaine d'années. Lester affirme que son roman a un fondement scientifique, citant les expériences HAARP et le fait que la défense nationale des États-Unis possèderait une ferme à Sainte-Hedwidge, près de Roberval au Québec, destinée à recevoir des émissions basses fréquences en provenance de la base militaire Siple Station. Il insinue qu’ils y mèneraient également des expériences conjointes avec l'université Stanford et la Defense Advanced Research Projects Agency pour le développement des armes nouvelles.

Dans le roman de Lester, ce sont des expériences reliées au développement de ces armes qui auraient provoquées le déluge de Montréal en 1987, le déluge du Saguenay en 1996 et la crise du verglas en 1998. Il s'agit bien sûr d'une œuvre de fiction et les événements cités sont totalement explicables par la météorologie. En fait, l'énergie nécessaire au développement des phénomènes météorologiques provenant du Soleil est tellement énorme que toute modification de leur trajectoire implique de contrôler l'insolation sur de vastes territoires. Ceci est techniquement impossible en utilisant des moyens ponctuels comme bombarder l'ionosphère.