Nom des grands nombres

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Introduction

Les noms des grands nombres (supérieurs au trillion) ne sont pratiquement jamais utilisés, du moins dans un contexte de communication normale. De nombreux systèmes ont été proposés pour nommer des grands nombres, mais aucun ne semble avoir eu d'utilité pratique.

Usage des grands nombres

Quelques grands nombres ont réellement un sens pour l'homme, et sont d'un usage relativement courant jusqu'au trillion. Au delà, les noms de grands nombres n'ont plus guère qu'une existence artificielle, dans les définitions mathématiques, et il n'y pas d'occurrence de ces mots dans le langage courant.

Dans l'usage courant, ces grands nombres sont exprimés avec la notation scientifique. Avec cette notation, qui existe depuis les années 1800, les grands nombres sont exprimés par un dix et un nombre en exposant. On dira par exemple : « L'émission en rayons X de cette radio-galaxie est de 1,3·10 erg ». Le nombre 10 se lit simplement « dix puissance quarante-cinq » : c'est facile à lire, facile à comprendre, et beaucoup plus parlant que « quattuordécillion » (qui présente de plus l'inconvénient de signifier deux choses différentes, suivant que la convention utilisée est l'échelle longue ou courte).

Quand c'est une quantité physique qui doit être désignée, ce sont les préfixes du système international qui sont préférentiellement utilisés. Tout le monde comprendra ce qu'est une « femtoseconde », alors qu'un « billiardième de seconde » sera difficile à comprendre.

Ce n'est donc pas pour leur utilité pratique que les grands nombres sont nommés, mais ils ont de tous temps fasciné ceux qui se sont penchés sur eux en essayant d'appréhender ce que « grand nombre » pouvait bien signifier.

Système d'Archimède

Un des premiers exemples connus est le décompte que fit Archimède du nombre de grains de sable que pouvait contenir l'univers, dans l'Arénaire (Ψάμμιτης). Pour cela, il généralisa le système de numération grec, dont le terme le plus élevé s'appelait la myriade (10), ce qui permettait donc aux grecs de compter jusqu'à 99 999 999 (soit 10-1, la myriade de myriade n'ayant pas de nom).

Archimède appela ces nombres nommables en grec des « nombres de premier ordre » ; et appela la myriade de myriade, soit 10, l'unité de base des « nombres de deuxième ordre ». En prenant ce nombre comme nouvelle unité, Archimèdes était capable de nommer 99 999 999 nombres « de deuxième ordre », jusqu'à 10·10=10. Ce nombre est à son tour pris comme l'unité des « nombres de troisième ordre », et ainsi de suite.

Archimède continua sa construction logique pour tous les « ordres » qui pouvaient être nommés en grec, c’est-à-dire jusqu'au nombre d'ordre une myriade de myriade, soit , fin naturelle de cette série de désignation.

Archimède prolongea cette construction en prenant à nouveau ce nombre comme unité de base, ce qui lui permit d'étendre le système de dénomination jusqu'à

À ce point, Archimède se servit de ce système de désignation pour estimer le nombre de grains de sable que pouvait contenir l'univers, parce que « innombrable comme les grains de sable » représentait pour les grecs l'exemple archétypal de quelque chose qui ne pouvait pas être compté. Il trouva comme ordre de grandeur « mille myriades du huitième ordre » (soit 10).

Famille des -llions

Système de Nicolas Chuquet

Chuquet.gif

Nicolas Chuquet écrivit un livre, Triparty en la science des nombres, où l'on trouve le premier exposé de l'usage moderne de grouper les grands nombres par paquets de six chiffres, qu'il séparait par des points (on remarquera que les noms employés par Chuquet ne sont pas tout à fait les noms modernes).

Ou qui veut le premier point peult signiffier million Le second point byllion Le tiers poit tryllion Le quart quadrillion Le cinq quyllion Le six sixlion Le sept. septyllion Le huyt ottyllion Le neuf nonyllion et ainsi des ault' se plus oultre on vouloit preceder. Item lon doit savoir que ung million vault mille milliers de unitez, et ung byllion vault mille milliers de millions, et [ung] tryllion vault mille milliers de byllions, et ung quadrillion vault mille milliers de tryllions et ainsi des aultres : Et de ce en est pose ung exemple nombre divise et punctoye ainsi que devant est dit, tout lequel nombre monte 7 quadrillions 453248 tryllions 043000 byllions 700023 millions 654321. Exemple : 7'453248'043000'700023'654321.

Cependant, l'ouvrage de Chuquet ne fut pas publié de son vivant. Une bonne partie en fut copiée par Estienne de La Roche dans un ouvrage qu'il publia en 1520, L'arismetique.

Cette description est celle qui correspond au système dit de l'échelle longue, où les préfixes correspondent aux puissances du million. Le bymillion de Adam (byllion pour Chuquet) correspond donc à 10, et le trimillion / tryllion vaut 10.

C'est à Chuquet que l'on attribue l'invention du système, mais les premiers termes existaient avant lui. Les mots bymillion et trimillion apparaissent en 1475 dans un manuscrit de en:Jehan Adam.

  • Le terme Million existait avant Adam et Chuquet. C'est un mot d'origine probablement italienne, millione, forme intensifiée du mot mille: un million est étymologiquement un gros millier, rappelant les unités de second ordre d'Archimèdes.
  • La manière dont Adam et Chuquet présentent ces termes suggère qu'ils décrivent un usage préexistant, plutôt qu'une invention personnelle. Il est probable que des termes comme billion et trillion étaient déjà connus à cette époque, mais que Chuquet (expert dans l'art de manier les exposants) en a généralisé le système, inventant les noms correspondant aux puissances plus élevées.

Chuquet ne précisa que les dix premiers préfixes; l'extension de son système aux nombres supérieurs a toujours provoqué des variantes dans les solutions retenues pour adapter les noms latins au suffixe -llion.

Formation des noms en -llion

Le système de Nicolas Chuquet consiste à faire suivre les préfixes bi-, tri-,... du suffixe -llion, pour former les noms d'unité successifs. Dans le système original, qui correspond à l'échelle longue, chaque unité vaut 10 fois l'unité précédente. On a donc, de manière régulière :

RangDésignationValeurDéduction
1mi-llion10=  1 000 000
2bi-llion10=  1 000 000
3tri-llion10=  1 000 000
4quadri-llion10=  1 000 000
5quinti-llion10=  1 000 000
6sexti-llion10=  1 000 000
7septi-llion10=  1 000 000
8octi-llion10=  1 000 000
9noni-llion10=  1 000 000
10deci-llion10=  1 000 000

Ces dix unités permettent d'atteindre 10, ce qui suffit largement aux usages physiques normaux. C'est le système recommandé en 1948 par la neuvième conférence générale des poids et mesures (et rendu légal en France par le décret 61-501 du 3 mai 1961). Ce système régulier est celui dit de l'échelle longue. Les pays anglo-saxons tendent à utiliser un système irrégulier, l'échelle courte, où un billion vaut 10 et un trillion 10 (les autres unités étant sans applications pratiques).

Les billiards, trilliards,... d'utilisation moins fréquente, se forment régulièrement sur les préfixes précédents: de manière régulière, un X-illiard vaut mille X-illions.

Au delà de dix, les noms sont régulièrement composés en utilisant comme préfixe le terme latin désignant le rang. La difficulté est alors de savoir compter en latin, et les termes correspondants souffrent souvent d'une orthographe mal stabilisée. Ainsi, on peut noter que le décret français introduit l'orthographe quatrillion au lieu du quadrillion traditionnel, sans que l'on puisse savoir si c'est un changement délibéré ou une simple erreur typographique.

Normalisation proposée par Conway et Wechsler

Proposé par John Horton Conway et Allan Wechsler, ce système régularise et prolonge celui de Nicolas Chuquet. La première étape de son système consiste à normaliser l'écriture des préfixes latins, de 1 à 999 (dans le tableau qui suit, les tirets ne sont destinés qu'à faciliter la lecture, et ne font pas partie du nom de nombre).

Unité isoléeUnité préfixeDizaineCentaine
1mi-un-(n)déci-(n)(x)centi-
2bi-duo-(n)vinginti-(n)du-centi-
3tri-tre(s)-(n)(s)tri-ginta-(n)(s)tre-centi-
4quadri-quattuor-(n)(s)quadra-ginta-(n)(s)quadri-ngenti-
5quinti-quinqua-(n)(s)quinqua-ginta-(n)(s)qui-ngenti-
6sexti-se(x)(s)-(n)sexa-ginta-(n)ses-centi-
7septi-septe(m)(n)-(n)septua-ginta-(n)septi-ngenti-
8octi-octo-(m)(x)octo-ginta-(m)(x)octi-ngenti-
9noni-nove(m)(n)-nona-ginta-no-ngenti-

Les radicaux des unités peuvent prendre ou perdre des consonnes de liaisons:

  • tre devient tres devant les mots précédés d'un s: ainsi, 303=trestrecenti.
  • se devient ses devant les mots précédés d'un s: ainsi, 306=sestrecenti.
  • se devient sex devant les mots précédés d'un x: ainsi, 106=sexcenti, tandis que 600 = sescenti.
  • septe devient septem devant les mots précédés d'un m, et septen devant les mots précédés d'un n: ainsi, 107=septencenti et 87=septemoctoginta.
  • De même, nove devient novem devant les mots précédés d'un m, et noven devant les mots précédés d'un n: ainsi, 109=novencenti et 89=novemoctoginta.

Les chiffres sont énoncés dans l'ordre unité, dizaine, centaine; et quand le chiffre est un zéro, le terme correspondant est simplement omis.

Avec cette construction, un 421-llion s'appelle un un-vinginti-quadringenti-llion.

Extension proposée par Conway

Dans la même publication, Conway propose de construire les radicaux latins pour les nombres supérieurs à mille de la manière suivante :

  • Soit N le préfixe latin recherché pour écrire un N-illion.
  • Regrouper les chiffres de N par blocs de trois chiffres.
  • Utiliser le codage précédent pour chacun des blocs de trois chiffres, ou ni-lli si les trois chiffres sont nuls.
  • Intercaler lli entre chaque bloc ainsi obtenu.

Ainsi, avec cette méthode, un 3_000_102-llion s'appelle un tri-lli-ni-lli-duo-centi-lli-on.

Autres systèmes de grands nombres

Système Gillion

Proposé par Russ Rowlett, basé sur les préfixes numériques grecs, et les puissances de mille :

Valeur

Expression

Nom

10

1000

Mille

10

1000

Million

10

1000

Milliard

10

1000

Tetrillion

10

1000

Pentillion

10

1000

Hexillion

10

1000

Heptillion

10

1000

Oktillion

10

1000

Ennillion

10

1000

Dekillion
Valeur

Expression

Nom

10

1000

Hendekillion

10

1000

Dodekillion

10

1000

Trisdekillion

10

1000

Tetradekillion

10

1000

Pentadekillion

10

1000

Hexadekillion

10

1000

Heptadekillion

10

1000

Oktadekillion

10

1000

Enneadekillion

10

1000

Icosillion
Valeur

Expression

Nom

10

1000

Icosihenillion

10

1000

Icosidillion

10

1000

Icositrillion

10

1000

Icositetrillion

10

1000

Icosipentillion

10

1000

Icosihexillion

10

1000

Icosiheptillion

10

1000

Icosioktillion

10

1000

Icosiennillion

10

1000

Triacontillion

Système Myriade

Proposé par Donald E. Knuth, ce système est une autre manière de généraliser les myriades grecques: au lieu que chaque « ordre de grandeur » corresponde à un regroupement de quatre chiffres, comme pour Archimède, Knuth considère que chaque ordre de grandeur peut avoir deux fois plus de chiffres que le précédent.

Au delà des noms où l'on reconnaît la présence du « y » caractéristique, il utilise des séparateurs différents pour des groupes de 4, 8, 16, 32 ou 64 chiffres (respectivement la virgule, le point-virgule, et les deux points, l'espace et l'apostrophe ; le séparateur décimal reste le point dans cette notation). Ils sont formés sur des puissances de deux successives des puissances de dix mille (myriade). Ce système permet d'écrire et nommer des nombres énormes (le premier grand nombre qui ne peut être exprimé avec les dénominations classiques est l'oktyllion, la mille-vingt-quatrième puissance de la myriade). Toutefois, le nom « myriade » reste le plus connu car il correspond à une dénomination historique.

Toutefois les noms sont rarement utilisés car ils sont souvent homonymes et homophones d’autres nombres (y compris en anglais où ces noms ont été définis), et créent de nouvelles ambiguïtés avec les échelles courtes et longues.

ValeurNomNotation
10Un1
10Dix10
10Cent100
10Mille1000
10Myriade1,0000
10Dix myriades10,0000
10Cent myriades100,0000
10Mille myriades1000,0000
10Myllion1;0000,0000
10Myriade de myllions1,0000;0000,0000
10Byllion1:0000,0000;0000,0000
10Myllion de byllions1;0000,0000:0000,0000;0000,0000
10Tryllion1 0000,0000;0000,0000:0000,0000;0000,0000
10Quadryllion1'0000,0000;0000,0000:0000,0000;0000,0000 0000,0000;0000,0000:0000,0000;0000,0000
10Quintyllion
10Sextyllion
10Septyllion
10Octyllion
10Nonyllion
10Decyllion
10Undecyllion
10Duodecyllion
10Tredecyllion
10Quattuordecyllion
10Quindecyllion
10Sexdecyllion
10Septendecyllion
10Octodecyllion
10Novemdecyllion
10Vigintyllion
10Trigintyllion
Quadragintyllion
Quinquagintyllion
Sexagintyllion
Septuagintyllion
Octogintyllion
Nonagintyllion
Centyllion
Millillion
Myryllion

Le système Googol

Les termes googol et googolplex furent inventés par Milton Sirotta, neveu du mathématicien Edward Kasner, qui les introduisit dans une publication de 1940, Mathematics and the Imagination, où il décrit cette invention :

Le terme « googol » a été inventé par un enfant, le neveu du Dr Kasner, alors âgé de huit ans. On lui avait demandé d'imaginer un nom pour un nombre très grand, par exemple un 1 suivi d'une centaine de zéros. Il était sûr que ce nombre n'était pas infini, et tout aussi certain qu'il n'avait pas de nom propre. Il suggéra le terme « googol », et dans la foulée en proposa un autre pour un nombre encore plus grand: le « googolplex ». Un googolplex est beaucoup plus grand qu'un googol, mais reste fini, ce que l'inventeur du terme fit rapidement remarquer. Au départ, la définition proposée était un 1, suivi d'autant de zéro qu'on pourrait en écrire sans tomber de fatigue. C'est certainement ce qui risquerait d'arriver si quelqu'un essaye d'écrire un googolplex, mais deux personnes différentes seraient fatiguées au bout d'un temps différent, et ça n'aurait pas de sens que Carnera soit un meilleur mathématicien que Einstein simplement parce qu'il a une meilleure endurance. Pour cette raison, le googolplex est un nombre spécifique, mais avec tellement de zéros derrière son « un » que le nombre de zéros est lui-même d'un googol.

Par la suite, Conway et Guy ont suggéré comme extension que un N-plex corresponde par convention à 10. Avec ce système, un googol-plex vaut bien 10, et un googolplexplex vaut 10.

D'autres auteurs ont proposé les formes googolduplex, googoltriplex, etc., pour désigner respectivement 10, 10, et ainsi de suite.

10Googol
Googolplex
10N-minex
10N-plex