Définition
Un orbifold (sans bord) O est un espace métrique muni d'un atlas orbifold, c’est-à-dire d'un ensemble de quadruplets (Ui,U~i,ϕi,Γi) où Ui est un ouvert de O, U~i est un ouvert de R, Γi est un groupe fini agissant de façon lisse sur U~i et φi est une application continue qui descend en homéomorphisme de U~i/Γi dans Ui. L'ensemble de ces quadruplets doit vérifier :
- i⋃Ui=O,
- si ϕi(x)=ϕj(y) alors il existe des voisinages Ux⊂U~i et Uy⊂U~j de x et y et un difféomorphisme ψ:Ux→Uy tel que ϕi=ϕj∘ψ.
Chaque quadruplet d'un atlas est appelé carte de O. Deux atlas définissent la même structure d'orbifold si leur réunion est encore un atlas. Lorsqu'il y a un risque de confusion, on notera | O | l'espace topologique sous-jacent à un orbifold O.
Un point ne possédant pas de carte pour lequel le groupe agissant est trivial est dit singulier ou exceptionnel.
Une application lisse entre deux orbifolds O et O' est une fonction continue f:∣O∣→∣O′∣ telle que pour tout point x de O il existe des cartes (U,U~,ϕ,Γ) et (U′,U~′,ϕ′,Γ′) où x∈U et f(U)⊂U′ et une application lisse f~:U~→U~′ au-dessus de f qui soit équivariante par rapport à un certain homomorphisme de Γ dans Γ'. Une telle application est appelé immersion ou submersion si tous les f~ le sont. Une immersion qui est un homéomorphisme sur son image est appelé un plongement. Un difféomorphisme est un plongement surjectif.
Exemples simples
On construit la plupart du temps un orbifold comme espace quotient d'une variété (sans singularité) par une symétrie discrète de celle-ci. Si l'opération de symétrie ne possède pas de point fixe alors on sait que le résultat est encore une variété, mais si par contre il existe un ou plusieurs points fixes alors le quotient possède des singularités sur chacun de ceux-ci et est donc « véritablement » un orbifold.
Par exemple si on considère un cercle S1 de rayon R qui est une variété (de dimension 1) et qu'on le paramétrise par un angle θ∈[0;2π] alors on peut considérer les deux opérations suivantes
Alors σ1, qui est une translation d'une demi-période, ne possède pas de point fixe. Le quotient associé, noté S1 / σ1 est donc encore une variété et de fait il s'agit encore d'un cercle mais de rayon R/2.
σ2 par contre possède deux points fixe en θ=0 et θ=π. S1/σ2 n'est donc pas une variété mais bien un orbifold. Il est topologiquement équivalent à un segment [0;π] et est singulier aux deux extrémités.
En dimension 2, l'exemple le plus simple est celui du quotient d'un disque ouvert par l'action d'une rotation. Le résultat est topologiquement un disque mais sa structure d'orbifold comprend un point singulier dont le groupe est cyclique (la singularité est dite conique).
Le premier exemple de surface orbifold qui n'est pas le quotient d'une variété lisse est obtenue en recollant l'exemple précédent et un disque lisse pour obtenir une sphère ayant un point exceptionnel conique.
Revêtements et groupe fondamental
Les orbifolds étant introduits en particulier pour donner une structure au quotient d'une variété par l'action d'un groupe fini, on veut pouvoir dire que si M est une variété sur laquelle agit un groupe fini G alors l'application M→M/G=O est un revêtement et que si M est simplement connexe alors l'orbifold quotient a pour groupe fondamental G.
Revêtements
Un revêtement d'un orbifold O par un orbifold Oˉ est une application continue p:∣Oˉ∣→∣O∣ telle que tout point x de O admette un voisinage U vérifiant : chaque composante connexe V de p (U) admet une carte ϕ:V~→V telle que p∘ϕ soit une carte de O.
Il faut prendre garde au fait que l'application p n'est en général pas un revêtement entre espace topologiques.
On appelle revêtement universel de O un revêtement p:∣O^∣→∣O∣ tel que pour tout revêtement q:∣Oˉ∣→∣O∣ il existe un revêtement r:∣O^∣→∣Oˉ∣ tel que p=q∘r. D'après un théorème de Thurston, tout orbifold possède un revêtement universel qui est unique à difféomorphisme près.
Groupe fondamental
Le groupe fondamental d'un orbifold est le groupe des automorphismes de son revêtement universel, c’est-à-dire des difféomorphismes de O^ tels que p∘f=p. On le note π1(O) et on a bien O=O^/π1(O).
Lien avec la géométrisation de Thurston
La conjecture de géométrisation de Thurston affirme, grossièrement, que toute variété compacte orientable de dimension trois peut être découpée en un nombre fini de morceaux portant une structure géométrique. Dans le cas où la variété admet une action non-libre d'un groupe fini, il suffit de munir l'orbifold quotient d'une structure géométrique puis de remonter celle-ci sur la variété de départ. C'est pourquoi il était important de comprendre les orbifolds car, paradoxalement, il est plus facile de munir un orbifold (non-lisse) d'une structure géométrique que de le faire pour une variété lisse générale.
Par ailleurs les orbifolds de dimension deux peuvent jouer le rôle de bases de fibrés en cercles appelés fibrés de Seifert et qui jouent un rôle important comme morceaux de la décomposition de Thurston (la définition d'un fibré au-dessus d'un orbifold est adaptée de celle concernant les variétés par une démarche proche de celle utilisée plus haut pour les revêtements).