Packing

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Introduction

Le packing est une technique de traitement de l'autisme, utilisée en France, et très controversée . Elle consiste à envelopper les enfants et adolescents autistes gravement malades de linges froids voire glacés. Utilisée depuis plusieurs années, elle a été autorisée par le Haut Conseil de la Santé publique en 2010, qui n'écarte cependant pas la possibilité de risques psychiques . La communauté scientifique française est fortement divisée sur cette technique qui n'est guère utilisée à l'étranger, et qui est fondée en particulier sur la théorie psychanalytique de « l’angoisse de morcellement » . L'association « Léa pour Samy » considère qu'il s'agit d'une technique de « torture ».

Historique de l'enveloppement froid

L'enveloppement froid était une méthode employée dans les années 50 dans le cas de fièvre infectieuse. Il était utilisé dans le but de diminuer la température corporelle du malade.

Description

Développée par le psychiatre américain controversé M. A. Woodburry en France dans les années 1960-70 , la technique du packing (ou séances d’enveloppements humides initialement froids) est proposée en France (elle n'est utilisée ni aux Etats-Unis, ni en Espagne) pour le traitement des enfants et adolescents autistes les plus gravement malades, ou qui présentent des troubles graves du comportement (hyperactivité, instabilité grave, auto- ou hétéro-agressivité, stéréotypies envahissantes, anorexie grave, insomnie rebelle notamment) (Delion et al. 1998).

La technique du packing est basée sur le réchauffement thermique cutané rapide (de l’ordre de cinq minutes selon des vérifications par thermomètres cutanés) obtenu en enveloppant le corps de l’enfant dans des serviettes de bain (deux pour le tronc, une pour chaque bras et jambe) mouillées froides. Seuls les membres supérieurs et inférieurs et le tronc sont enveloppés ; la tête et le visage ne sont pas concernés. Les serviettes sont recouvertes d’une alaise et de deux couvertures pour faciliter le réchauffement de l’enfant. Ces tissus d’une température proche de +10 à +15 °C en début de séance se réchauffent très rapidement pour avoisiner la température du corps jusqu’à la fin de la séance. Seule la température superficielle est transitoirement diminuée, le patient n’est jamais placé en hypothermie.

À l’issue de la séance, le sujet est frictionné et accompagné vers le lieu de vie où une collation est proposée dans une ambiance « conviviale ». Les séances d’enveloppement ont lieu une ou plusieurs fois par semaines en fonction de l’état de santé du patient. Les packings aideraient les enfants à renforcer leur conscience des limites de leur corps. Le packing a pour but d’aider le patient à retrouver une « image corporelle » en privilégiant ses vécus sensoriels et émotionnels. Bien plus qu’une méthode comportementale et uniquement corporelle, le packing permettrait d’aider l’enfant à retrouver un sentiment d’entourance (Haag et coll. 1995), qui permettrait l’établissement d’une relation avec les soignants.

Les packings entrent dans le cadre d’un projet de soins individualisés en accord avec les parents. Cette prise en charge s’intègre au sein d’une prise en charge pluridisciplinaire, qui associe idéalement des soins, à des approches éducatives et pédagogiques adaptées, voir [2]

Il est important de dire que le principe de l'enveloppement froid n'est pas absolu et que certains praticiens comme le Dr A.Gillis utilisent avec les enfants des enveloppement à température du corps depuis les années 90. Le principe thérapeutique se réfère alors au mouvement du corps qui rencontre des phénomènes de résistance, qui doivent être commentés et utilisés pour manifester au Sujet ses propres limites, susceptibles de restaurer certains processus d'identification, de partage entre Soi et non-Soi. (Gillis 1999)

Scientificité

En mai 2009, dans le cadre du Plan Autisme, la secrétaire d'Etat Valérie Létard rappelait que le packing « n'a pas fait l'objet d'évaluation scientifique » .

Cette technique se fonde en effet sur des théories psychanalytiques de l'autisme, aujourd'hui fortement remise en cause à la lumière des recherches en neurosciences et en psychologie comportementale. La France est l'un des seuls pays où la psychanalyse continue à exercer une telle influence en matière d'autisme.

L'association « Léa pour Samy », très critique envers le packing et qui prône plutôt l'usage de l'analyse du comportement appliquée (ABA en anglais), indique ainsi:

« L’autisme n’est pas une maladie psychique ni un trouble psychiatrique. Il est reconnu et traité au niveau international comme une maladie neurobiologique. Les enfants, adolescents et adultes atteints d’autisme français n’ont pas à être traités de manière différente des enfants, adolescentes et adultes atteints d’autisme du monde entier . »

Une étude prospective, randomisée, se déroule actuellement en France (depuis décembre 2008) pour vérifier l'intérêt et la validité de cette méthode.

Accusations de maltraitance et questions éthiques

Deux critiques centrales sont faites à cette technique: d'une part, on conteste sa scientificité, d'autre part, des associations françaises de parents d'enfants autistes (Léa pour Samy, etc.) ainsi que des scientifiques étrangers , considèrent qu'il s'agit d'un « traitement inhumain et dégradant » voire de torture. Par ailleurs, certains interrogent le caractère éthique d'une telle méthode en ce qui regarde le consentement du patient ou/et des parents.

D'autre part, les associations qui assimilent cet acte à de la maltraitance indiquent que:

  • dans certains cas les linges sont à des températures fortement en dessous de 0, car sortant directement d'un congélateur à -18 °C

  • beaucoup d'autistes ont une hypersensibilité au toucher, et dans leur cas ce type de traitement peut provoquer une souffrance intense et impossible à comprendre pour le personnel soignant

  • des témoignages de parents ont indiqué qu'il y a des cas d'utilisation du packing sur leur enfant, sans les en informer ni requérir leur approbation. Le Pr Pierre Delion (CHU Lille) a déclaré à la revue The Lancet au sujet du packing que "si un enfant est en danger suite à un accident de la route vous n'attendez pas l'accord des parents pour lui faire une transfusion".

Cependant un enfant autiste n'est pas en danger de mort, ce qui laisse largement le temps à l'équipe de demander l'accord des parents.

De plus les psychiatres ne doivent intervenir "qu'avec le consentement libre et éclairé des personnes concernées" . Ces principes ont été ré-affirmés par la loi de 2002 sur le droit des malades, qui autorise notamment les patients à refuser un traitement (sauf cas de danger de mort imminent).

Un médecin, même s'il est "libre de ses prescriptions" , ne peut envisager "l'emploi sur un malade d'une thérapeutique nouvelle [...] qu'après les études biologiques adéquates, sous une surveillance stricte et seulement si cette thérapeutique peut présenter pour la personne un intérêt direct" .

En 2009, Valérie Létard, secrétaire d'État à la solidarité, a précisé au Sénat que « l’absence d’accord formel des parents peut légitimement donner lieu à un signalement, en vue d’une enquête DDASS, et même à un signalement judiciaire, en cas de soupçon de maltraitance » mais également que « cette méthode n’a pas à être employée » en dehors de tout protocole de recherche .

Pour ces raisons, certaines associations de parents (Autisme France, etc.) réclament aujourd'hui l'interdiction pure et simple de cette pratique dans notre pays . L'association « Léa pour Samy » propose actuellement un moratoire et une pétition contre le packing dans le but de faire cesser cette « pratique sans protocole, sans évaluation, sans validation et sans résultats ».