Le palais Civena n'est pas inscrit dans les Quatre Livres de l'architecture, publiés en 1570 mais les différentes alternatives élaborées sont illustrées par plusieurs dessins autographes de Palladio.
L'actuelle distribution des pièces n'est pas la solution définitive choisie par Palladio mais le résultat de la lourde intervention de Cerato qui a prolongé l'entrée et modifié l'escalier. La planimétrie d'origine peut néanmoins être reconstituée grâce à un plan publié par Ottavio Bertotti Scamozzi en 1776 et obtenu, selon ses dires, des propriétaires de cette période : le regroupement des pièces en deux noyaux de part et d'autre de l'entrée, avec une serlienne utilisée comme un filtre vers l'environnement extérieur, est très proche des projets des villas palladiennes contemporaines.
Compte tenu de la date précoce de son projet, le palais Civena est un précieux témoignage de l'activité de jeunesse de Palladio et de sa culture architecturale avant son 1 voyage déterminant à Rome, en 1541. Comme la villa Trissino à Cricoli, l'édifice marque une fracture avec la pratique constructive vicentine : à la traditionnelle polifora (it) du centre de la façade se substitue une séquence régulière de travées, rythmée par des pilastres doublés, de faible épaisseur. À cet égard, Palladio s'inspire évidemment des palais romains du XVI siècle, mais il est clair qu'il ne s'agit pas d'une connaissance directe : la façade de l'édifice semble découpée d'une feuille de papier, dénuée de réelle consistance plastique. Par ailleurs, tous les éléments du langage architectural dérivent des modèles vénitiens, et non pas romains, en premier lieu les édifices réalisés par Giovanni Maria Falconetto à Padoue.