Ambiance de fête, en ce 4 septembre 1904, au Port d’Arciat. Une foule joyeuse et impatiente se presse en ce lieu, où même des messieurs arrivés le matin même de Paris, et habillés en grand costume, sont présents. Fanfare, lampions, et guirlandes sont de la partie pour un événement majeur pour la vie de ce village, et de celui d’en face : en ce jour ensoleillé, on inaugure le nouveau pont. Et quel pont !
« Le pont d’Arciat était un joli édifice, tout de pierres blanches et de briques rouges », raconte une habitante du Port d’Arciat qui l’a connu étant enfant, et même il lui semble se souvenir que ce pont sifflait lorsque le vent se levait. Il pouvait : cette remarquable réalisation possédait des arches ajourées par des baies de brique rouges. Le demi-cîntre roman dont on avait alors l’habitude et qui donne aux pont cet aspect massif, avait ici été remplacé par de grands segments d’arcs, et ceci grâce à l’innovation de ses architectes, M. Parent et M. Lacroix.
C’est une réalisation avant-gardiste assez audacieuse qui tranche avec la tendance classique du siècle qui vient de s’achever, et qui privilégie l’esthétique grâce à une armature de métal. Cette technique, complètement nouvelle, ne sera véritablement utilisée et fiable que quelques années plus tard, avec les travaux de M. Auguste Perret qui, en 1911, met le béton armé au service de la pureté des lignes.
Ce nouvel édifice devait marquer profondément la vie des riverains. Dans ce début du XX siècle, le pont vient rompre avec les semi autarcies communales ou cantonales. Il crée un nouvel axe d’échange : aux uns s’ouvrent les portes des scieries et moulins bressans, aux autres les chemins des usines de ciment, du Four à Chaux, et du petit commerce de l’industrie familiale du vin du Beaujolais. Le bac avait vécut.