La réserve nationale de faune de Long Point (anglais : Long Point National Widlife Area) est une aire protégée du Canada et l'une des dix réserves nationales de faune de l'Ontario. Elle est située dans la réserve de biosphère de Long Point, créée en 1986 et est reconnue comme site Ramsar depuis 1982.
Géographie
Vue satellite de Long Point
La réserve nationale de faune est située sur la Long Point, une péninsule de sable de 40 km de long au nord du lac Érié qui se trouve entièrement dans le comté de Norfolk, et à 10 km au sud de Port Rowan.
La réserve est divisée en deux territoires, le premier est situé à la base de la pointe et comprend une superficie de 450 ha, la seconde partie, qui a une superficie de 3 200 ha comprend l'est de la pointe. Le secteur ouest est adjacent au parc provincial de Long Point.
Géologie
Long Point est un cordon littoral de 40 km s'avançant dans le lac Érié. Il s'agit du plus grand cordon littoral des Grands Lacs. Le sous-sol est composé de roches sédimentaires datant du Silurien et du Dévonien (entre 443 et 359 millions d'années). La formation de la pointe a commencé il y 7 600 ans à partir d'une moraine traversant le lac. Elle s'est accélérée quand le lac a atteint son niveau actuel il y a 4 000 ans. La pointe est alimentée par l'érosion de falaises de sable et d'argile qui sont localisées jusqu'à 95 km à l'ouest de la pointe. La péninsule est toujours en progression, elle avance de près de 5 m par année vers l'est.
Relief et hydrographie
Le relief de la réserve est plutôt plat, l'altitude va de 174 m, ce qui correspond au niveau du lac Érié, à 183 m. Le sud de la réserve est caractérisé par une plage de 32 km de long. Quant au nord de la péninsule, on y retrouve un vaste système de marais et milieux humides divisé par des dunes de sable.
Climat
Le climat de la région de Long Point est réputé pour être l'un des plus doux du Canada. Les hivers y sont doux et neigeux alors que les étés y sont humides et chauds. Les précipitations, dont le cumul annuel est proche de 1 000 mm, se répartissent équitablement tout au long de l'année. La moyenne des trois mois les plus chauds est de 19,4 °C alors que celle des trois mois les plus froids est de -4,5 °C.
Les plus vielles preuves de la présence humaine au sud de l'Ontario date d'il y a 11 000 ans. Les seuls artéfacts de la période paléoindienne sont des pointes de flèches. La végétation régionale se modifia pour l'actuelle il y a 8 000 ans, ce qui débuta la période archaïque. La période sylvicole commence avec l'apparition de la céramique vers X siècle av. J.-C.. Vers 900 la population commence graduellement à adopter la culture du trio maïs, haricot et courge, également connu sous le nom des Trois sœurs. La région était habitée par des Iroquoiens qui deviendront les Neutres.
Les Neutres formaient une confédération de cinq nations, les Attiragenregas, les Ahondihronons, les Antouaronons, les Onguiaronons et les Kakouagogas. À son apogée, la population de la confédération est estimée entre 12 000 et 40 000 habitants répartis dans 28 à 40 villages. Ceux-ci disparurent vers 1653, victime des guerres franco-iroquoises. La région fut ensuite occupée par les Mississaugas, une tribu de langue algonquienne semi-nomade.
Carte du comté de Norfolk en 1880
L'indépendance des États-Unis d'Amérique marqua le début de la colonisation par la venue de loyalistes à partir des années 1780. La région fut acquise par session des Mississaugas aux britanniques le 22 mai 1784. Les cantons de la région furent cadastrés à la fin du XVIII siècle et la région obtint le surnom de Long Point Settlement. La vocation du comté de Norfolk au cours du début du XIX siècle fut tournée principalement sur l'agriculture et l'exploitation forestière.
Le déclin et même la disparition de la faune disponible pour la chasse, un groupe de chasseur, la Long Point Company acheta à la province du Canada la plupart des terres de la pointe en 1866, soit 6 044 ha, pour en faire une réserve de chasse. La seule terre qui ne fut pas acquise sur la propriété des Anderson, à l'extrémité de la pointe. En 1874, le cerf de Virginie fut introduit dans la péninsule en 1874. La compagnie introduisit plusieurs techniques de conservation de la faune en délivrant des permis de chasse ainsi qu'en interdisant la chasse à la sauvagine le printemps. Le parc provincial de la Pointe Long fut créé en 1921 à la base de la péninsule. La Long Point Company céda une partie de ses terres au service canadien de la faune, qui en fit une réserve nationale de faune en 1980. En 1982, Long Point fut reconnu comme site Ramsar. Elle fut reconnue comme réserve de biosphère en 1986.
Milieu naturel
Selon la classification écologique de la commission de coopération environnementale, Long Point est située dans l'écorégion de niveau III des basses-terres du lac Érié, elle-même située dans l'écorégion de niveau I des forêts tempérées de l'Est. Cette écorégion est caractérisée par l'un des climats les plus doux du Canada.
Flore
Marais et forêts de baie de Long Point
La péninsule de Long Point est caractérisée par la forêt carolinienne, ou forêt feuillue de l'Est. On y retrouve 660 espèces de plantes vasculaires. Les premières plantes à coloniser les dunes fraichement créées sont le peuplier deltoïde (Populus deltoides) et le genévrier de Virginie (Juniperus virginiana). Ceux-ci sont remplacés par des marécages de mélèze laricin (Larix laricina) et de thuya occidental (Thuja occidentalis), des forêts de pinblanc (Pinus strobus) et de thuya occidental ainsi que des savanes de bouleau à papier (Betula papyrifera) et de chêne rouge (Quercus rubra). Les marais peu profonds sont quant à eux occupés en majorité par les quenouilles (Typha sp.).
Faune
On retrouve 47 espèces de mammifères à Long Point. Le seul ongulé encore présent est le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus). Les carnivores présents dans la région sont le coyote (Canis latrans), le renard roux (Vulpes vulpes), le renard gris (Urocyon cinereoargenteus), le raton laveur (Procyon lotor), l'hermine (Mustela erminea), la belette à longue queue (Mustela frenata), le vison d'Amérique (Neovison vison), le blaireau d'Amérique (Taxidea taxus), la mouffette rayée (Mephitis mephitis), la loutre de rivière (Lontra canadensis), et le lynx du Canada (Lynx canadensis). Les petits mammifères que l'on retrouve dans la réserve sont l'opossum de Virginie (Didelphis virginiana), la musaraigne cendrée (Sorex cinereus), la musaraigne fuligineuse (Sorex fumeus), la grande musaraigne (Blarina brevicauda), la petite musaraigne (Cryptotis parva), la taupe à queue velue (Parascalops breweri), le condylure à nez étoilé (Condylura cristata), le Lapin à queue blanche (Sylvilagus floridanus), le lièvre d'Europe (Lepus europaeus), le tamia rayé (Tamias striatus), la marmotte commune (Marmota monax), l'écureuil gris (Sciurus carolinensis), l'Écureuil roux (Tamiasciurus hudsonicus), le petit polatouche (Glaucomys volans), le castor du Canada (Castor canadensis), la souris à pattes blanches (Peromyscus leucopus), la souris sylvestre (Peromyscus maniculatus), le campagnol-lemming de Cooper (Synaptomys cooperi»), le rat musqué (Ondatra zibethicus), le campagnol sylvestre (Microtus pinetorum), le campagnol des champs (Microtus pennsylanicus), le rat surmulot (Rattus norvegicus), la souris commune (Mus musculus), la souris sauteuse des champs (Zapus hudsonius) et le porc-épic d'Amérique (Erethizon dorsatum). On y retrouve aussi les chauve-souris suivantes: la Petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus), le chauve-souris pygmée (Myotis leibii), la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis), la chauve-souris argentée (Lasionycteris noctivagans), la Pipistrelle de l'Est (Perimyotis subflavus) et la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus).
La position méridionale de la péninsule permet d'observer plusieurs espèces rares au Canada, comme la petite musaraigne, la pipistrelle de l'Est, le blaireau d'Amérique, le renard gris, la chauve-souris nordique, le petit polatouche et le campagnol sylvestre. Plusieurs espèces ont cependant disparu de la région depuis le début de la colonisation, soit le Wapiti (Cervus canadensis), le lynx roux (Lynx rufus), l'ours noir (Ursus americanus), le loup de l'Est (Canis lycaon) et le lièvre d'Amérique (Lepus americanus).
On retrouve 34 espèces d'amphibiens et de reptiles dans la région de Long Point. Les urodèles que l'on retrouve sont le necture tacheté (Necturus maculosus), le triton vert (Notophthalmus viridescens), la salamandre à points bleus (Ambystoma laterale), la salamandre de Jefferson (Ambystoma jeffersonianum), la salamandre maculée (Ambystoma maculatum), la salamandre à quatre doigts (Hemidactylium scutatum) et la salamandre rayée (Plethodon cinereus). Les anoures de la région sont le crapaud d'Amérique (Anaxyrus americanus), le crapaud de Fowler (Anaxyrus fowleri), la rainette versicolore (Hyla versicolor), la rainette crucifère (Pseudacris crucifer), la grenouille verte (Rana clamitans), la grenouille des bois (Rana sylvatica), la grenouille léopard (Rana pipiens), la grenouille des marais (Rana palustris) et le ouaouaron (Rana catesbeianus). Les tortues de la pointe sont la tortue serpentine (Chelydra serpentina), la tortue musquée (Sternotherus odoratus), la tortue peinte (Chrysemys picta), la tortue géographique (Graptemys geographica), la tortue ponctuée (Clemmys guttata), la tortue mouchetée (Emydoidea blandingii) et la tortue-molle à épines (Apalone spinifera). Les serpents de la réserve sont la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis), la couleuvre mince (Thamnophis sauritus), la couleuvre d'eau (Nerodia sipedon), la couleuvre à ventre rouge (Storeria occipitomaculata), la couleuvre brune (Storeria dekayi), la couleuvre verte (Liochlorophis vernalis), la couleuvre à nez plat (Heterodon platirhinos), la couleuvre obscure (Pantherophis spiloides), la couleuvre fauve de l'Est (Pantherophis gloydi), la couleuvre tachetée (Lampropeltis triangulum), la couleuvre royale (Regina septemvittata) et le Massasauga (Sistrurus catenatus).
Oiseaux
À Long Point, 331 espèces d'oiseaux ont été identifiées, ce qui fait l'un des endroits ayant la plus grande diversité avienne des Grands Lacs. Sur ces espèces, 173 sont reconnues ou suspectées nicher sur la pointe. C'est un lieu important du continent pour la migration de la sauvagine, on y a dénombré en 1998 environ 9 624 545 oiseaux jours lors de la migration d'automne. Parmi les espèces migratrices on retrouve le Canard colvert (Anas platyrhynchos), le Canard d'Amérique (Anas americana), le Canard noir (Anas rubripes), le Cygne siffleur (Cygnus columbianus), le Fuligule à collier (Aythya collaris), le Fuligule à dos blanc (Aythya valisineria), le Fuligule à tête rouge (Aythya americana), le petit fuligule (Aythya affinis), le grand harle (Mergus merganser), le Harle huppé (Mergus serrator). Outre la sauvagine, on y rencontre aussi les espèces migratrices suivantes: le Courlis corlieu (Numenius phaeopus), la Mouette de Bonaparte (Chroicocephalus philadelphia) et la Sterne pierregarin (Sterna hirundo). La réserve est aussi un lieu de nidification important pour le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax), le petit blongios (Ixobrychus exilis) et la Sterne de Forster (Sterna forsteri).
Administration
La réserve est administré conjointement avec celle du Ruisseau-Big à partir de Port Rowan par le service canadien de la faune.