Essai de compression sur une éprouvette de béton, une pression croissante est appliquée verticalement sur l'échantillon pendant que deux appareils mesurent les déformations longitudinales et transversales de l'éprouvette
À l'issue du test, l'éprouvette s'est rompue. Notez la cassure longitudinale
La résistance des matériaux, aussi appelée RDM, est une discipline particulière de la mécanique des milieux continus permettant le calcul des contraintes et déformations dans les structures des différents matériaux (machines, génie mécanique, bâtiment et génie civil).
La RDM permet de ramener l'étude du comportement global d'une structure (relation entre sollicitations — forces ou couples — et déplacements) à celle du comportement local des matériaux la composant (relation entre contraintes et déformations). L'objectif est de concevoir la structure suivant des critères de résistance, de déformation admissible et de coût financier acceptable.
Lorsque l'intensité de la contrainte augmente, il y a d'abord déformation élastique (le matériau reprend sa forme initiale lorsque la sollicitation disparaît), puis déformation plastique (le matériaux ne reprend pas sa forme initiale lorsque la sollicitation disparaît, il subsiste une déformation résiduelle), et enfin rupture (la sollicitation dépasse la résistance intrinsèque du matériau).
Histoire
Premier cours de Résistance des Matériaux donné par August Wöhler à l'Université de Göttingen en 1842. (sources : voir discussion)
Hypothèses de la RDM
Dans son utilisation courante, la RDM fait appel aux hypothèses suivantes :
élastique (le matériau reprend sa forme initiale après un cycle chargement déchargement),
linéaire (les déformations sont proportionnelles aux contraintes),
homogène (le matériau est de même nature dans toute sa masse),
isotrope (les propriétés du matériau sont identiques dans toutes les directions).
Le problème est :
en petits déplacements (les déformations de la structure résultant de son chargement sont négligeables et n'affectent pratiquement pas sa géométrie),
quasi-statique (pas d'effet dynamique),
quasi-isotherme (pas de changement de température).
Notion de poutre
L'ingénieur utilise la résistance des matériaux avant tout pour déterminer les dimensions des éléments de construction et vérifier leur résistance et leur déformation. L'un des éléments structurels le plus fréquent est la poutre, c'est-à-dire un objet de grande longueur par rapport à sa section, chargée dans son plan moyen de symétrie.
Fléchissement sans allongement des fibres contenues dans le plan moyen
planche de plongeoir
Flexion pure ou circulaire
Fléchissement sans effort tranchant dans certaines zones
partie de poutre entre deux charges concentrées
Principes fondamentaux de la théorie des poutres
Deux des dimensions de la poutre sont petites par rapport à la troisième. En d'autres termes les dimensions de la section droite sont petites par rapport à la longueur de la poutre. Ce principe permet d'approximer la poutre par une ligne (droite ou courbe) et des sections droites.
En général, une longueur ou une distance de l'ordre de deux à trois fois la plus grande dimension de la section droite est considérée suffisante pour appliquer le modèle RDM.
Le principe de Saint-Venant précise que le comportement en un point quelconque de la poutre, pourvu que ce point soit suffisamment éloigné des zones d'applications des forces et des liaisons, est indépendant de la façon dont sont appliquées les forces et de la façon dont sont physiquement réalisées les liaisons; le comportement dépend alors uniquement du torseur des forces internes en ce point.
La conséquence est que les contraintes produites par un système de forces dans une section éloignée du point d'application de ces forces ne dépendent que de la résultante générale et du moment résultat du système de forces appliquées à gauche de cette section.
Le modèle RDM n'est plus valide lorsque le principe de Saint Venant n'est pas satisfait, c'est-à-dire à proximité des liaisons, des appuis ou des points d'application des forces. Dans ces cas particuliers, il faut appliquer les principes de la Mécanique des milieux continus.
Le principe de Navier-Bernoulli précise que les sections droites le long de la fibremoyenne restent planes après déformation. Les déformations dues à l'effort tranchant montrent que les sections droites ne peuvent pas rester planes mais subissent un gauchissement. Pour tenir de ce fait l'énoncé de ce principe peut prendre la forme suivante: deux sections droites infiniment voisines deviennent après déformation deux sections gauches superposables par déplacement. Comme ce déplacement est petit, on peut considérer que les allongements ou raccourcissements de tout tronçon de fibre sont des fonctions linéaires des coordonnées de la fibre dans le plan de la section.
La loi de Hooke précise que, dans le domaine élastique du matériau, les déformations sont proportionnelles aux contraintes.
Le principe de superposition permet de décomposer toute sollicitation complexe en une somme de sollicitations élémentaires dont les effets sont ensuite additionnés. Ce principe est directement lié à l'hypothèse de linéarité de la loi de Hooke.
La somme des forces extérieures en tout point est égale au vecteur nul :
∑Fext=0.
La somme des moments calculés en tout point est égale au vecteur nul :
∑Mext=0.
le théorème de Castigliano définit le déplacement du point, lieu d'application d'une force, par la dérivée du potentiel élastique par rapport de cette force.
Quelques notations et définitions
La terminologie employée suivant la grandeur étudiée dépend du point de vue par rapport à la pièce étudiée.
Les efforts (ou chargement) regroupent les forces [N, kN ou MN] et les moments [Nm, kNm ou MNm]. Les déplacements sont l'ensemble des translations [unités de longueur compatibles avec celles utilisées pour les moments] et des rotations [rad].
La contrainte normale σ est proportionnelle à l’allongement relatif ε et un facteur constant E désigné sous le nom de module d'élasticité ou encore module d'Young :
σ=Eε
σ s'exprime en Pa ou N/m² et plus souvent en MPa ou N/mm² ;
E est homogène à une contrainte [Pa] ;
ε est sans dimension.
L’allongement relatif ε est le rapport entre longueurs initiale ℓ0 et finale ℓ
ε=ℓ0ℓ−ℓ0=ℓℓ0−1
Traction / Compression
Cette contrainte est dite contrainte normale due à la force de traction. σ [Pa] est égale à l'intensité de la force F [N] divisée par l'aire S [m²] de la surface normale à cette force :
σ=SF
critère de contrainte maximale: σmaxi=Ktσcalc<Rpe=sRe.
Re : Résistance élastique Kt : coefficient de concentration. Kt dépend de la géométrie de la poutre (ex: pour une vis à filets triangulaire Kt = 2,5) s est un coefficient de sécurité (ex: pour les gaines d'un ascenseur s = 12).
Flexion
Sous l'effet du moment de flexion M3 [N.m], la contrainte de flexion à une distance x2 [m] de la fibre neutre s'exprime en fonction du moment quadratique I3 [m] de la section étudiée par la relation :
σflexion=−I3M3x2
avec I3=∫Sx22dS , moment quadratique, qui est habituellement désigné par inertie de la section par rapport à l'axe du moment de flexion. Pour une section rectangulaire : I3=12bh3 (b:base, h:hauteur). Pour une section circulaire : I3=4πr4.
Le théorème de Huygens permet de calculer le moment quadratique d'une section coupée en plusieurs morceaux:
Ce qui suit concerne uniquement les poutres à sections circulaires.
θ=GI0Mt où θ est l'angle unitaire de torsion (en rad/m).
Le moment quadrapolaire I0 de la section est donné par : I0=2πR4.
On peut aussi calculer τ avec τ=I0MtR.
critère de déformation: θ=GI0Mt<4×180π×10−3(rad/mm)=41(°/m)
critère de contrainte maximale: τmaxi=Ktτcalc<Rpg=sRg.
Étude de la déformation d'une poutre fléchie
On peut obtenir l'allure de la déformée de la poutre en flexion à partir de l'équation différentielle
y′′(x)=EIgzMfz(x)
En intégrant 2 fois, et en déterminant les constantes, il est possible de trouver la forme de la déformée de la poutre en flexion.
Références théoriques
La contrainte normale σ : contrainte
L’allongement relatif ε : tenseur des déformations
Le module d’élasticité longitudinal E ou module de Young : module de Young
Le module de cisaillement G ou le module d’élasticité tangentiel ou encore module de glissement : module de cisaillement
Le coefficient de Poisson ν : coefficient de Poisson
L'inertie I : moment d'inertie
Contraintes mécaniques composées
Type
Commentaire
Exemple
Flexion et torsion
arbre de transmission
Flexion et traction
vis
Flexion et compression
le flambage provoque les mêmes effets
poteau d'angle
Cisaillement et compression
pile de pont en rivière navigable
Cisaillement et traction
boulon précontraint
Cas simple d'une poutre uniformément chargée : réactions aux appuis, efforts tranchants (V(x)) et moments fléchissants (M(x))
La poutre est généralement composée d'un matériau isotrope homogène et chargée dans son plan moyen, vertical le plus souvent. Dans ces conditions, l'ensemble des efforts extérieurs appliqué d'un côté d'une section droite quelconque se ramène à :
un effort longitudinal de compression ou traction : l'effort normal ;
un effort normal de cisaillement : l'effort tranchant ;
un moment fléchissant.
Ce sont les éléments de réduction des charges extérieures au droit de la section considérée.
Un cas simple est constitué par une poutre droite, horizontale, de section constante, chargée uniformément et reposant sur deux appuis simples. Si on désigne par p la charge linéaire et par ℓ la longueur de la poutre, la détermination des éléments de réduction des efforts tient en quelques formules simples :
la réaction à chaque appui est une force verticale, égale à la moitié de la charge totale soit 2pℓ,
l'effort tranchant varie linéairement de +2pℓ à −2pℓ avec une valeur nulle en milieu de travée. On doit vérifier que la contrainte de cisaillement au voisinage de l'appui reste inférieure à la résistance au cisaillement du matériau,
Le moment fléchissant est nul sur appui et maximum en milieu de travée où il vaut 8pℓ2. On doit vérifier que les contraintes dans la section à mi-travée ne dépassent ni la résistance à la compression, ni la résistance à la traction du matériau.