Samy Klein

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Introduction

Samuel (dit Samy) Klein (Bad-Hombourg, Allemagne, 25 janvier 1915-L'Étrat, Loire, 7 juillet 1944) est un rabbin et résistant français, aumônier de la jeunesse et grand espoir du judaïsme français, mort fusillé à l'âge de 29 ans.

Les premières années

Bad-Hombourg (1915-1920)

Samuel Klein nait à Bad Homburg vor der Höhe (Bad-Hombourg), dans les Monts du Taunus, près de Francfort, en Allemagne, le 25 janvier 1915. Le père de Samy, Raphaël Klein, est né à Paris, en 1889. Du côté paternel, le grand-père de Raphaël Klein est le rabbin Salomon Wolf Klein (1814-1867), qui était "le chef de file des orthodoxes alsaciens jusqu'à son décès en 1867" . Le père de Raphaël Klein est le président de la communauté orthodoxe non-consistoriale de la rue Cadet à Paris, la Synagogue Adas Yereim. Raphaël Klein épouse, Selma Kottek, la fille du rabbin de Hombourg, Samuel Kottek. Les époux Klein tiennent une pension cachère à Bad-Hombourg.

Au début de la Première Guerre mondiale, Raphaël Klein, comme français, est interné au camp de prisonniers civils de Holzminden. Il meurt, en 1918, à l'âge de 29 ans, des suites de l'épidémie de grippe espagnole et des mauvais traitements subis au camp.

Strasbourg et les Vosges

En 1920, Selma Klein quitte l'Allemagne et s'installe à Strasbourg puis dans les Vosges, au Hohwald, où elle ouvre une pension cachère, la Pension Bellevue. Comme le dit Frédéric-Shimon Hammel: "La pension de Mme Klein sera, pendant presque vingt ans, le rendez-vous des Juifs orthodoxes de France".

Sans doute, à cause de ses études, Samy Klein habite à Strasbourg, chez un oncle, un frère de son père, le docteur Salomon Klein. . Il épousera d'ailleurs sa fille, Marguerite Klein, sa cousine germaine, durant la guerre, le 29 juin 1941, à Vichy. Marguerite était docteur en médecine.

Comme sa famille, Samy Klein est membre de la synagogue orthodoxe non-consistoriale Etz Haïm, rue Kageneg, à Strasbourg. Il y a pour maître le rabbin Robert Brunschwig (qui sera déporté et immédiatement gazé à son arrivée à Auschwitz) et le rabbin Abraham Deutsch. Il y a pour camarade le futur médecin et déporté Salomon Gluck, ainsi que le futur rabbin qui sera fusillé durant la guerre Aron Wolf Il y participe à la création, sous la direction du rabbin Brunschwig, du mouvement de la jeunesse orthodoxe Yechouroun qui influencera des générations, dont les futurs Grands Rabbins Gilles Bernheim et René Gutman.

Devenir Rabbin

L'École Rabbinique de France (Paris) et La Yechiva de Telsze (Lituanie)

Son arrière grand-père paternel et son grand-père maternel étaient rabbins. Samy Klein s'engage dans la même voie. Il devient élève à l'École rabbinique de France (Séminaire Israélite de France ou SIF), 9 rue Vauquelin, à Paris. En novembre 1936, à l'âge de 21 ans, il interrompt ses études à l'École rabbinique pour étudier pendant un an à la yechiva de Telšiai (en samogitien : Telšē, en polonais : Telsze) en Lituanie. A l'origine, son projet était d'aller étudier en Palestine, à la yechiva de Petah Tikva, sous la direction d'un beau-frère de sa mère, le rabbin allemand Moché Auerbach, mais il ne reçoit pas l'autorisation des autorités britanniques.

Au début de 1939, Samy Klein obtient son diplôme de rabbin de l'École Rabbinique, à Paris.

Le service militaire et la Guerre (1939-1940)

Une fois obtenu son diplôme de rabbin, Samy Klein commencence, au début de 1939 son service militaire à l'École nationale des sous-officiers d'active à Saint-Maixent-l'École, dans les Deux-Sèvres.

Il est mobilisé en septembre 1939. Il est sous-lieutenant d'infanterie. Son unité est stationnée au nord-est de Paris, dans la région de Soissons. Avec la Débacle, l'armée reflue vers la Loire. Le colonel du régiment décide de se rendre. Samy Klein et un autre officier refusent et se replient avec leurs troupes. Alors, qu'ils engagent le combat avec les avant-gardes de Von Rundstedt, l'Armistice est déclaré. Samy Klein retourne à la vie civile.

Aumônier de la jeunesse et les E.I.F. (1940-1944)

Comme le souligne Frédéric-Shimon Hammel, "Plusieurs jeunes rabbins étant prisonniers, ce qui ne simplifie pas les choses; il est question, pour la première fois en France, de créer un poste d'aumônier de la jeunesse et si Samy ne l'avait pas accepté, aucun rabbin n'en aurait voulu".

En septembre 1940, le Consistoire central nomme Samy Klein aumônier général de la jeunesse, pour la Zone libre (la Zone Sud) et particulièrement des Éclaireurs israélites.

Il n'y a pas de conflit d'intérêt, bien au contraire, entre la fonction d'aumônier de la jeunesse et celle de membre de l'équipe Nationale des Éclaireurs Israélites de France (devenus plus tard les Éclaireuses éclaireurs israélites de France (EIF, devenus EEIF) . Les E.I.F. sont bien organisés et partagent leur expérience. Samy Klein fait bénéficier les E.I.F. de la documentation du mouvement de jeunesse religieux Yechouroun qui s'appuie sur des autorités religieuses et pédagogiques".

Samy Klein réside à Vichy, où il s'est marié le 29 juin 1941 avec Marguerite, puis à Lyon. La raison du départ vers Lyon est qu'il veut devancer l'expulsion de Vichy, car de nombreuses familles juives se voient interdire d'y demeurer, dont certaines proches.

Ses activités couvrent les domaines suivants:

  • Les mouvements de jeunesse juifs, sans exclusion.
  • Les Juifs des Chantiers de jeunesse.

Au printemps 1941, il écrit une lettre pastorale distribuée a 400 exemplaires.

  • Les jeunes internés des camps en zone sud.
  • Les jeunes en Algérie.

A la demande de Robert Gamzon ("Castor") , en juillet 1941, Samy Klein, avec Marguerite (ils sont de tous jeunes mariés), fait un séjour en Algérie.Il intervient pour l'observance de la cacherout et des fêtes juives pour les jeunes Juifs se trouvant dans des unités spéciales près de Tlemcen. Il aide les chefs E.I.F. de différentes villes d'Algérie dans leurs camps d'été.

Les E.I.F organisent à Rivesaltes à partir de la fin de l'hiver 1941-1942, des unités scoutes. Elles reçoivent des cours par correspondance de Samy Klein .

Marseille

Le Consistoire central nomme Samy Klein rabbin d'Aix-en-Provence, il doit combiner maintenant ses fonctions d'aumônier de la jeunesse, d'aumônier des E.I.F.et de rabbin d'Aix. Comme il doit beaucoup se déplacer, il décide de s'installer à Marseille.

A Marseille, il est en contact avec Jules Isaac, Raymond Lindon, Émile Benveniste, intellectuels juifs éloignés du judaïsme avant la guerre mais ayant retrouvés leurs racines à la suite de l'antisémitisme de l'époque.

Il crée en mai 1941 à Marseille, sous l'égide du Grand Rabbin René Hirschler le Conseil directeur de la jeunesse juive (CDJJ). Ce Comité de Coordination de la Jeunesse Juive de France , est formé des délégues de toutes les organisations: sionistes, orthodoxes, neutre, pluralistes. En mars 1942, Samy Klein place le CDJJ sous la tutelle du Consistoire central, pour éviter le contrôle par l'Union générale des Israélites de France UGIF. Samy Klein est constamment en déplacement.

Sa famille

Le 29 juin 1941, Samy Klein et Marguerite Klein se sont mariés à Vichy. Leur premier enfant, Annie-Rose, naît peu de jours après l'invasion de la Zone libre (Zone Sud). C'est le 11 novembre 1942 que la Wehrmacht pénètre dans cette zone. Marguerite Klein rejoint sa belle-mère, Selma Klein, à Saint-Symphorien-de-Lay, à dix sept kilomètres à l'est de Roanne. Cet endroit devient, selon l'expression de Hammel, "le port d'attache de Samy". Il y passe le Chabbat, autant que possible. En février 1944, cinq mois avant que Samy Klein soit fusillé, sa deuxième fille, Elsie, naît à Saint-Symphorien.

Samy Klein cesse de venir à Saint-Symphorien sur les conseils de Marguerite. En effet deux événements l'ont convaincue qu'il y a danger:

  • La gendarmerie française recherche des hommes de la classe de Samy Klein.
  • Théo Klein, le frère de Marguerite, membre de la Sixième (sixième section des Éclaireurs israélites) de Marseille en visite chez sa soeur à Saint-Symphorien se fait questionner par un gendarme local qui s'étonne que ses papiers ne portent pas le tampon "Juif". Il est clair alors que la famille Klein a été identifiée comme juive!

La Résistance et le Maquis (mai 1943-juillet 1944)

La Résistance

La Gestapo fait une descente, sans succès, en février 1943, dans le local de la « Sixième » (sixième section des Éclaireurs Israélites) qui jouxte la Synagogue de la rue de Breteuil à Marseille. Des faux papiers y étaient fabriqués.

Cet événement pousse Samy Klein, en mai 1943 à entrer dans dans le mouvement de résistance France d'abord (Réseau Brutus?), fondé en 1941 par l'avocat socialiste André Boyer (résistant) dit Brémond.

Il devient chef d'un groupe franc à Lyon. Il recrute et instruit militairement plusieurs groupes de jeunes à Lyon et dans les environs (dans les chantiers ruraux des Éclaireurs israélites à Taluyers et dans l'annexe de Taluyers à Saint-Germain.

A Strasbourg, Samy Klein et le futur médecin Salomon Gluck étaient amis. Salomon Gluck, membre de la Résistance, est arrêté par la milice, à Lyon et déporté au camp de Drancy, le 11 mai 1944. Sa soeur, Antoinette Feuerwerker, également membre de la Résistance, sur la Place Bellecour, à Lyon, aperçoit son oncle maternel Joseph Jossot assis sur un banc avec ses trois jeunes enfants. Elle en demande la raison, car c'est un endroit dangereux et les Allemands sont partout. La réponse en qu'il a essayé le jour même de faire partir les jeunes adolescents vers la Suisse, mais à la Gare de Lyon-Perrache, un responsable a refusé, sous le prétexte que c'étaient des polonais. Antoinette Feuerwerker se demande quoi faire. En marchant dans la rue, elle tombe sur Samy Klein. À Strasbourg, Samy Klein venait souvent en visite chez les Gluck, et l'époux d'Antoinette, le rabbin David Feuerwerker était élève au Séminaire Israélite de France en même temps que Samy Klein. Antoinette annonce à Samy: "Shlomo" (Salomon Gluck) vient d'être arrêté. Elle raconte qu'elle voit dans les yeux de Samy Klein comme un voile se former. Il pleure sans pleurer. Elle lui demande: "Au nom de Shlomo, sauve ces enfants". Samy Klein le promet. Elle retourne chez son oncle et lui dit de se trouver le lendemain en gare de Perrache. Les enfants partiront. Le lendemain, le père et les trois enfants se présentent au départ d'un convoi d'enfants vers la Suisse. À nouveau, le même responsable refuse de les admettre. Quelques minutes plus tard, Samy Klein vient comme promis. Il s'assure que les trois jeunes feront partie du convoi. Combien d'autres furent sauvés par Samy Klein ? Nul ne le saura.

Le délégué de l'Union générale des Israélites de France (UGIF) à Lyon par ses contacts obligatoires avec la Gestapo est informé qu'une rafle imminente est prévue à Roanne. Or, de nombreux juifs vivent dans cette ville, dont des cousins Klein de Strasbourg, et Marguerite, elle-même, vit à Saint-Symphorien, à quelques kilomètres de Roanne. Samy Klein décide d'agir immédiatement et prend le premier train pour Roanne. Il previent les familles juives du danger.

Alors qu'il se trouve dans l'appartement d'un tailleur, Monsieur Guthmann, deux agents de la Gestapo sonnent à la porte. Samy Klein "s'occupe d'eux", pour laisser aux Guthman le temps de fuir le danger. Il s'identifie comme rabbin visitant les membres de la communauté. Un poste de radio est réglé sur la B.B.C. note un des deux agents, mais l'autre agent est plus intéressé à discuter le contenu de la serviette de Samy Klein. Il y trouve le compte-rendu d'une réunion des E.I.F. avec les règles de conduite au cas...d'un débarquement allié, préconisant une décentralisation. Que chaque agglomération ait un "chef d'équipe". Samy Klein avait écrit :"C.d'E." On lui demande d'expliquer. Il répond que "C.d'E." signifie "Cercle d'Etudes religieuses". Il explique, à la demande de l'agent de la Gestapo, la différence entre la Bible, trouvée dans sa serviette, et le Talmud. Il est sauf, pour l'instant. Mais le danger est réel. Il décide de circuler dorénavant avec une fausse identité.

La deuxième rencontre de Samy Klein avec la Gestapo a lieu le 8 juin 1944. Samy Klein est arrêté à la gare de Perrache ou à la gare des Brotteaux à Lyon. Il porte de faux papiers au nom du pasteur Deluze ou du pasteur Kerguénec. Il réussit à s'en sortir, à nouveau, en démontrant ses connaissances religieuses.

L'alerte a été chaude. Ce même soir du 8 juin 1944, Samy Klein va voir Joseph Fischer qui habite près de la gare. Ce dernier racontera que Samy Klein a besoin de souffler.

Il se serait caché pendant trois semaines puis serait allé à Saint-Étienne prendre contact avec les Équipes chrétiennes qui le nomment instructeur de leur maquis.

Le Maquis

Il décide de joindre le Maquis après le Débarquement en Normandie (6 juin-30 juin 1944).

En peu de temps, il fait face deux fois à la Gestapo. Il décide à présent de prendre le maquis.

Il annonce aux E.I.F. qu'il a pris des contacts avec un maquis A.S. (Armée Secrète) de Haute-Loire et qu'il ne se joindra pas au maquis E.I.F. Sur ce choix peut-être surprenant, Frédéric-Shimon Hammel donne une explication: " Je me suis longtemps demandé pourquoi. Je pense comprendre ses motifs aujourd'hui. Samy est aumônier du Mouvement. Tout son comportement, toutes ses actions, toute sa pensée sont imprégnés d'un Judaïsme vivant et dynamique, mais exigeant, qu'il préconise et qu'il propose à chacun d'entre nous. Samy sait que, dans le maquis, la lutte exigera la non-observance de certaines mitsvoth (voir Mitzva). S'il se trouve avec des Juifs, et en particulier avec des jeunes, son attitude risquera d'être mal interprétée, de servir de prétexte à l'inobservance de la loi en des temps et des occasions où aucun motif ne justifie sa violation. Dans un maquis quelconque, déchargé de responsabilités éducatives, Samy pourra, sans scrupules autres que ceux de sa conscience, se soumettre aux impératifs que les circonstances lui imposeront ."

L'aventure du maquis sera de courte durée, elle a été planifiée mais la tragédie intervient.

La fin (juillet 1944)

La souricière

Le mercredi 5 juillet 1944, Samy Klein, son cousin Henri Klein (le frère de Théo Klein (1913-2007)), et le fiancé de sa cousine Mady Klein (une soeur de Théo Klein (1913-2007)), André Elbogen, prennent dans une petite gare de la banlieue de Saint-Étienne (ou dans la gare de Saint-Étienne-Carnot au centre-ville de Saint-Étienne ) le train pour la Haute-Loire. Il avait été recommandé par le maquis d'éviter la gare centrale, par trop dangereuse.

Samy Klein laisse ses deux compagnons (Henri Klein et André Elbogen) sur le quai, et va prendre contact avec l'antenne du maquis. Durant sa brève absence, un Juif (plus tard, on saura qu'il s'appelait Gensburger ) lie conversation avec Henri Klein et André Elbogen. Ces deux derniers sont membres du mouvement Yechouroun. De loin, Edith (il s'agit peut-être de la future épouse de Théo Klein (1913-2007)), qui fait aussi partie de Yechouroun et qui les accompagnait tout en restant à distance, aperçoit que sur un signe de Gensburger, des hommes en civils emmenent Henri Klein et André Elbogen. Edith voudrait prévenir Samy Klein mais ne réussit pas. Il tombe à son tour dans la souricière .

La prison

Samy Klein, Henri Klein et André Elbogen se retrouvent avec d'autres prisonniers à la Caserne des Noëttes à Saint-Étienne.

Parmi les prisonniers se trouve un futur médecin de Colmar, Guy Dreyfus, à qui Samy Klein déclare que protestants et juifs ont la même Bible, en lui proposant d'en étudier des passages. Il lui donne sa Bible (traduite par Louis Segond , reliée de rouge, qu'il porte toujours sur lui). Il déclare à Guy Dreyfus: "Prends ce livre. Je n'en aurai plus besoin. Je crois que je ne sortirai pas vivant d'ici. Crois en Dieu. Ne désespère jamais!"

L'exécution

Arrêtés le 5 juillet 1944, Samy Klein, son cousin Henri Klein, et son futur cousin par-alliance, André Elbogen, ne restent que pour un court temps en prison. Au matin du vendredi 7 juillet 1944, ( la veille du 17 Tammouz) ils sont emmenés pour être fusillés au bord d'un champs. Ce champ est situé à l'Étrat à la Fouillouse (Voir, La Fouillouse), commune de l'Étrat, située à six kilomètres au nord de Saint-Etienne. Le "cadavre affreusement mutilé" de Samy Klein est trouvé sur la route de l'Étrat à la Fouillouse , le 8 juillet 1944 (le 17 Tammouz).

Chaque matin, la police française enlève les corps, après les avoir photographiés!

Plus tard, Marguerite Klein ira en pélerinage à ce champ, et elle en rapporte ce témoignage:

"Mes chers amis,

"Je vous apporte le dernier message de Samy et je suis sûre qu'il est un réconfort pour vous tous qui l'avez aimé et qui le regrettez. Nous sommes allés sur les lieux de sa mort tragique. Il faut quitter la grand'route et monter un chemin caillouteux. C'est là, dans un coin de campagne paisible, au bord du chemin, le long d'un champ, que l'on a retrouvé son corps. Sans doute, alors, ce champ était-il couvert d'une riche moisson. Il y a plus de deux mois de cela et le voilà tout labouré, prêt pour une nouvelle semence. N'est-ce pas là un symbole? La riche récolte qu'il avait amassée en lui pour nous, nous l'avons perdue en le perdant, mais si cette perte nous touche au plus profond de nous-mêmes, ne nous prépare-t-elle pas par là même au dur travail qui nous attend? Les difficultés sont faites pour nous donner la joie de les vaincre. Ayons le courage".

"signé: MARGUERITE"'

Les dépouilles de Samy Klein, Henri Klein et André Elbogen sont inhumées dans le cimetière de l'Etrat, puis inhumées à nouveau, après la guerre, dans le cimetière israélite de la rue du rabbin Abraham Bloch à Lyon. Cette seconde inhumation se fera en même temps que pour les cinq fusillés du 19 mai 1944 de la ferme-école Saint-Germain près de Villemotier dans l'Ain, incluant Aron Wolf, l'ami de Samy Klein. Selon la tradition juive, ils seront veillés toute une nuit par les chefs E.I.F. de Lyon, incluant Frédéric-Shimon Hammel, au cimetière juif de Lyon.

Ce n'est qu'au début septembre 1944 que Marguerite Klein apprend avec précisions les circonstances de la mort de Samy. Elle voit alors les photos et et elle lit le signalement vestimentaire. Elle se trouve à Roanne. Comme le demande la tradition juive, elle ne fait qu'une heure de shiva (sur les sept jours de deuil).

A titre posthume, Samy Klein est décoré de la Médaille de la Résistance par décret du 3 août 1946.

Pensées de Samy Klein

  • Dans une dédicace à Frédéric-Shimon Hammel, il écrit sur le Traité des Pères (Pirke Avot): "Ce livre, tourne-le et retourne-le, car tout s'y trouve"...
  • "Songe que le Décalogue, qui fut promulgé du haut du Sinaï à moins d'un million d'hommes, a été en partie adopté par l'Univers tout entier et que les enfants de ceux qui le reçurent n'y sont pas toujours restés fidèles"**".
  • "En se privant, au lieu de s'appauvrir, on s'enrichit"**".
  • Le dernier message de Samy Klein déclare en préambule: "Ne possédant rien, je n'ai rien à léguer à qui que ce soit."
  • Dans Le dernier message de Samy Klein, on trouve aussi:
  • "Que leurs regards [de ses deux jeunes enfants], dont les premiers rayons me furent une joie exquise soient tournés non vers le triste passé, mais vers le joyeux avenir."
  • "Et puis quand Israël et la France souffrent ensemble le plus terrible martyr de l'Histoire, n'est-il pas normal qu'un Rabbin Français paye son tribut?"'
  • "...j'ai accepté avec résignation la décision du Très-Haut et je vous demande de l'accepter de même."
  • "...si je suis devenu rabbin, c'est que depuis longtemps j'ai le sentiment qu'un corps rabbinique honorable peut modifier la misérable allure de notre judaïsme et d'autre part, que le judaïsme français a besoin d'un rude coup d'épaule."
  • "Après la tourmente, comptez-vous, unissez-vous et mettez-vous au travail, vous les jeunes mes frères à qui mes convictions puis ma fonction m'attachèrent par des liens indissolubles."
  • ''C'est le judaïsme traditionnel qui devrait demain inspirer les chefs du judaïsme français."
  • "Il est pénible de ramasser en quelques instants ce que l'on aurait voulu dire pendant une vie."
  • "...je vous supplie de rééduquer les jeunes et de vous rééduquer vous-mêmes."
  • "Soyez durs avec les jeunes : Ne tolérez aucun mensonge, aucune compromission."
  • "Battez-vous pour le Consistoire: si nous le voulons, celui de demain ne rappellera que par le nom celui d'hier. Je me flatte - peut-être suis-je immodeste - d'avoir contribué à le changer un peu, à le rajeunir, à le judaïser. Il faut intensifier ce mouvement. Les jeunes sont assez forts et assez... vieux aujourd'hui pour le faire. Le public et le Consistoire lui-même n'attendent que cela."
  • "Au fur et à mesure que j'écris je m'aperçois que la tâche est grandiose. Et j'ai comme un regret de de ne pouvoir y participer dès maintenant ou jamais. Mais, quoi? Vous le ferez bien tous seuls si, après vous être négligés vous-mêmes au profit d'autrui pendant des années, vous rattrapez le temps perdu."
  • "Et rappelez-vous que rien ne vaut l'étude: La Thora importe plus que tout."
  • "Enfin, à tous, aux miens et à mes amis, à ceux que j'aime et qui me le rendent, à mes enfants surtout, je lègue cette ultime pensée: Accomplir son devoir et l'accomplir entièrement, sans défaillance, ni lâcheté, tel est le but suprême de la vie."
  • [les derniers mots écrits de sa vie] "Que Dieu vous bénisse. Au revoir. Je vous embrasse." SAMY "A Lyon, le 24 mai 1944".

Une perte irréparable

Durant la guerre, le Grand Rabbin de France par interim, Jacob Kaplan choisit Samy Klein pour adjoint.

Pour Frédéric-Shimon Hammel: "Pour ses amis qui, malgré la guerre, pensent déjà à l'après-guerre, il aurait été appelé à jouer un rôle important et peut-être le plus important. Sa foi, ses connaissances lui auraient conféré une autorité qui auraient fait de lui le Grand-Rabbin de France de la reconstruction du Judaïsme français, telle que nous l'entrevoyons: Jeune, dynamique, riches de valeurs humaines et spirituelles. (...). La perte de Samy (...) a été - et est encore aujourd'hui - irréparable ."