Table de Peutinger : région d'Arles, Fos-sur-Mer, Marseille, Aix-en-Provence.
Konrad Peutinger
La Table de Peutinger (Tabula Peutingeriana ou Peutingeriana Tabula Itineraria), appelée aussi Carte des étapes de Castorius, est une copie du XIII siècle d'une ancienne carte romaine où figurent les routes et les villes principales de l'Empire romain qui constituaient le cursus publicus. Cette carte était également connue autrefois sous le nom de Table théodosienne (ou tabula theodosiana), nom qui fait référence à l'empereur Théodose, car, selon M. D'Aigueperse, une copie affiche des vers faits sous cet empereur.
Historique
Elle fut découverte en 1494 dans une bibliothèque de Worms par Conrad Celtes. Elle porte le nom de l'humaniste et amateur d'antiquité Konrad Peutinger (1465-1547), qui la reçut en héritage de son ami Conrad Celtes en 1508. Bien qu'il fût dans les intentions de Peutinger de publier la carte, il mourut avant de mener à bien cette tâche.
Description
Une longue bande de parchemin
La Table est composée de 11 parchemins conservés; un douzième étant perdu. Ceux-ci sont assemblés pour former une bande de 6,82 m sur 0,34 m. Elle montre 200 000 km de routes, mais aussi l'emplacement de villes, mers, fleuves, forêts, chaînes de montagnes. La Table montre la totalité de l'Empire romain, le Proche-Orient et l'Inde, indiquant le Gange et Sri Lanka (Insula Taprobane), et même la Chine est mentionnée.
La première feuille représente l'est des îles Britanniques, les Pays-Bas, la Belgique, une partie de la France et l'ouest du Maroc. L'absence de la péninsule ibérique laisse supposer qu'une douzième feuille, aujourd'hui manquante, présentait l'Espagne et le Portugal, ainsi que la partie occidentale des îles Britanniques. Le fac-similé de Conradi Millieri présente une tentative de restitution de cette page manquante (partie blanche, à gauche).
Symboles
Table de Peutinger : Italie du sud, Sicile.
Quelque 555 villes et 3500 autres particularités géographiques sont indiquées, comme les phares et les sanctuaires importants, souvent illustrées d'une imagette.
Les villes sont représentées par deux maisons, les cités importantes - comme Rome, Constantinople, Antioche - sont signalées par un médaillon orné.
La représentation d'un réseau
Le format ne permet pas une représentation réaliste des paysages, mais ce n'était pas dans les intentions du concepteur. La carte doit plutôt être vue comme une représentation symbolique, à l'image des plans de métros comme celui de Londres, permettant de se rendre facilement d'un point à un autre, de connaître les distances des étapes, sans offrir une représentation fidèle de la réalité. De fait, elle est considérée comme la première représentation cartographique d'un réseau.
Par contre, c'est une carte très exacte des distances, qui sont exprimées la plupart du temps en milles romains, ou dans d'autres unités si elles étaient en cours dans une région, par exemple des lieues gauloises en Aquitaine. Cela permettait d'avoir une idée assez exacte de la distance et du temps pour se rendre de n'importe quel point à un autre, même si parfois quelques liaisons ne sont pas indiquées.
Réalisme des itinéraires
Les parcours sont assez réalistes. Chaque station porte la longueur de l'étape, tandis que des vignettes signalent les villes principales, les villes thermales, etc. Nombre de ces « stations » ne correspondent pas à des villes, mais à des carrefours. Inévitablement, la Table comporte des erreurs de copistes. Certains noms de villes ou des distances d'étapes comportent des coquilles : Grenoble est nommée Culabone alors que le nom classique antique de cette ville est Cularone (Cularo) ; certains V deviennent II, ou inversement. Afin de faciliter l'utilisation de la Table, il est conseillé d'avoir en regard un exemplaire d'une « carte de redressement », où les stations et itinéraires de la Table sont reportés sur une carte géographique moderne. Pour la Gaule : « Carte de redressement de la Gaule pour l'intelligence de la Table de Peutinger », par exemple.
Bases cartographiques
Elle est probablement basée sur la carte du monde préparée par Marcus Vipsanius Agrippa (né en 64 av. J.-C., mort en 12 av. J.-C.), un ami personnel de l'empereur Auguste. Après sa mort, la carte a été gravée dans le marbre et placée sur le Porticus Vipsaniæ, non loin de l'Autel de la Paix d'Auguste, le long de la Via Flaminia. Toutefois, c'est une version actualisée au IV siècle qui paraît présentée.
Datation de la copie de Peutinger
Table de Peutinger: Pars IV - Segmentum IV ; Représentation de la région Apuane. Il y a indiquée la colonie de Pisa, Lucca, Luni et le nom « Sengauni » ; la liaison entre Pisa et Luni n'y est pas encore représentée
Le manuscrit est généralement daté du XIII siècle : il serait l'œuvre d'un moine copiste anonyme de Colmar, qui aurait reproduit vers 1265 un document plus ancien.
L'original pourrait être postérieur à 328, car il montre la ville de Constantinople, qui fut fondée cette année-là, alors que d'autres éléments (par exemple dans la Pars IV – Levant de la Ligurie) sont peut-être antérieurs à -109, année de construction de la Via Æmilia Scauri, qui n'est pas indiquée sur la Table. Aucune route n'est indiquée non plus entre Pise et Luni, alors que figurent bien les Fossae Papirianae, marais situés près de l’actuelle Versilia, indiquées comme Fossis Papirianis (cf. Pars IV - Segmentum IV).
Il est possible que la Table, originellement, ait été composée en bloc à une certaine date, et ensuite plus jamais mise à jour. Par exemple nous pouvons observer l'emplacement de la ville de Pompéi, qui n'a pas été reconstruite après sa destruction par l’éruption du Vésuve, en 79. Et d'autre part, certaines villes de Germanie inférieure sont indiquées alors qu'elles ont été détruites et abandonnées depuis le V siècle.
Avertissement : Les différentes copies qui ont été faites de la table de Peutinger originale sont dénuées de détails que les cartographes ont négligés pensant qu'il s'agissait d'auréoles d'humidité et par méconnaissance géographique locale. Il est donc utile de se rapprocher toujours de la version originale:
L'original est actuellement conservé à la Hofbibliothek de Vienne (Autriche).
Après une première édition partielle, en 1591, sous le nom de Fragmenta tabulæ antiquæ, par la maison d'édition de Johannes Moretus (Jean Moret), la Table est finalement imprimée par Moretus en décembre 1598, toujours à Anvers, en 250 exemplaires.
Il existe également une copie, en noir-et-blanc, de la Table dans les archives de la cartothèque de l'IGN, à Saint-Mandé (Val-de-Marne). C'est un fac-similé de la « copie von Scheyb » datant de 1753. La Bibliothèque nationale de France possède également des exemplaires d'éditions plus anciennes : la Table dite d'Anvers (1598) et celle d'Amsterdam (1619).