Jean-Louis Le Moigne
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Jean-Louis Le Moigne est un spécialiste français de la systémique et de l’épistémologie constructiviste; d'abord ingénieur, puis professeur d’université.

Biographie

Jean-Louis Le Moigne est né le 22 mars 1931 à Casablanca (Casablanca (????? ??????? addar al-baïda en arabe classique - dar beïda en marocain dialectal - littéralement « maison blanche ») est la plus grande ville du Maroc. Capitale économique du pays, elle est située sur...) (Maroc). Marié à Maguy, ils ont 3 enfants.

  • Ingénieur (« Le métier de base de l'ingénieur consiste à résoudre des problèmes de nature technologique, concrets et souvent complexes, liés à la...) ECP (1955). Diplômé ITP Harvard Business School et Sloan School of Management MIT (1970-71).
  • Carrière industrielle 1959-1971 : Groupe Shell France : Développements lubrifiants ; Recherche Opérationnelle (La recherche opérationnelle (aussi appelée aide à la décision) peut être définie comme l'ensemble des méthodes et techniques rationnelles d'analyse et de synthèse des phénomènes d'organisation utilisables pour élaborer de meilleures...); Informatique (L´informatique - contraction d´information et automatique - est le domaine d'activité scientifique, technique et industriel en rapport avec le traitement automatique de l'information par des machines telles que les ordinateurs, les...) d'Organisation (Une organisation est); Planification (La planification est la programmation d'actions et d'opérations à mener) Centrale ; Direction Régionale Sud-Ouest (Le sud-ouest est la direction à mi-chemin entre les points cardinaux sud et ouest. Le sud-ouest est opposé au nord-est.), Logistique (La logistique est l'activité qui a pour objet de gérer les flux physiques d'une organisation, mettant ainsi à disposition des ressources correspondant aux...).
  • Professeur (1971-1997), puis Professeur émérite (Dans le domaine de l'enseignement supérieur, l'éméritat est un titre honorifique accordé à certains professeurs admis à faire valoir leur droit à la retraite. Décerné en considération...) des Universités, (sciences des systèmes, sciences de l'ingénierie (L'ingénierie désigne l'ensemble des fonctions allant de la conception et des études à la responsabilité de la construction et au contrôle des équipements d'une installation technique ou...) des organisations, ...), à Aix-en-Provence, Université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) d'Aix-Marseille III
  • Co-fondateur, en 1975, puis Directeur (1988-1997) du GRASCE (Groupe de Recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension métonymique, la recherche scientifique...) sur l'Adaptation, la Systémique (La systémique - du grec « systema », « ensemble organisé » - est une méthode scientifique qui applique la théorie systémique comme moyen de comprendre un système. En...) et la Complexité (La complexité est une notion utilisée en philosophie, épistémologie (par exemple par Anthony Wilden ou Edgar Morin), en physique, en biologie (par exemple par Henri Atlan), en sociologie, en informatique ou en sciences de...) Economique), associé au CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).) depuis l'origine.
  • Depuis 1997, membre associé de ce Groupe désormais intégré au GREQAM, UMR CNRS Marseille
  • Membre des comités de rédaction de plusieurs revues scientifiques internationales (Système, Information, Décision, Organisation).

La biographie qui suit a été réalisée à partir d’entretiens que Jean-Louis Le Moigne (Jean-Louis Le Moigne est un spécialiste français de la systémique et de l’épistémologie constructiviste; d'abord ingénieur, puis professeur d’université.) a accordé durant l’année 1998 dans le cadre de la préparation à la publication de ses " Mélanges " (un ouvrage collectif réalisé en son honneur, auquel ont contribué de grands auteurs — parmi lesquels on compte, entre autres, H.A. Simon, E. Morin, E. Von Glasersfeld, P. Tabatoni, H. Bartoli — qui a été édité sous le titre Entre Systémique & Complexité : chemin faisant, aux P.U.F. en 1999).

Jean-Louis Le Moigne est né le 22 Mars 1931 à Casablanca : il est l'aîné d'une fratrie de trois enfants. Son père, Emile Le Moigne, avait embrassé une carrière d’ingénieur qui l'avait conduit à s'installer au Maroc pendant quelques années afin de contribuer à y réaliser un barrage (Un barrage est un ouvrage d'art construit en travers d'un cours d'eau et destiné à réguler l'écoulement naturel de l'eau pour permettre l'écoulement recherché.) hydraulique (L'hydraulique désigne la branche de la physique qui étudie les liquides. En tant que telle, les champs d'investigation qu'elle propose regroupent plusieurs...) qui fit parler de lui à l'époque et qui fut inauguré après 1940. Emile était lui-même le fils d'un officier de Gendarmerie, d'origine paysanne et bretonne, qui avait bénéficié de la "promotion sociale" qu'autorisaient les institutions la troisième république après la guerre de 1870 — et qui donna probablement le prénom d'Emile à son fils en référence à Émile Zola. Comme beaucoup de fils d'officiers militaires, Emile Le Moigne suivra sa scolarité dans un Lycée militaire ("La Flèche") avant d'intégrer l'Ecole Navale et de se confronter à la guerre de 1914-1918 en tant que jeune officier de marine. La guerre lui causa quelques ennuis de santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) qui exigeaient qu'il se reconvertisse alors dans le civil : l'armée lui paya donc une scolarité à Supélec, et c'est en tant qu'ingénieur électricien (Électricien est le nom donné au métier qu'exercent les hommes de l'art en matière d'électricité. Il est issu du terme électricité, puisque ceux-ci ont en charge la...) qu'il fut appelé à contribuer à l'industrialisation électrique du Maroc. Émile y rencontrera la mère de Jean-Louis, fille d'un officier du Génie, qui participait à l'époque à la construction des chemins de fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie quotidienne, sous forme...) au Maroc. Notons au passage que ce grand-père maternel a beaucoup marqué la petite enfance de Jean-Louis : il était le septième garçon d'une famille de neuf enfants — qui avait émigré de la Creuse (où son père était maçon) vers la Nièvre où il y avait semble-t'il plus de travail… — et n'a appris à lire et à écrire qu'à l'âge de neuf ans, grâce à l’insistance de l'instituteur (Un instituteur ou une institutrice est, dans beaucoup de pays, une personne en charge d'enseigner dans les écoles auprès des jeunes enfants, notamment à l'école maternelle et à...) du village (Un village est, à la campagne ou à la montagne, un ensemble d'habitations, de bâtiments à usages divers, de fermes... de proportion modérée (quelque dizaines de bâtiments)) qui le trouvait plutôt doué et intelligent. Il poursuivra jusqu'en classe de "Taupe" et intégra l'Ecole Polytechnique vers la fin du XIXe siècle : une brillante carrière d'officier du Génie dans l'armée française s’offrit alors à lui. Il épousera la fille d'un marchand de couvertures de Versailles, avec laquelle il eut deux filles : l'une d'elles sera la mère de Jean-Louis. A partir de 1910, promu Colonel du Génie, sa carrière se poursuit au Maroc. La mère de Jean-Louis connut ainsi très jeune l'existence relativement pionnière des français au Maroc à cette époque — elle fut par exemple l'une des premières femmes à conduire une Ford T (Première voiture au monde à avoir été assemblée en chaîne de montage, la Ford T fut produite à plus de quinze millions d'exemplaires entre 1908 et 1927. La chaîne fut mise en place...) à Casablanca ! —; et hérita en grande partie des qualités du grand-père maternel de Jean-Louis, que tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le monde (Le mot monde peut désigner :) appréciait pour sa sagesse et sa grande culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :), sa dignité et sa respectuosité, ses qualités de technicien et savant de qualité, ouvert au monde en progrès, disponible et toujours attentif aux autres. Ce sont cette disponibilité (La disponibilité d'un équipement ou d'un système est une mesure de performance qu'on obtient en divisant la durée durant laquelle ledit équipement ou système est...) et cette ouverture d'esprit que l'on retrouve aujourd'hui chez Jean-Louis : elles compteront sans doute parmi les qualités décisives qui marqueront son œuvre — en témoignent son plaidoyer incessant en faveur de l'humilité, de l'interdisciplinarité et de l’ouverture d’esprit des scientifiques, comme sa volonté de nous inciter à enrichir sans cesse notre culture épistémologique afin de mieux délibérer de nos actions en situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou non. Il inscrit un lieu dans un cadre...) complexe. Cet état d'esprit conduira souvent le jeune Jean-Louis, vers l'adolescence, à entrer en conflit avec son père — de caractère parfois plus rigide, qui lui semblait plus autoritaire…

En 1933, la crise économique pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) Emile Le Moigne à rentrer en France, où il poursuivra sa carrière d'ingénieur à la CPDE (qui sera plus tard absorbée par EDF) avant de la terminer à Saint-Gobain (Saint-Gobain est une entreprise française qui produit, transforme et distribue des matériaux. Elle est présente dans 64 pays à travers le monde et elle emploie 191 500...) — où il deviendra spécialiste des questions d'hygiène (L'hygiène est un ensemble de mesures destinées à prévenir les infections et l'apparition de maladies infectieuses. Elle se base essentiellement sur trois...) et de sécurité. De retour du Maroc, Jean-Louis commença à retrouver chaque été ses racines familiales bretonnes (les Le Moigne y firent construire une maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.) après la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant...) de son grand-père maternel en 1935), avant de retourner au domicile parisien, non loin de la Place Clichy. Il fera alors toute sa scolarité à Paris : d'abord à l'école communale de la rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et structure les...) de Florence (Florence (en italien Firenze) est une ville d'Italie, capitale de la région de Toscane et chef-lieu de province (370 051 habitants, les Florentins). Située au pied de l'Apennin septentrional, elle est traversée par le fleuve Arno.) à Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la Marne et de la Seine en...), puis au Lycée Chaptal — un établissement de la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune,...) de Paris situé dans le quartier de la gare Saint-Lazare (La gare Saint-Lazare, ancienne tête de ligne du réseau « Ouest-État », est l'une des six grandes gares terminus du réseau de la SNCF à Paris. Elle est située dans...), plutôt "banlieusard" et populaire, dispensant un enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer les...) austère dans la droite lignée des conceptions héritières de Jules Ferry — où il poursuivra ses études jusqu'en "Taupe". En somme, il connut à Paris une enfance sans problèmes familiaux ni difficultés scolaires, mais qui fut marquée toutefois par une santé fragile, ce qui lui vaudra de redoubler sa classe de "Maths spé" et de n'intégrer l'Ecole Centrale de Paris qu'à l'âge de 21 ans (comme "5/2"), en Septembre 1952.

De 1952 à 1956, le jeune élève-ingénieur centralien se passionne pour ses études — dont il attend beaucoup —, mais en se gardant bien de ne focaliser son attention sur des questions qui ne seraient qu'exclusivement techniques. On peut résumer sa volonté d'aller au delà de ce que l'on demande normalement à tout centralien qui s'honore, par un triple engagement hors de la stricte scolarité à l'E.C.P. : un engagement citoyen (c'est l'époque du gouvernement de Pierre Mendès France), un engagement pédagogique et un engagement scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes scientifiques.). Déjà convaincu à l'époque de la nécessité pour les hommes de s'interroger en permanence sur le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement du...) de ce qu'ils font et, partant, de transformer récursivement leurs actions, il regrette bien souvent le peu de sens critique et de réflexion approfondie concernant le système d'enseignement français. Par exemple, on voit émerger dans son esprit une interrogation qui le fait encore réfléchir aujourd'hui : pourquoi, dans nos écoles d'ingénieurs, n'enseigne-t'on pas vraiment les sciences de l'ingénieur (ou de l'ingénierie) mais plutôt les sciences "appliquées" ? Prépare-t'on convenablement les ingénieurs de demain en abordant aussi peu ce qui fera l'essentiel de leur quotidien dans la vie (La vie est le nom donné :) active, à savoir la conception de projets complexes en situations complexes pour laquelle l'application des sciences dures (dites "fondamentales") n'aura généralement qu'une utilité secondaire ? Il aura bien souvent l'occasion de s'exprimer sur des questions pédagogiques en général, car il a déjà le goût (Pour la faculté de juger les belles choses, voir Goût (esthétique)) de l'écriture et de l'engagement : il pourra notamment exercer — et aiguiser ! — ses talents dans le bulletin des élèves de l'E.C.P. ("bourdonnements") dont il sera quelques temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) le rédacteur-en-chef. Cet engagement lui vaudra aussi sa première publication "sérieuse" qu'il signe au nom du sécrétariat de la J.E.C. — l'une des associations étudiantes dans lesquelles il a milité — à l'âge de 24 ans (dans la revue "Economie & Humanisme", fin 1955, aux côtés de l’économiste Alfred Sauvy notamment) : il s'agit d'un article dans lequel il propose avec enthousiasme et conviction une véritable révolution pour l'école — plutôt qu'une ènième réforme ! —, de manière à ce qu'elle prépare ses élèves… à la vie, tout simplement ! Dans ce premier article ("Pour un enseignement qui prépare à la vie", Revue "Economie & Humanisme" n°94, p.73/81, Novembre-Décembre 1955), on le voit déjà aborder en filigrane des thèmes qui lui seront très familiers par la suite :

1. La nécessaire interdisciplinarité de l'enseignement : au lieu de spécialiser trop tôt les élèves dans leur cursus scolaire, le jeune Le Moigne suggère plutôt de leur donner une solide culture générale qui leur permettrait de communiquer commodément avec les autres membres de l'entreprise et de la société en général — il s'attaque notamment dans cet article aux insuffisances de l'enseignement professionnel, trop spécialisé selon lui. A ce propos, il cite une phrase de P. Fraysse ("Le producteur est aussi père, citoyen, voyageur, lecteur, spectateur, homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction,...) en un mot") qui est assez révélatrice des thèmes qui ne cesseront de le passionner par la suite.

2. Le lien que l'on gagnerait à créer entre le faire et le savoir : "Nous pensons que le meilleur " consommateur d'information " est celui qui sait être d'abord un " producteur d'information " par l'attitude constamment active qu'il a devant " le fait " (attitude sans laquelle il n'est pas de culture ni même de véritable ouverture)" dit-il à la page 79 de cet article.

3. Ou encore le rôle fondamental de l'information dans la capacité d'un système (d'enseignement, en l'occurrence) à s'adapter et à se transformer : par exemple, il propose de créer un Centre national et des centres régionaux d'informations et de prévisions professionnelles afin d'aider les élèves, leurs professeurs et les employeurs à mieux concevoir leurs actions et leurs orientations futures…

Durant cette période de scolarité, il rencontre Maguy (lors de vacances (Les vacances (au pluriel, du latin vacare, « être sans ») sont une période de temps (de quelques jours, semaines, voire mois) pendant laquelle une personne cesse son activité habituelle...) en Bretagne) qu'il n'épousera qu'après son retour, en Avril 1959, de la guerre d'Algérie (il est en effet mobilisé pendant 30 longs mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) de service militaire à sa sortie de l’Ecole Centrale), et avec qui il aura 3 enfants (nés en 1960, 1963 et 1965). On peut dire que Maguy a été un soutien affectif et matériel fondamental et indispensable, sur lequel Jean-Louis a toujours pu compter.

Le jeune ingénieur, au moment d’entrer dans la vie active, s'intéresse de près à la Recherche Opérationnelle, une "nouvelle science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour vrai au sens large....)" qui se développe depuis peu et qu'il a découvert en 1954 : elle semble relever de nouveaux défis dans le domaine de l'aide à la décision. La compagnie pétrolière (Une compagnie pétrolière est une entreprise dont l'activité principale est liée à l'exploitation du pétrole.) Shell-France l'embauchera à son retour d'Algérie et lui permettra de vivre cette passion en intégrant son équipe de calcul économique et de R.O. après une période de "mise à l'épreuve" dans un service de R&D sur les lubrifiants-moteurs. Il vit cette période avec enthousiasme et progresse rapidement dans la hiérarchie de la compagnie : à 35 ans, il est responsable du Plan Central de Shell-France ; il sera nommé ensuite Directeur de l'organisation logistique pour l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme...) de la région Sud-Ouest en 1967. Le développement et l'utilisation quotidienne des modèles de R.O. constituent pour lui une expérience grisante, bien qu'il soit conscient du fait que ce ne sont que des modèles parmi tant d'autres qu'il reste encore à imaginer pour aider les responsables d'entreprises à décider en situation complexe.

En 1970, le PDG de Shell-France, qui connaît et apprécie son esprit critique et créatif, lui propose de tenter l'aventure de l'enseignement des "nouvelles sciences du management" à l'Université. Cette proposition si singulière doit être comprise dans son contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept de contexte issu traditionnellement de...), après les " évènements " de Mai 1968 : le ministère de l’Education Nationale cherche alors à faire se rencontrer fructueusement le monde des étudiants, des universitaires et de l’entreprise. Il a donc l’idée d’irriguer l'enseignement universitaire par les réflexions que des responsables d'entreprise de haut niveau auraient pu tirer de leur expérience professionnelle et crée pour ce faire un statut de " professeur associé " dans les universités françaises, avec le soutien de la FNEGE (la Fondation Nationale pour l’Enseignement de la Gestion des Entreprises, dont la création a été appuyée notamment à l’époque par le patronat français). Jean-Louis Le Moigne accepte de tenter l’aventure. Il commence par suivre un programme international de formation aux U.S.A. — à Harvard et à la Sloan School of Management du M.I.T. — en 1970-1971, où il rencontrera notamment les professeurs Z. Zannetos et Herbert Simon (Herbert Alexander Simon (né le 15 juin 1916 à Milwaukee, Wisconsin, mort le 9 février 2001 à Pittsburgh, Pennsylvanie) a été « prix Nobel » d'économie en 1978).). De retour d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est, de l'Europe et de...), il sera nommé "Professeur-associé" en Novembre 1971 à l'Université d'Aix-Marseille III. La portée scientifique, l'originalité et la diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une information), voire de « vaporisation » (diffuseur...) nationale et internationale de ses travaux de recherche, lui permettront d'être intégré définitivement dans le corps des Professeurs d'Université en Septembre 1986.

Co-fondateur puis directeur du GRASCE (lors de sa création, ce sigle signifiait Groupe de Recherche en Analyse de Système et Calcul Economique, mais lorsque Le Moigne en prendra la direction, il proposera de le faire devenir au début des années 1990 le Groupe de Recherche sur l'Adaptation, la Systémique & la Complexité Economique — ce laboratoire a toujours été une Unité de Recherche Associée au C.N.R.S., qui a énormément produit en recherche théorique mais aussi en recherche-action en relation avec le monde des entreprises) à l'Université d'Aix-Marseille III, membre actif de l'AFCET (Association Française pour la Cybernétique (La cybernétique est une modélisation de l'échange, par l'étude de l'information et des principes d'interaction.) Economique & Technique) et de nombreux comités scientifiques et d'organisation de revues de recherche de diffusion internationale et de congrès scientifiques internationaux, fondateur et président de l'AEMCX (Association Européenne pour la Modélisation de la Complexité — aujourd'hui associée avec l'Association pour la Pensée Complexe présidée par Edgar Morin au sein du réseau (Un réseau informatique est un ensemble d'équipements reliés entre eux pour échanger des informations. Par analogie avec un filet (un réseau est un...) "Intelligence de la Complexité"), co-fondateur et président du club Epistémologie de l'Université d'Aix-Marseille III, fervent animateur (Animateur, qui anime un groupe de personnes :) de groupes de réflexion destinés aux dirigeants et managers d'entreprises, Jean-Louis Le Moigne ne s'est pas contenté de développer des problématiques de recherche originales et prometteuses : il a aussi fourni (Les Foúrnoi Korséon (Grec: Φούρνοι Κορσέων) appelés plus communément Fourni, sont un archipel de petites îles grecques...) une énergie (Dans le sens commun l'énergie désigne tout ce qui permet d'effectuer un travail, fabriquer de la chaleur, de la lumière, de produire un mouvement.) considérable pour favoriser la diffusion et l'application de ces recherches dans les domaines les plus divers. Avant son départ à la retraite fin 1997, l’institution lui a attribué le titre de Professeur Emérite des Universités.

Travaux

Domaines de recherches privilégiés : caractérisés par les titres de ses principaux ouvrages et articles.

  • sciences des systèmes et sciences de l'ingénierie,
  • sciences de la computation (informatique et intelligence artificielle),
  • sciences de l'organisation,
  • sciences de l'information,
  • sciences de la décision,
  • sciences de la cognition et de la communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter- espèces)...),
  • sciences de gestion
  • épistémologie des sciences de la complexité et des sciences d’ingenium

Jean-Louis Le Moigne a développé l'épistémologie constructiviste à travers son ouvrage en trois tomes "Le Constructivisme" et son "Que sais-je ?", "Les Epistémologies constructivistes", ouvrages dont on peut trouver des notes de lecture sur le site www.mcxapc.org.

Pour une présentation des ses travaux en anglais, voir "A Principal Exposition of Jean-Louis Le Moigne’s Systemic Theory" par Darek M. Eriksson ou "Le Moigne's Defense of Constructivism" par Ernst von Glasersfeld. Ce dernier article évoque également la controverse qui existe avec ce que l'on pourrait appeler l'académisme.

Oeuvre

Evoquer l’œuvre d'un universitaire important n'est jamais chose facile ; l'écrire de son vivant l'est évidemment encore moins. En outre, le départ en retraite de Jean-Louis Le Moigne en 1998 n'a jamais été qu'une étape dans sa carrière, qui lui permet aujourd'hui de consacrer toute son énergie à la progression de son œuvre, loin des tracasseries quotidiennes causées par les tâches d'enseignement, mais aussi de direction d'un important laboratoire de recherche associé au CNRS (le GRASCE), qu’il a assumées durant de nombreuses années… Le parcours intellectuel dont on va témoigner ici est donc encore en perpétuel enrichissement, un système (de pensée) qui est à la fois actif, stable, et qui se transforme irréversiblement, téléologiquement et récursivement ! C'est la raison pour laquelle il faut parler ici d'un "propos d'étape" au cours d'un long chemin… qui se fait en marchant — et le marcheur Le Moigne est particulièrement déterminé à explorer les voies de la complexité pour de longues années encore.

Au cours des 25 années pendant lesquelles il aura été enseignant-chercheur, les thèmes de recherche de Jean-Louis Le Moigne ont sensiblement évolué. On peut rendre compte succinctement de la logique (La logique (du grec logikê, dérivé de logos (λόγος), terme inventé par Xénocrate signifiant à la...) de cette progression en se risquant à distinguer trois étapes dans la genèse de sa pensée. On évitera toutefois une approche purement chronologique qui ne mettrait pas correctement en évidence une progression qui n'est pas linéaire, mais qui suit au contraire des cheminements complexes, à la fois parallèles et enchevêtrés, imbriqués les uns dans les autres.

1 - Jean-Louis Le Moigne est d’abord marqué par une longue expérience professionnelle dans le monde de l’entreprise, dans le domaine de la Recherche Opérationnelle et de l'informatique de gestion : il était donc tout à fait naturel que ses premières recherches portent sur les Systèmes d'Information et de Décision dans les organisations socio-économiques. Comment les systèmes informatiques (et les systèmes d’information dont ils ne sont qu’une composante) peuvent-ils être conçus et utilisés afin d’améliorer les processus de décision dans les organisations ? Quels rapports entretiennent donc les systèmes d’information et les systèmes de décision ? Mais ces premières réflexions — qu'il continuera à développer par la suite — le conduisent à s’interroger sur la notion de "système" elle-même : s'il existe bel (Nommé en l’honneur de l'inventeur Alexandre Graham Bell, le bel est unité de mesure logarithmique du rapport entre deux puissances, connue pour exprimer la puissance du son. Grandeur sans...) et bien à ce moment-là un "état de l'art" alléchant sur la question — des "approches systémiques" de divers phénomènes sociaux ou techniques à l’analyse de système qui se répand dans le milieu des ingénieurs —, on ne peut toutefois pas conclure à l'existence d'une véritable " théorie des systèmes "… Un nouveau programme de recherche s'amorce ainsi.

2 - Jean-Louis Le Moigne s'efforcera donc de présenter la théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur l’observation ou...) des systèmes comme une méta-théorie : une théorie de la modélisation (par contraste avec l'analyse) qui consiste à théoriser ses actions (à réfléchir pour mieux agir) comme et par un système en général. La construction de cette méta-théorie lui permet notamment de mieux rendre compte des phénomènes informationnels et décisionnels qui l'intéressent toujours vivement — en exploitant avec bonheur les hypothèses de "rationalité procédurale" et de "système de traitement d'information", défendues par Herbert Simon. Au terme de cette réflexion, les systèmes n’apparaissent pas comme étant une propriété spécifique à l’objet étudié, mais comme une représentation commode et pragmatiquement utilisable pour l’action — un méta-modèle, un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son efficacité naturelle dans l'action. Cette augmentation se traduit par la...) de modélisation qui est plus dans la tête du modélisateur que dans la réalité qu’il modélise… De nouvelles perspectives de réflexion et de recherche s'ouvrent alors.

3 - La construction de la science des systèmes l'incite en effet à poursuivre ses recherches dans plusieurs directions. Primo, la théorie des systèmes doit chercher ses fondements épistémologiques ailleurs que dans les orthodoxies positivistes : contrairement à ce qu’affirmait avec enthousiasme Ludwig von Bertalanffy en 1968 (" les systèmes sont partout ! "), nul ne peut démontrer l’existence positive ou objective des systèmes. Pourtant, ce concept peut être considéré comme suffisamment pertinent pour constituer une connaissance "actionnable", pour lier les savoirs et les faires. Il faut donc argumenter et développer des épistémologies alternatives (Alternatives (titre original : Destiny Three Times) est un roman de Fritz Leiber publié en 1945.) — les épistémologies constructivistes. Ces investigations épistémologiques le conduiront notamment à rencontrer la pensée de Jean Piaget (mais aussi celles, entre autres, de Paul Valéry, Giambattista Vico ou Léonard de Vinci…) et à explorer la riche expérience épistémologique accumulée par les structuralismes. Secundo, la théorie des systèmes est susceptible de rendre compte des démarches ingeniériales en général — l'utilisation de la cybernétique par les ingénieurs en est un témoignage. Les "nouvelles sciences" de l'ingénierie trouvent ainsi de sérieux fondements épistémologiques dans le constructivisme. Cette perspective théorique se conjugue à merveille avec la démarche originale de Herbert A. Simon, qui considère la science des systèmes comme une science de l'artificiel : l'économie, les sciences de gestion, la théorie des organisations (et tant d'autres "nouvelles sciences"…) partagent selon lui peu de points communs avec les sciences de la nature (qui interrogent la réalité à partir de l’hypothèse de nécessité des phénomènes observés), et gagnent en revanche à être appréhendées à la manière des sciences de l'ingénieur — ces sciences qui ont pour but de construire des artefacts évolutifs et contingents aux finalités pour lesquels ils ont été conçus par l’esprit humain, de mettre en œuvre des projets humains pour l'action humaine. Tertio, la construction de la science des systèmes vise à rendre compte de phénomènes complexes — irréductibles à un modèle analytique, causaliste, déterministe, simple — en perpétuelle évolution. Jean-Louis Le Moigne s'approprie ici avec enthousiasme le "paradigme de la pensée complexe" que cherche à élaborer Edgar Morin depuis 1972, en privilégiant l'hypothèse d'auto-éco-ré-organisation des phénomènes complexes : la théorie des systèmes est en effet une méthode de modélisation qui permet de rendre compte du caractère fondamentalement téléologique, irréversible et récursif des phénomènes auto-organisés, auxquels le modélisateur attribue un certain degré (Le mot degré a plusieurs significations, il est notamment employé dans les domaines suivants :) d'autonomie. On débouche ainsi sur ce que Jean-Louis Le Moigne appelle son "Triangle (En géométrie euclidienne, un triangle est une figure plane, formée par trois points et par les trois segments qui les relient. La dénomination de « triangle » est justifiée par la présence...) d'or", le triptyque référentiel fondamental dans lequel il puise une inspiration sans cesse renouvelée : Edgar Morin, Jean Piaget et Herbert Simon.

Certes, ce parcours intellectuel atypique l'aura maintes fois conduit à être confronté à de vives controverses ou à des difficultés matérielles… Elles n'auront jamais eu raison, pourtant, de son enthousiasme et de sa passion d'échanger et de convaincre : esprit curieux et cultivé, il a toujours su opposer à la critique une argumentation sans concession ni condescendance. En somme, Jean-Louis Le Moigne incarne l'image d'un homme de science citoyen : libre mais responsable, hétérodoxe mais constructif, sa pensée est profondément humaniste et c'est probablement pour cela qu'il la défend avec vigueur. Le surcroît de travail qu'il fournit depuis qu'il est officiellement en "retraite" (et dont on peut voir les principaux résultats en consultant le site du réseau MCX-APC dont il anime l'équipe de coordination (il préside depuis sa fondation l’Association Européenne pour la Modélisation de la CompleXité) en est encore un témoignage.

Inspirateurs

Selon ses propres dires il a été essentiellement inspiré par Edgar Morin, Jean Piaget, Herbert Simon, Gaston Bachelard (Gaston Bachelard, né à Bar-sur-Aube le 27 juin 1884 et mort à Paris le 16 octobre 1962, est un philosophe des sciences et de la poésie français.) et Yves Barel. On doit également citer les "trois V" : Giambattista Vico, Paul Valéry et Léonard de Vinci auxquels il se réfère souvent.

Responsabilités

  • Professeur Emérite à l'Université d'Aix-Marseille.
  • Président du Programme européen Modélisation de la CompleXité - MCX.
  • Vice-Président de l'Association pour la Pensée Complexe - APC (Président : Edgar Morin).
  • Co-directeur de la Collection INGENIUM, Éditions L’Harmattan.

Sources

  • GRASCE, Entre systémique et complexité, chemin faisant… Mélanges en l’honneur du Professeur Jean-Louis Le Moigne, 1999, PUF. Textes réunis par le Groupe de Recherche sur l’Adaptation, la Systémique et la Complexité Économique (GRASCE).
  • Site web (Un site Web est un ensemble de pages Web hyperliées entre elles et mises en ligne à une adresse Web. On dit aussi site Internet par métonymie, le World Wide Web reposant sur Internet.) du Réseau "Intelligence de la Complexité" (MCX-APC)

Bibliographie

Pour une bibliographie plus complète, notamment pour les articles dans diverses revues ou colloques, voir dans " sources ".

Livres

  • Les systèmes d’information dans les organisations, 1973, PUF.
  • Les systèmes de décision dans les organisations, 1974, PUF.
  • (avec D. Carré), Auto-organisation de l’entreprise. 50 propositions pour l’autogestion, 1977, Les Éditions d’Organisation.
  • La théorie du système général. Théorie de la modélisation, 1977, PUF. Rééditions en 1986, 1990, 1994 et 2006 sous forme de e-book accessible en suivant le lien. Traduction effectuée en portugais. ISBN 2130384838.
  • La modélisation des systèmes complexes, 1990, Éd. Dunod. Réédité en 1995.
  • Le constructivisme, t. 1 : Les fondements, 1994, Éd. ESF.
  • Le constructivisme, t. 2 : Des épistémologies, 1995, Éd. ESF.
  • Les épistémologies constructivistes, 1995, PUF, " Que sais-je ? ".
  • (avec E. Morin), Comprendre la complexité dans les organisations de soins, 1997, ASPEPS Éd.
  • (avec E. Morin), L'Intelligence de la Complexité, 1999, Éd. l'Harmattan.
  • Le Constructivisme, t. 1  : Les enracinements, 2002, Éd. l'Harmattan.
  • Le Constructivisme, t. 2  : Épistémologie de l’interdisciplinarité, 2003, Éd. l'Harmattan.
  • Le Constructivisme, t. 3  : Modéliser pour comprendre, 2003, Éd. l'Harmattan.

Traductions

  • Herbert A. Simon, The science of the artificial, 1969, MIT Press, traduction, La science des systèmes, science de l’artificiel, 1974, EPI éditeurs, Paris. Il en assuré la postface. Cette première traduction a été ensuite rééditée chez Dunod en 1991. En 2004, Jean-Louis Le Moigne a publié aux éditions Gallimard (Collection Folio Essais) une nouvelle traduction de la dernière édition américaine de ce livre de H.A. Simon (la troisième édition, revue et complétée, parue aux USA en 1996, toujours aux MIT-Press). Elle s'intitule Les sciences de l'artificiel. Pour cette nouvelle traduction, Le Moigne a rédigé une nouvelle préface et une postface originale intitulée Quoi de plus naturel que les sciences de l'artificiel ?, ainsi qu'une très intéressante Introduction bibliographique à l'œuvre de H.A. Simon.

Direction d’ouvrages collectifs

  • (avec D. Pascot), Les processus collectifs de mémorisation, Mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) et organisation, 1980, Librairie de l’Université d’Aix-en-Provence.
  • (avec R. Vallée), Les renouvellements contemporains de la théorie de l’information, 1982, AFCET.
  • (avec C. Atias), Science et conscience de la complexité, avec Edgar Morin, 1984, Librairie de l’Université d’Aix-en-Provence.
  • Les nouvelles sciences : comprendre les sciences de l’artificiel, avec le Pr H. A. Simon, 1984, AFCET éd.
  • (avec A. Demailly), Sciences de l’intelligence, sciences de l’artificiel, avec H. A. Simon, 1986, Presses Universitaires de Lyon.
  • Intelligence des mécanismes, mécanismes de l’intelligence, 1986, Éd. Fayard.
  • (avec J.-A. Bartoli), Organisation intelligente et système d'information stratégique, 1996, Éd. Economica.
  • (avec E. Morin), Intelligence de la complexité : épistémologie et pratique, 2007, Ed. de l'Aube.
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