Une pratique agricole vieille de plusieurs générations pourrait avoir retiré de l'atmosphère bien plus de CO₂ qu'on ne le pensait.
Dans le bassin du Mississippi, les agriculteurs répandent depuis longtemps du calcaire broyé sur leurs champs. Cette opération, appelée chaulage, réduit l'acidité du sol. Elle permet ainsi de maintenir des conditions plus favorables aux cultures. Jusqu'ici, son bilan climatique était pourtant généralement compté dans le mauvais sens : le calcaire contient du carbone et peut libérer du CO₂.

Activité de chaulage.
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Une équipe menée par l'Université Yale a repris le problème en étudiant plus de 120 ans de données. Son résultat change tout. Sur le long terme, le chaulage aurait retiré davantage de CO₂ de l'atmosphère qu'il n'en a libéré dans cette vaste région agricole.
Pour comprendre ce résultat, il faut suivre ce qui arrive au calcaire dans le sol. En réagissant avec l'eau et le CO₂, la roche peut former des bicarbonates. Ces substances dissoutes circulent ensuite dans le sol, les nappes et les rivières. Une partie finit dans l'océan, où le carbone associé peut rester stocké longtemps.
Le calcul devient surtout différent lorsqu'on se demande ce qui se serait passé sans calcaire. Les engrais et certaines pollutions rendent les sols plus acides. Sans chaulage, cette acidité aurait déclenché des réactions capables de libérer du CO₂. Les chercheurs ont donc comparé les deux situations.
Le résultat est loin d'être négligeable. Depuis 1900, le chaulage des terres agricoles du bassin du Mississippi aurait retiré environ 300 à 400 millions de tonnes de CO₂. Cette estimation porte sur une région immense, qui rassemble une grande part des terres cultivées des États-Unis.
Le bilan dépend du degré d'acidité du sol, de sa composition et de la circulation de l'eau. Une partie du CO₂ peut aussi être libérée au début, avant que le bilan ne devienne favorable avec le temps.
Cette découverte pourrait modifier la manière de comptabiliser les émissions agricoles. Les méthodes courantes considèrent généralement le chaulage comme une source de CO₂. Les chercheurs proposent désormais de tenir compte des réactions qui auraient lieu même en son absence et du carbone transporté sous forme dissoute.
La prochaine étape sera de déterminer où cette pratique offre réellement un gain climatique. Les résultats obtenus dans le bassin du Mississippi ne peuvent pas être appliqués directement à toutes les régions agricoles. Des mesures locales du sol et de l'eau seront nécessaires avant d'estimer le potentiel ailleurs.