Des dinosaures vivant près des côtes auraient intégré à leur alimentation des ressources venues directement de la mer.
Il y a environ 100 millions d'années, une vaste mer intérieure coupait l'Amérique du Nord en deux. Ses rivages abritaient des dinosaures, des crocodiliens, des poissons et de nombreux autres animaux. Des chercheurs ont voulu savoir si cette proximité avec l'océan influençait aussi ce qu'ils mangeaient.

Le monde lors du Crétacé
Image Wikimedia
Pour le découvrir, l'équipe a analysé l'émail de dents fossiles provenant de plusieurs régions des États-Unis et du Canada. L'émail conserve une partie de la signature chimique de la nourriture consommée par l'animal. Les chercheurs se sont concentrés sur deux formes du carbone, dont les proportions varient selon l'origine des aliments.
Les dents découvertes dans les anciens milieux côtiers contenaient davantage de carbone 13 que prévu. Cet écart atteignait parfois plus de 5,5 ‰ par rapport aux valeurs attendues. En revanche, les fossiles provenant d'un milieu situé loin des côtes ne présentaient pas cette anomalie.
Une explication se trouve peut-être sur les plages. Les algues et certaines plantes marines possèdent une signature en carbone différente de celle des végétaux terrestres. Après une tempête ou avec les marées, de grandes quantités peuvent s'échouer sur le rivage et devenir une source de nourriture pour les animaux terrestres.
Certains dinosaures herbivores ont donc pu manger directement ces végétaux venus de la mer. Ce comportement n'aurait rien d'impossible : aujourd'hui encore, des animaux terrestres exploitent régulièrement les ressources déposées sur les côtes. Des traces fossiles avaient déjà révélé que de grands dinosaures herbivores du Crétacé consommaient parfois des crustacés.
De petits animaux mangeaient les matières échouées, puis étaient eux-mêmes consommés par des prédateurs. De proche en proche, des nutriments venus de la mer pouvaient ainsi se retrouver dans une grande partie de la chaîne alimentaire terrestre.
L'équipe veut maintenant mieux mesurer l'importance de ces apports marins selon la distance au rivage et les espèces étudiées. Les futures analyses pourront aussi rechercher ce phénomène dans d'autres régions côtières du Crétacé, afin de déterminer si les plages constituaient une source de nourriture régulière pour les dinosaures.