🧬 Cancer : des tumeurs exploitent des antioxydants pour survivre

Des cellules cancéreuses peuvent neutraliser une partie de nos défenses en retirant simplement de leur environnement des molécules dont elles ont besoin pour attaquer.

Pour comprendre ce mĂ©canisme, il faut regarder les lymphocytes T. Ces cellules du systĂšme immunitaire reconnaissent certaines cellules anormales et peuvent contribuer Ă  leur destruction. Leur activation repose sur une succession de signaux chimiques. Parmi eux figurent de petites molĂ©cules contenant de l’oxygĂšne, souvent associĂ©es aux dommages cellulaires.

Cellule de cancer du sein observée au microscope électronique à balayage.

Cellule de cancer du sein observée au microscope électronique à balayage.
Crédit : National Cancer Institute / NIH, domaine public.

Ces molĂ©cules sont appelĂ©es "espĂšces rĂ©actives de l’oxygĂšne". À faible dose, elles participent au fonctionnement normal de l’organisme. Les lymphocytes T s’en servent notamment pour transmettre correctement le signal dĂ©clenchant leur activation.

Des chercheurs de l’UniversitĂ© de Cambridge, de l’Oregon Health & Science University et d’autres institutions ont dĂ©couvert comment certaines tumeurs exploitent cette dĂ©pendance. Ils ont analysĂ© le liquide prĂ©sent entre les cellules d’une tumeur. Celui-ci prĂ©sentait une forte activitĂ© antioxydante, avec une enzyme nommĂ©e peroxyrĂ©doxine 1, ou PRDX1.

ConcrĂštement, PRDX1 neutralise les espĂšces rĂ©actives de l’oxygĂšne autour des lymphocytes T. PrivĂ©es de ces molĂ©cules, les cellules immunitaires transmettent moins bien leur signal d’activation. Leur capacitĂ© Ă  attaquer la tumeur diminue alors. La cellule cancĂ©reuse n’a donc pas besoin de dĂ©truire directement le lymphocyte : elle modifie son environnement chimique.

Les chercheurs ont ensuite modifiĂ© des cellules cancĂ©reuses afin qu’elles ne produisent plus normalement PRDX1. Dans plusieurs modĂšles expĂ©rimentaux chez la souris, la rĂ©ponse immunitaire est devenue plus forte et la croissance tumorale a diminuĂ©. Dans un modĂšle de mĂ©lanome, les tumeurs privĂ©es de PRDX1 ont mĂȘme Ă©tĂ© Ă©liminĂ©es spontanĂ©ment par le systĂšme immunitaire.

L’étude repose principalement sur des modĂšles prĂ©cliniques et ne justifie aucun changement de traitement ou d’alimentation Ă  ce stade.

La prochaine Ă©tape consiste Ă  dĂ©terminer comment exploiter ce mĂ©canisme mĂ©dicalement. Plusieurs pistes sont Ă©tudiĂ©es : bloquer l’activitĂ© de PRDX1, neutraliser les antioxydants libĂ©rĂ©s par la tumeur ou rendre les cellules immunitaires moins sensibles Ă  cet environnement. Il faudra encore vĂ©rifier leur efficacitĂ© et leur sĂ©curitĂ© avant d’envisager un traitement chez l’ĂȘtre humain.