L'ancienne abbaye de la Cambre (en néerlandais: Abdij Ter Kameren), était un monastère de moniales cisterciennes nobles, fondé en 1201 à la source du Maelbeek qui se jette dans la Senne à Bruxelles. Autrefois hors de la ville, elle est aujourd'hui située sur le territoire de la commune d'Ixelles (Bruxelles). L'abbaye est un témoignage remarquable de la vie religieuse et de l'architectureabbatiale qui subsiste dans la région de Bruxelles.
Elle est composée de deux noyaux :
le cloître avec l'église, le réfectoire et l'aile de la salle capitulaire qui sont d'une architecture moyenâgeuse et monastique.
le quartier de l'abbesse de caractère plus civil avec sa cour d'honneur, le palais abbatial, le presbytère, les écuries et les autres dépendances. C'est une architecture du XVIII siècle.
Histoire
Cour d'honneur
L'abbaye est fondée vers 1201, avec l'appui des moines de l'abbaye de Villers, par une Dame noble, Gisèle, qui adopta la règle de l'ordre de Cîteaux. En 1201, elle reçut de Henri Ier duc de Brabant les Étangs d'Ixelles, un moulin à eau et l'enclos environnant le monastère. En 1203 le pape Grégoire IX confirme la fondation sous le nom de Chambre de Notre-Dame (La Cambre). L'abbaye est placée sous l'autorité spirituelle de l'abbaye de Villers.
Le XIIIe est un siècle de grand rayonnement spirituel: Saint Boniface de Bruxelles (1182-1260), natif d'Ixelles, chanoine de Sainte-Gudule (future cathédrale de Bruxelles), professeur de théologie à Paris et évêque de Lausanne (1231], y vivra les 18 dernières années de sa vie et sera enterré dans l'église. À la même époque sainte Alix y était une jeune moniale lépreuse et mystique, et y mourut le 12 juin 1250.
Le XIVe siècle fut difficile. Proche de la ville de Bruxelles, mais hors de son enceinte et donc non protégée, l'abbaye fut souvent victime de pillages. Les moniales se réfugiaient alors à Bruxelles. En 1381 un incendie causé par des pillards détruit une bonne partie des bâtiments.
En 1400 l'église que nous connaissons aujourd'hui sort de terre. De style gothique elle garde malgré tout la marque de la sobriété cistercienne.
Au XVIe siècle quelques évènements importants eurent lieu à l'abbaye. En 1559 Maximilien de Berghes y est consacré évêque de Cambrai. Le 28 juin 1568 c'est à La Cambre que se réfugia la veuve du Comte d'Egmont (avec ses 11 enfants) après l'exécution de son mari. En 1581: nouveau saccage, cette fois par les Calvinistes.
En 1599 les moniales rentrent à l'abbaye après un long exil à Bruxelles. Le XVIIe siècle est un siècle de prospérité et restauration. Au XVIIIe: désir de grandeur et luxe conduisent les abbesses à reconstruire tout l'ensemble dans le style français en honneur à l'époque: superbes jardins en gradins, escaliers monumentaux, cour d'honneur avec portail.
Liste des abbesses
Pendant 600 ans 41 abbesses se succéderont à la tête de l'abbaye cistercienne de La Cambre.
1202 : Gertrude
1229 : Oda
Ermentrude
1245 : Marguerite I de Biest
Alix I
Marguerite II
1291 : Ermengarde
Alix II de Froidmont
Marguerite III
Élisabeth d'Yssche
Élisabeth III Poots
Marie I Scotelvloets
Ida
Alix III
Hedwige t'Swaefs
Marie II van Tienen
Alix IV
Catherine I Thys
Élisabeth IV
1421-†1430 : Élisabeth V du Mont
†1442 : Marie III Belande
†1444 : Marie IV de Ligne
Catherine II van Assche
†1477 : Marguerite IV s'Mols
†1490 : Jeanne Ière s'Mols
†1512 : Marie V s'Mols
1519-†1556 : Élisabeth VI van den Berghen
1540-1554 : Madeleine d'Ittre
1554-1557 : Marie de Barbançon ou de Ligne
1557-1562 : Anne van der Cam
Barbe de Taxis, déposée par l'abbé de Cîteaux, Edme de la Croix en septembre 1593
1593-1599 : Catherine d'Ittre
1599-1642 : Jeanne de Henin, de Weert
1642-1668 : Marie Rovelly
1668-1683 : Françoise de Boussu
1683-1709 : Isabelle-Claire-Eugénie van Grobbendonck
Après la suppression de l'abbaye comme communauté monastique, les bâtiments furent utilisés pour différentes activités:
Hôpital militaire à plusieurs reprises sous la révolution, on y soignait les victimes des combats.
Manufacture de coton pendant cinq ans.
Dépôt de mendicité jusqu'à la fin du XIX siècle où l'on entassait des hommes, des femmes, des enfants, des malades, des infirmes, des aliénés et même des délinquants.
École militaire et d'application qui installa dans la nef de l'église un gymnase et un manège.
Occupée par les soldats allemands qui s'y cantonnèrent durant la Première Guerre mondiale. Après leur passage, l'abbaye se retrouva ruinée.
En 1921, la Ligue des amis de la Cambre s'y installe pour ainsi préserver l'abbaye.
Henry Van de Velde obtint l'autorisation d'y ouvrir un Institut Supérieur des Arts Décoratifs (aujourd'hui École nationale supérieure des arts visuels) dans l'enceinte abbatiale.
L'abbaye de la Cambre est une sorte de trait d'union entre les étangs d'Ixelles et le bois de la Cambre. L'Institut supérieur d'Architecture-la Cambre et l'Institut géographique national ont pris leurs quartiers sur le site de l'abbaye.
Description
L'abbaye est entourée au sud par l'avenue Émile Demot, à l'est par l'avenue Émile Duray et au nord par le square de la Croix-Rouge.
La porte d'entrée
Vue panoramique de l'entrée
Le portail d'entrée XVIIIe siècle) est monumental. Il est cintré avec des bandeaux, flanqué de deux colonnes doriques et surmonté d'un fronton triangulaire brisé. Dans le fronton se trouvent les armoiries de la dernière abbesse, Séraphine Snoy que l'on retrouve à maints endroits du site.
La cour d'honneur
Vue panoramique de la cour d'honneur
La cour d'honneur, transformée en parking, frappe par la symétrie et la régularité des constructions qui l'encadrent. Elle est de style classique. Le palais abbatial, au fond, est de style Louis XV. Il se partage en trois parties : la partie centrale avec perron et fronton triangulaire et les deux parties latérales avec porte cochère et fronton circulaire. La toiture possède quatre lucarnes. Le nom de l'architecte de cette cour n'est pas connu.
L'église
L'église
À gauche, les murs extérieurs du cloître
L'église de la Cambre date du XIV siècle. De style ogival, elle appartient à l'époque de transition entre le style gothique rayonnant et le style gothique flamboyant. Le gâble de la façade est décoré de feuilles de chou frisé et terminé par un fleuron. Dans la partie supérieure du mur, trois niches trilobées avec quatre statues sont encastrées.
Le cloître
Le cloître se trouve au sud de l'église comme le voulait la règle cistercienne. Il fut reconstruit en 1599. Les fenêtres des galeries ont des vitraux avec les armoiries des abbesses ou des blasons de quelques religieuses nobles. Dans le petit jardin public, il y a un petit étang avec une des sources du Maelbeek.
Les jardins étagés
Promenade des abbesses
L'escalier des jardins étagés
Le Palais abbatial
La chapelle Saint-Boniface
École nationale supérieure des arts visuels
École nationale supérieure des arts visuels
Les jardins étagés à la Française se composent de cinq terrasses successives. Ils ont été réaménagés en 1924 dans leur état primitif. L'escalier est monumental avec deux énormes piliers à bossages, accostés de volutes et surmontés de vases. La visite du site et l'accès au jardin et à l'église sont libres. L'église a cependant des horaires d'ouverture.