L'AH-64 Apache est un hélicoptère d'attaque touttemps. Il est actuellement construit par Boeing, qui a absorbé la société McDonnell Douglas (qui avait elle-même racheté la société Hughes en 1984). La société Hughes l'avait développé à l'origine pendant la Guerre froide afin de stopper les colonnes de chars d'assaut du pacte de Varsovie en cas de conflit en Europe.
Son baptême du feu eut lieu au Panama en décembre 1989. Par la suite, il fut engagé massivement pendant la guerre du Golfe et plus récemment en Afghanistan et en Irak.
Origines
AH-64D
L'US Army avait formulé en 1972 le besoin d'un hélicoptère de combat conçu pour effectuer des missions antichar par tous les temps, de jour comme de nuit.
Une première machine de cette catégorie, le LockheedAH-56 Cheyenne, n'avait pasété retenue car trop complexe et concurrençant trop les avions de l'US Air Force par sa vitesse, et pendant la guerre du Viêt Nam, le seul véritable hélicoptère de combat engagé en opérations fut le Bell AH-1 Cobra.
Construit à plusieurs milliers d'exemplaires, cet hélicoptère était cependant dans l'incapacité d'opérer de nuit ou par mauvais temps. Pendant les années qui suivirent, plusieurs versions du Cobra conçues en vue de corriger de telles insuffisances furent mises au point, mais l'US Army ne perdit jamais de vue le fait qu'il lui faudrait un jour disposer d'un véritable hélicoptère de combat.
De telles caractéristiques impliquaient la réalisation d'un hélicoptère lourd, puissant et coûteux. L'US Army, qui était décidée à mener cette entreprise jusqu'à son terme, sélectionna deux projets conçus respectivement par les sociétés Bell Helicopter Textron et Hughes Helicopters.
Mis au point par Bell, l'YAH-63 était équipé d'un train d'atterrissagetricycle et d'un habitacle biplace dans lequel le mitrailleur occupait la place arrière, le pilote prenant place à l'avant.
L'appareil d'Hughes, qui portait la dénomination d'YAH-64, était doté d'un atterrisseur à roulette de queue et d'un habitacle dans lequel le pilote était assis à l'arrière, en position surélevée. Les capteurs de l'appareil mis au point par Hughes étaient logés dans le nez, et le canon se trouvait en position ventrale.
Les deux machines étaient propulsées par des turbomoteurs General Electric, mais Hughes avait placé ces derniers à l'extérieur du fuselage, dans des nacelles d'où sortaient des arbres de transmissions inclinés. Ce fut ce dernier qui fut finalement retenu le 10 décembre 1976.
Le premier prototype volant de l'YAH-64, qui avait été également désigné Air Vehicle 0, décolla le 30 septembre 1975. À ce moment, la configuration de l'hélicoptère Hughes avait été modifiée en profondeur. Le principal changement était la mise en place d'un empennage en T (à l'origine, les stabilisateurs monoblocs étaient implantés dans la poutre de queue). De très nombreuses transformations furent apportées à l'Apache pendant les huit années qui suivirent.
Un accord définitif de production fut signé le 26 mars 1982 pour un total initial de 11 Hugues Apaches AH-64A. Finalement, le 30 septembre 1983, le premier AH-64A de série quitta les chaînes de montage et fut livré en janvier 1984 à la United States Army Aviation Branch.
À partir de 1990, le AH-64D une version nettement améliorée au niveau de l'avionique et dotée d'un radar sous radôme au-dessus des pales a été testé. Il entra en service en 1995 et depuis plusieurs centaines d'AH-64A ont été convertis à ce standard.
Missile AGM-114 Hellfire et roquettes Hydra 70
Malgré son coût, cet appareil connaît une carrière respectable à l'exportation: sur les 1 048 Apaches construits en 2000, plus de 200 ont été livrés hors des États-Unis. En février 2010, on compte 1 174 Apaches construits.
Arabie saoudite : 40
États-Unis : 726 en 2003, 743 en février 2000), objectif en 2022 : 634 AH-64 D Block III.
L'Apache est connu en Grande-Bretagne sous le nom de AgustaWestland Apache.
Résultats opérationnels
Le coût originel d'un AH-64A était de 14,5 millions de dollar US. En septembre 2003, la Grèce a acheté douze AH-64D pour un coût total de 675 millions de $ (incluant probablement les armes et la maintenance), soit un prix unitaire de 56,25 millions de $, ce qui en ferait l'appareil le plus cher de sa catégorie.
L'AH-64 Apache fit ses premières armes dans la United States Army Aviation Branch au cours de l'invasion de Panama en 1989, lors de l'Opération Just Cause. Il participa également à la première guerre du Golfe en 1990-1991. Le 17 janvier 1991, 8 AH-64A guidés par 4 MH-53 Pave Low III effectuèrent la première mission de combat de l'opération Tempête du Désert en détruisant plusieurs stations radar irakiennes, permettant aux premières vagues d'avions de combat alliés de rentrer dans l'espace aérien irakien sans être détectées.
277 AH-64 furent engagés, détruisant plus de 500 chars, de nombreux transports de troupe blindés et autres véhicules. Néanmoins, ces résultats sont à comparer à ceux des 174 A-10 Thunderbolt II — un avion d'attaque au sol technologiquement plus ancien et déprécié par les autorités militaires américaines au profit de l'AH-64 — qui détruisirent 1 000 chars d’assaut, 2 000 véhicules militaires et 1 200 pièces d’artillerie, pour seulement sept pertes.
L'AH-64 fut déployé dans les Balkans au cours des années 1990, lors des conflits en Bosnie-Herzégovine et au Kosovo. Cet appareil rencontra de nombreux problèmes sur ce terrain accidenté, montagneux et forestier. Deux Apaches furent perdus accidentellement durant la guerre du Kosovo en Albanie, et de nombreuses critiques pointèrent du doigt des défauts dans l'entrainement des équipages, généralement basés dans les grands déserts américains et peu préparés au type de terrain rencontrés au Kosovo. La totalité de la flotte présente dans les Balkans fut interdite de vol pendant deux semaines en décembre 2000. D'autres aspects furent également critiqués : des déficiences dans l'équipement de vision nocturne, les réservoirs de carburant, et ses capacités de survie au combat furent mise en doute.
L'AH-64 est engagé dans les conflits en cours en Afghanistan et en Irak. Ses résultats sur ce terrain d'opération sont mitigés : il requiert des opérations de maintenance très lourdes et répétées qui réduisent fortement son opérabilité, les accidents et tirs amis sont restés fréquents et composent la majorité des pertes enregistrées, et les troupes au sol semblent massivement lui préférer l'A-10 Thunderbolt II lors de leurs demandes d'appui aérien. L'appareil a confirmé ses capacités de destructions de blindés, mais son domaine de vol à très basse altitude l'expose fortement aux tirs ennemis et de nombreux appareils ont été endommagés au combat. Le 24 mars 2003, lors de l'Opération libération de l'Irak, 33 AH-64 engagèrent une brigade blindée de la divisionMedina de la garde républicaine irakienne : 30 AH-64 furent endommagés, la plupart sévèrement et une partie au delà de toute réparation, et l'un s'écrasa. La télévision irakienne diffusa largement des images de l'AH-64 abattu, proclamant à fin de propagande qu'il avait été descendu par un vieux fermier armé d'une vieille pétoire. Ce fut un échec militaire et médiatique pour l'armée américaine, mais l'appareil confirma aussi sa robustesse, les 29 autres AH-64 endommagés ayant pu rejoindre sans encombre leur base. Au total, durant la guerre d'Irak, on compte début 2010, 27 appareils perdus dont 12 du fait d'une action ennemie.
Les dégâts encaissés sur ces théâtres d'opération, où la majorité des défenses anti-aériennes sont de simples canons anti-aériens ou des roquettes non guidées RPG-7, soulèvent également des questionnements sur la survivabilité de ce type d'appareils à basse altitude sur des théâtres d'opération plus hostiles, au relief encaissé et saturés de défense SAM.