Origine
Plutarque, dans sa Vie d’Alexandre, raconte comment une nuit en -331, alors qu'Alexandre le Grand projette de construire sa ville d'Égypte, il rêve d’Homère qui lui parle de l’île de Pharos. Au réveil, il part voir cette île et commence à tracer les contours de la cité sur la côte qui lui faisait face.
Il existe plusieurs hypothèses la concernant. La ville d’Alexandrie aurait été construite sur l’ancienne cité de Rakhotis mais on a peu de documents à son sujet. Il existe trois hypothèses au sujet de Rakhotis :
- Pour certains, Rakhotis était un simple village de pêcheurs ;
- Pour d'autres, le terme rakhotis pourrait être traduit par « le bâtiment » qui se rapporterait aux premiers édifices dignes de ce nom construits par les Grecs, près ou à la place de ce même village de pêcheurs ou d’un poste de garde ;
- D'autres pensent même que rakhotis signifierait « le chantier » et ne serait pas une ville mais le nom donné par les Égyptiens à la ville d’Alexandrie au moment de sa construction. En effet, une grande partie d’Alexandrie a été construite d’un bloc et a du avoir longtemps l’apparence d’un chantier.
Ce qu’on sait sur cette zone avant Alexandrie est cité par quelques auteurs grecs et romains qui font mention des populations établies sur les marécages entourant la région. Héliodore nous dit que les Égyptiens l’appelaient « le pays des bergers ». La région avait mauvaise réputation : « C’est là que tous les brigands d’Égypte ont leur cité ». La zone apparaît d’ailleurs dans de nombreuses légendes grecques.
Elle ne fut pas la seule ville Alexandrie construite par le Macédonien, en effet, on en a dénombré trente-deux. Celle-ci était connue sous le nom d'Alexandrea ad Aegyptum (« Alexandrie d'Égypte ») et est devenue aujourd'hui Iskanderia. Avant elle, une autre ville du delta avait été occupée par les Grecs mais elle leur avait été offerte par Amasis, il s'agit de Naucratis, un emporion ou "port de commerce". Elle se situe à environ 70 km à l'intérieur des terres et elle n’a eu que peu d’importance en dehors de son rôle commercial. Alexandre le Grand voulu construire Alexandrie sur la côte, malgré la mauvaise qualité du terrain (Lac Maréotis) dans cette zone et la côte particulièrement dangereuse à cet endroit du delta. Le tombeau du conquérant devrait s'y trouver.
Lors de son passage en Égypte en -332/-331, Alexandre le Grand charge Dinocratès, un architecte grec, d’élever en ce lieu une ville qui soit conçue sur un plan orthogonal, ou en damier, avec de larges avenues se coupant à angles droits. Dans son tracé, la nouvelle cité englobe le vieux village égyptien de Rhakotis qui constitue alors un quartier indigène. La ville ne commençe à prendre de l’importance que lorsque Ptolémée, fils de Lagos, fondateur de la dynastie des Lagides, s’y installe et en fait la capitale de l’Égypte qu’il avait reçue en partage après la mort d’Alexandre en -323.
Dès la première moitié du III siècle avant notre ère, sous les deux premiers Ptolémées, elle se couvre de magnifiques monuments et prend l’aspect qu’elle va conserver jusqu’à la fin de l’Antiquité, avec ses jardins et ses monuments de conception grecque : palais royal sur la mer, Musée et Bibliothèque, Sôma (tombeau d’Alexandre le Grand), Sérapéum (temple consacré au dieu gréco-égyptien Sérapis), temple d’Isis, marchés, théâtre et surtout le célèbre phare, tour élevée par Sostrate de Cnide sur l’île de Pharos, qui a donné son nom à ce type de monument.
Pendant près d’un millénaire, jusqu’à la conquête arabe en 641, Alexandrie demeure la capitale intellectuelle et spirituelle d’une partie du monde méditerranéen, après avoir été, pendant les trois derniers siècles avant notre ère, la capitale politique de l’Égypte hellénisée.
À partir de la fondation d’Alexandrie et de l’occupation grecque, l’Égypte va devenir une province de l’hellénisme, et son administration, même si elle conserve certains aspects de l’ancienne administration pharaonique, est fortement influencée par les conceptions grecques. La langue officielle devient le grec, même si l’ancien égyptien, sous sa forme démotique, est encore parlé dans les milieux ruraux et si les prêtres conservent les antiques conceptions religieuses et couvrent toujours les temples de hiéroglyphes, de plus en plus chargés et enrichis de signes nouveaux. Même les temples, construits selon les modèles traditionnels, subissent des modifications de détail. C’est à cette époque qu’apparaissent les mammisi comme monuments indépendants, que les chapiteaux de colonnes se multiplient à l’infini dans leurs décors et s’alourdissent, que des murets sont construits dans les entre-colonnements.
Domination romaine
En -47, les troupes de Jules César incendient la flotte d'Alexandrie ; le feu se propage aux entrepôts et selon différentes interprétations celui-ci détruit une partie de la grande bibliothèque ou l'épargne. Octave Auguste met fin, après la bataille navale d'Actium en -30, non seulement aux guerres civiles romaines (liquidation de Marc Antoine), mais aussi à l'indépendance égyptienne (jusqu'au XIX siècle). La province est gouvernée par un préfet. Après les premiers temps de l'annexion, la ville semble avoir regagné de la prospérité du fait de la domination directe par le pouvoir impérial car le blé d'Égypte est essentiel pour les distributions à la plèbe romaine. C'est un important port militaire. En 215, Caracalla visite la cité, et suite à des satires, commande à ses troupes de tuer tous les hommes en âge de porter une arme. Cet ordre ne sera pas exécuté ; il aurait été matériellement difficile pour sa garde, certainement moins de 5000 hommes, d'éliminer environ 200 000 adultes physiquement capables de se défendre.
Se place alors une énigme : en 215, l'empereur romain Caracalla, comme beaucoup de gens, visite le tombeau d'Alexandre, l'un des principaux monuments de la cité ; il essaye même sa cuirasse ! Mais en l'an 300, un auteur déclare que plus personne ne sait où est le tombeau d'Alexandre ! Comment une ville de 500 000 habitants, grand centre culturel, a-t-elle pu ainsi oublier en deux générations où se trouvait son plus célèbre monument ? Il ne semble pourtant pas que de très grands événements aient eu lieu à Alexandrie dans cette période (mais le III siècle est mal connu). Le mystère reste entier, archéologues et historiens cherchent toujours aujourd'hui !
En ce même III siècle, l'ancienne écriture hiéroglyphique cesse d'être enseignée et comprise. L'usage de la momification disparaît également. Le christianisme semble donc avoir complètement effacé la mémoire égyptienne.
À la division de l'Empire romain, la ville fait partie de l'Empire byzantin. Alexandrie reste le centre administratif de la province. Le blé d'Égypte va alors à Constantinople et Rome devra s'approvisionner en Afrique du Nord (Carthage).
Avec la christianisation de l'Égypte, Alexandrie devient un centre culturel et religieux important. Arius, prêtre d'Alexandrie et formulateur de l'Arianisme, et Athanase d'Alexandrie, proche du pouvoir de Constantin I, s'opposent sur la nature du Christ. De plus en plus, au cours du III siècle, la ville se rapproche du reste de l'Égypte et peu à peu, décline en population et en splendeur. Dans toute la province les impôts sont écrasants et bien des contribuables abandonnent leurs biens et se font ermites dans le désert ou entrent dans des monastères pour échapper au percepteur.
Au IV siècle, les persécutions des païens atteignent un nouveau niveau d'intensité. Temples et statues sont détruits dans tout l'Empire, les rites paiens sont interdits et punissables de mort, les bibliothèques sont fermées. En 391, Théodose I donne l'ordre de détruire tous les temples. Le patriarche Théophile d'Alexandrie s'attèle à cette tache dans la ville. La grande Bibliothèque et le Sérapéum ont été détruits à cette époque. La mathématicienne et philosophe néoplatonicienne Hypatie a aussi été victime des persécutions.
Les quartiers Brucheum et juif sont détruits au V siècle et leurs monuments centraux, le sépum et le Museion tombe en ruine. La vie s'organise alors autour du Sérapéum et du Césaréum transformés en église. Les quartiers du Pharos et de l'Heptastade regagnent de la population et restent intacts.
La conquête arabe
Alexandrie est conquise par les Perses en 616 par Khosro II, roi de Perse. La ville est récupérée par l'empire vers 630. En 640, le général arabe 'Amr ibn al-'As entreprend un siège d'une quarantaine de mois. La cité n'obtient aucune aide de Constantinople, l'empereur Heraclius meurt et le nouvel empereur Constantin III qui ne règnera que quatre mois, laissent le pouvoir à son fils de onze ans. En 646, Alexandrie, évacuée par les Grecs, est livrée par le patriarche Cyrus aux troupes de ‘Amr. Les Grecs qui partent d’Égypte étant surtout des commerçants, le régime de la propriété du sol n’est pas modifié, et les Arabes reçoivent une solde surtout en nature. Ils assurent une garde par rotation à Alexandrie face à la mer et à Khirbeta face au désert. 'Amr écrit au Calife Omar ibn al-Khattab qu'il a pris une cité contenant :
- 4 000 palais,
- 4 000 bains publics,
- 12 000 vendeurs d'huile fraîche,
- 12 000 jardiniers,
- 40 000 juifs qui paient tribut,
- 400 théâtres ou lieu de divertissement.
Avec les Arabes disparaît pratiquement l'ancienne langue égyptienne.
La période médiévale
La période médiévale de la ville d'Alexandrie reste, jusqu'à ce jour, peu étudiée. La ville, décrite par les auteurs contemporains arabes, fut investie par les forces de la Ve Croisade, le grand Maïmonide y fit une apparition avant de se rendre au Caire et Saladin y fonda un waqf, une fondation de main morte, au XIIe siècle. Le document de fondation, l'un des plus anciens de son genre, fut retrouvé il y a peu de temps dans des archives de la ville qui se trouvent aujourd'hui au Caire.
Histoire moderne
A l'époque moderne, la ville d'Alexandrie connut une expansion importante. En effet, la ville médiévale se trouvait sur la Terre ferme, fortifiée par une enceinte.
Histoire contemporaine
La ville moderne a été construite sur les ruines de la ville antique ce qui rend les fouilles difficiles.
En Juillet 1882, la ville est bombardée par la Royal Navy britannique et occupée.