En mathématiques et plus précisément dans le cadre de la théorie de l'analyse harmonique, l'analyse harmonique sur un espace vectoriel fini correspond au cas particulier où le groupe est le groupe additif d'un espace vectoriel fini.
Ce contexte s'inscrit dans celui de l'analyse harmonique sur un groupe abélien fini. Les résultats s'expriment un peu différemment car l'espace vectoriel possède des propriétés fortes, non seulement il est de dimension finie, mais son corps est nécessairement fini. Ils s'appliquent immédiatement à un corps fini car un corps fini est un espace vectoriel sur lui-même et sur son corps premier.
La théorie des codes et la cryptographie utilise largement ce cadre, par exemple pour l'étude du code dual ou l'analyse des fonctions booléennes.
Dualité de Pontryagin
Isomorphisme fondamental
Dans cet article V désigne un espace vectoriel de dimension finie n sur un corps finiFq de cardinal q et de corps premier Fp où p est un nombre premier. Le symbole V^ désigne le groupe dual de V, χ0 un caractère non trivial du dual du groupe additif de Fq et < | > une forme bilinéaire non dégénérée de V.
L'application U, de V dans son dual, définie par l'égalité suivante, est un isomorphisme de groupe.
∀x,y∈VUx(y)=χ0(<x∣y>)
En effet, U est clairement un morphisme à valeur dans le dual de V. Montrons que l'application est injective. Soit x un élément non nul de V, il existe un élément h de V tel que < x | h > est non nul. Par linéarité sur y, l'image de l'application de V dans Fq qui à y associe < x | y > est surjective. On en déduit que Ux est un caractère non trivial, et le noyau de U est réduit à l'élément nul ce qui montre l'injectivité de U, l'égalité entre les ordres du groupe (V, +) et son dual montre la surjectivité de U et donc son caractère bijectif.
L'isomorphisme n'est pas canonique, il dépend en effet du choix de la forme bilinéaire et du caractère. Il permet néanmoins d'identifier l'algèbre du groupe V avec l'algèbre de son dual. Dans cet article, l'algèbre du groupe est noté C[V].
Orthogonalité relativement à la dualité de Pontryagin
Soit S un sous-ensemble de V, l'orthogonal de S relativement à la dualité de Pontryagin associé à (χ0, < | >) est l'ensemble noté ici S° défini par :
So={v∈V/∀u∈Vχ0(<u∣v>=1}
On remarque que l'orthogonal relativement à la dualité de Pontryagin ne correspond pas à l'orthogonal de la forme bilinéaire. En effet, le noyau de χ0 n'est pas nécessairement réduit au vecteur nul.
Soit W un sous-groupe de V, les propriétés suivantes sont vérifiées :
W*° est un sous-groupe de (*V, +).
La restriction de l'isomorphisme U à W*° est un isomorphisme sur l'orthogonal (au sens du groupe dual) de* W.
Si la forme bilinéaire < | >) est symétrique, alors W*°° est égal à* W.
Si u est un élément de C[V] alors sa transformée de Fourier est l'application u^ de V dans C l'ensemble des nombres complexes définie par :
∀ζ∈Vu^(ζ)=qn1x∈V∑u(x)χ0(−<x∣ζ>)
Ce résultat est l'application directe de la définition de la transformée de Fourier et du paragraphe précédent. Ici, le dual de V est identifié à V à l'aide de l'isomorphisme du paragraphe précédent.
Si ( , ) désigne le produit hermitien canonique de l'espace vectoriel complexe C[V] algèbre du groupe V, alors l'égalité suivante dite de Parseval est vérifiée :
∀u,v∈C[V](u∣v)=(u^∣v^)
Le théorème de Plancherel prend la forme suivante :
En particulier, si W est autodual, c'est-à-dire si W est confondu avec W°, alors la formule prend la forme suivante :
w∈W∑v(w)=w∈W∑v^(w)
Applications
Fonction booléenne
Il existe un cas particulier, celui où l'espace vectoriel est binaire, c'est-à-dire sur le corps à deux éléments F2. Dans ce contexte, il n'existe qu'un caractère non trivial, celui qui à l'unité associe -1. La transformée de Fourier prend alors une forme simple et porte le nom de transformée de Walsh.
Il possède de nombreuses applications en théorie des codes. Il sert par exemple en cryptographie pour assurer la sécurité d'un message à l'aide d'une boîte-S dans le cas des algorithmes à chiffrement symétrique.
Identité de MacWilliams
L'analyse harmonique sur les espaces vectoriels finis est aussi utilisée pour les codes correcteurs, particulièrement dans le contexte des codes linéaires.
L'identité de MacWilliams est un exemple, elle relie le polynôme énumérateur des poids, c'est-à-dire la distribution des poids de Hamming, d'un code linéaire et celui de son dual. Il sert pour l'étude de code comme celui de Hamming.