La cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert fut la cathédrale de Liège jusqu'en 1794, date du début de sa destruction. Cette immense cathédrale gothique, à la mémoire de saint Lambert, occupait l'actuelle place Saint-Lambert, au cœur de Liège.
Histoire
Origines
C’est à cet endroit que saint Lambert, évêque de Maastricht fut assassiné vers 705 par les hommes de Dodon. Si le saint est d'abord enterré à Maastricht, l'endroit du martyr devient toutefois un lieu de pèlerinage. Saint Hubert, son successeur, rapatrie son corps et l'inhume à l'endroit qui deviendra la place Saint-Lambert. Peu après, le siège épiscopal est transféré de Maastricht à Liège et le lieu érigé en cathédrale.
Plusieurs édifices se succédent à cet emplacement. Tout d'abord, un martyrium est construit, celui-ci certainement ordonné par saint Hubert et dont l'orientation vers l'ouest est inhabituelle et justifie la présence d'un chœur occidental dans les cathédrales postérieures. La première cathédrale, construite à la fin du VIII siècle, est de style carolingien.
La cathédrale ottonienne
L’évêque Notger y installe, en 978, un chapitre de soixante chanoines et remplace aux environs de l'an mil la cathédrale carolingienne par une vaste église ottonienne dotée d’une crypte dans laquelle sont installées les reliques du saint martyr. Un massif occidental, deux chœurs opposés, deux transepts et un « cloître » oriental caractérisent cette architecture. Deux tours se dressent aux croisées des transepts, ajoutant à la monumentalité de l'édifice. Cependant on peut remarquer, et cela reste présent dans le plan de la cathédrale définitive, que les entrées se trouvent sur les flancs sud et nord de l'édifice et non dans l'axe du chœur. Ceci provient peut-être d'une superstition selon laquelle le mal viendrait de l'ouest et qu'une entrée de ce côté pourrait lui permettre d'entrer dans la maison de Dieu. Beaucoup d'édifices religieux de la région mosane présentent cette caractéristique. Ceci explique en outre la possibilité de construire un deuxième chœur. On peut également mentionner l'existence d'un déambulatoire, réservé, en tout cas à Liège, à la principale église de la ville (privilège réservé notamment en ces villes, à la cathédrale Notre-Dame de Tournai et à la cathédrale Notre-Dame de Cambrai, détruite à la Révolution française). Le monument subit de profondes transformations en sous-œuvre dans le courant des années 1140-1180.
Décédé le 7 août 1106, l'empereur déchu et excommunié Henri IV y est inhumé par le prince-évêque Otbert. Les évêques germaniques protestent et déclarent que la cathédrale sera profanée tant que le corps y reposera. Henri V fait ensuite exhumer son père et tranférérer ses restes à la cathédrale de Spire le 15 août 1106.
La cathédrale gothique
Dans la nuit du 28 au 29 avril 1185, un violent incendie éclate dans une des maisons qui sont accolées au cloître de la cathédrale, et ne tarde pas à gagner celle-ci. On entreprend dès le lendemain sa reconstruction en style gothique, en utilisant une grande partie des fondations antérieures. Dès 1189, une partie de la cathédrale est restaurée, puisque l'archevêque de Cologne se déplace pour consacrer l'église. En 1197, les reliques de saint Lambert, mises à l'abri après l'incendie, réintègrent l'édifice. Pourtant, la réédification complète est loin d'être terminée : l'argent manque. Des processions sillonnent le diocèse pour collecter les fonds nécessaires à la reconstruction. Au milieu du XIII siècle, le pape Innocent IV accorde des indulgences à ceux qui aident à la rénovation de la cathédrale. Signes manifestes de la lenteur d'un chantier qui mettra encore de longues décennies, sinon plusieurs siècles, à se concrétiser.
Enfin, à partir de 1391, on appuie, à l'ouest du croisillon sud du transept oriental, une tour, haute de 135 mètres, dont le clocher culmine à la même altitude que la colline de la citadelle. Son érection marque, en 1433, l’achèvement du gros-œuvre. Sa vie durant, elle constitue un signal visuel pour tout qui approche de la ville.
La cathédrale Saint-Lambert au XVIIIe siècle.
La cathédrale Saint-Lambert en 1780.
Destruction
Bonaparte, Premier Consul (Ingres). À l'arrière plan, on peut apercevoir la Cathédrale Saint-Lambert de Liège, à une époque où elle est pourtant en cours de démolition par décision des révolutionnaires liégeois.
En 1794, sous le régime français, au lendemain de la révolution liégeoise, on entame la démolition du monument, décidée l’année précédente. Les révolutionnaires liégeois la considérent comme le symbole du pouvoir du prince-évêque. On s’en prend d’abord aux plombs de la toiture, afin d'en faire des armes et des munitions, ainsi qu'à la charpente. On nomme en outre une « Commission destructive de la cathédrale ». La démolition de la grande tour est mise en adjudication en 1795. En 1803, on abat les tours occidentales. Le terrain est définitivement nivelé en 1827, à l’exception d’un pan de muraille de l’ancien passage entre le palais et la cathédrale, qui est encore debout en 1929.
L'énervement et le défoulement passé, il faut se résoudre à retrouver une cathédrale pour la ville et on choisit la collégiale Saint-Paul, la plus au centre de la ville. On la modernise sensiblement et on y transfère les trésors sauvés. Ceux-ci peuvent être visités aujourd'hui, dans le cloître de la cathédrale ; des pièces exceptionnelles d'après les spécialistes : orfèvreries, ivoires, manuscrits, sculptures et reliquaires…
Ruines de la cathédrale Saint-Lambert.
Ruines de la cathédrale Saint-Lambert.
Ruines de la cathédrale Saint-Lambert.
Architecture
La cathédrale Saint-Lambert mesurait 96 mètres de long et 159 mètres en comptant les cloîtres. En incluant les chapelles collatérales, sa largeur était de 37 mètres. Sous clef de voûte, elle s'élevait à quelque 30 mètres de haut. Son style la rend comparable à la cathédrale Notre-Dame de Bréda. Les deux tours de sable (le nom proviendrait de leur couleur jaune, caractéristique du tuffeau, pierre de la région de Maastricht) s'apparentent notamment aux tours de la basilique Notre-Dame de Tongres et celles de la cathédrale Saints-Michel-et-Gudule de Bruxelles. Outre bien sûr les multiples gravures existantes de la cathédrale (dont la plupart en ruines), cette comparaison permet d'imaginer, non avec une extrême précision toutefois, à quoi devaient ressembler ces deux tours.
Vestiges
L'archéoforum de Liège, situé actuellement sous la place Saint-Lambert, propose une visite des ruines de la cathédralemais également les vestiges des différentes occupations du site depuis la préhistoire jusqu'au XVIII siècle.