Chalutier

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Introduction

Petit chalutier côtier très compact (français, août 2005)

Petit chalutier côtier très compact (français, août 2005)

Chalutier hauturier, équipé pour la pêche sur le plateau continental ou en pleine mer

Chalutier hauturier, équipé pour la pêche sur le plateau continental ou en pleine mer

Chalutier industriel (ici le Franz Hals échoué à Biarritz 26/11/1996)

Chalutier industriel (ici le Franz Hals échoué à Biarritz 26/11/1996)

De nombreux organismes sont tués ou blessés par les chaluts de fonds

De nombreux organismes sont tués ou blessés par les chaluts de fonds

La turbidité, par mise en suspension de sédiments n'est pas le seul problème posée par le chalut de fond. La photographie sous-marine montre que les impacts du chalutage sont importants, même à grande profondeur; A : substrat corallien non chaluté. B: Substrat chaluté, à même profondeur (plus de 1000 m)

La turbidité, par mise en suspension de sédiments n'est pas le seul problème posée par le chalut de fond. La photographie sous-marine montre que les impacts du chalutage sont importants, même à grande profondeur; A : substrat corallien non chaluté. B: Substrat chaluté, à même profondeur (plus de 1000 m)

Les traînées d’aérosols des fumées de chalutiers sont visibles de satellite dans l’infrarouge, bien après qu’elles ne soient plus visibles à l’œil nu, permettant dans certaines conditions de suivre leurs trajets et mieux évaluer leur impacts

Les traînées d’aérosols des fumées de chalutiers sont visibles de satellite dans l’infrarouge, bien après qu’elles ne soient plus visibles à l’œil nu, permettant dans certaines conditions de suivre leurs trajets et mieux évaluer leur impacts

L’Angoumois, construit par les ateliers de Dieppe était l’un des 3 derniers chalutiers industriels de 38 mètres encore au service en 1991 de la SARMA, dernier armateur industriel de La Rochelle, avant de travailler en point fixe pour Météo France jusqu'à l'entrée en service des satellites météorologiques en 1985, aujourd’hui au musée maritime de La Rochelle.

L’Angoumois, construit par les ateliers de Dieppe était l’un des 3 derniers chalutiers industriels de 38 mètres encore au service en 1991 de la SARMA, dernier armateur industriel de La Rochelle, avant de travailler en point fixe pour Météo France jusqu'à l'entrée en service des satellites météorologiques en 1985, aujourd’hui au musée maritime de La Rochelle.

Ancien navire océanographique Thalassa premier chalutier pêche arrière de 67 m, utilisé par l’Ifremer de 1960 à 1996 pour des campagnes de recherche sur les ressources halieutiques (32 membres d’équipage + 18 chercheurs), aujourd’hui transformé en musée

Ancien navire océanographique Thalassa premier chalutier pêche arrière de 67 m, utilisé par l’Ifremer de 1960 à 1996 pour des campagnes de recherche sur les ressources halieutiques (32 membres d’équipage + 18 chercheurs), aujourd’hui transformé en musée

Fourniture de glace pour la conservation du poisson

Fourniture de glace pour la conservation du poisson

Chalut de surface (Thomsea), destiné à la recherche

Chalut de surface (Thomsea), destiné à la recherche

Un chalutier est un navire de pêche qui doit son nom au filet qu'il utilise : le chalut.

Il s'agit d'un mode de pêche très efficace mais non sélectif, hormis concernant la taille des prises plus ou moins contrôlée par la taille du maillage du filet (si celui ci n'est pas garni d'une « chaussette » à mailles plus fine dans son extrémité.

Le chalutage a été fortement développé au XX siècle, avec le soutien des états et d'instituts (Ex : Ifremer en France) devenant la technique de pêche la plus utilisée de par le monde, comptant pour plus de la moitié des captures mondiales. Des chaluts équipent les bateaux-usines comme les bateaux plus traditionnels de pêche artisanale.

Les navires peuvent être soumis à quota, mais le filet n'étant pas sélectif, les pêches "hors-quota" jetées par dessus bord sont néanmoins presque tous des organismes morts ou condamnés.

Le chalut

Le chalut est le filet traîné par le chalutier. Il a une forme caractéristique en entonnoir, prolongé à l'ouverture par des ailes pour en élargir la portée. Il peut être tracté par un seul ou par deux navires (on parle alors de chalutage en bœuf, expression évoquant les boeufs qui tiraient la charrue). Le chalut est traîné par des câbles appelés « funes ». Il est fermé à son extrémité (le « cul du chalut ») par un cordage dit Raban de cul. Un système combiné de panneaux, de chaînes (lest) et de lièges ou flotteurs plus techniques (dans le cas de la pêche dans les grands fonds) permet de maintenir béante son ouverture et d'en régler la forme et la profondeur. La dimension des mailles varie des ailes jusqu'au « cul de chalut ». Elle a été réglementée pour mieux sauvegarder les juvéniles.

Le chalutier peut traîner son chalut entre deux eaux (chalutage pélagique) ou sur le fond (chalutage de fond), pratique très destructrice pour le milieu.

Types de chalut

Chalut pélagique

Le chalut pélagique permet de pêcher les poissons de pleine eau. Les chaluts pélagiques sont surtout employés pour la capture des poissons "bleus" (sardines, anchois, maquereaux, thons. Les merlus et cabillauds sont des gadidés vivant plutôt sur les fonds, et donc capturés par des chaluts de fonds.
Il peut y avoir confusion avec des chaluts dits "Naberan" qui sont des chaluts de fond à très grande ouverture. Ces chaluts sont de grandes dimensions avec une grande ouverture afin de capturer le plus de poissons possibles. Le sondeur permet de maintenir le filet entre le la surface et le fond et de le positionner face à un banc de poissons grâce au sonar. Le sondeur sert à connaître la hauteur d'eau sous le bateau, la qualité des fonds et éventuellement à détecter les bancs de poissons. Il ne sert en aucun cas à maintenir le chalut à une certaine profondeur. Par contre, le sondeur de corde dos, netsonde, permet de connaître la distance du chalut du fond et de la surface. A ce moment on agit sur la longueur de câbles (funes) filée afin d'ajuster le niveau du chalut par rapport à celui du banc de poissons. On peut également agir sur la vitesse du navire dans le même but.

Chalut de fond

Chalut-bœuf

Le chalut-bœuf est traîné par deux bateaux. La manœuvre en est plus délicate mais il permet d'avoir de très gros chaluts dont la bouche et bien plus largement ouverte. Les chalutiers embarquent alternativement les prises. Ils sont par exemple utilisés par les pêcheurs de la Turballe et de Saint-Jean-de-Luz en France ou dans les pays scandinaves.

Histoire du chalut

Dans sa monumentale encyclopédie intitulée Histoire naturelle, Pline l'Ancien évoque déjà l'existence du targula, une sorte de filet de pêche qui était traîné sur le fond marin. En Europe, les premières références au chalutage apparaissent au XVIII siècle. Le chalutage semble être né de l'évolution de la technique de la senne de plage et de la drague.

Alors que les pêcheurs de La Rochelle utilisent depuis des générations des filets appelés dreige ou drague, ces derniers leurs valent la visite d'un inspecteur des pêches en 1727, notamment en raison du fait que l'usage de la drague a été interdit en avril 1726 par le roi Louis XV de France en raison des ravages qu'elle occasionnait sur la reproduction des poissons. Les filets n'ont cependant rien à voir avec la drague destructrice du même nom, et dont l'usage est prohibé, et le 27 décembre 1727, le roi en autorise donc l'usage, à la condition que le filet porte le nom de rets traversier ou chalut.

Les chaluts ressemblant aux chaluts actuels sont quant à eux représentés à partir de 1772.

Le maniement du chalut se faisait autrefois par le côté mais les chalutiers « de côté » sont de plus en plus rares, peu à peu remplacés depuis les années 1960 par des chalutiers de pêche arrière qui assure une meilleure mise à l'eau du chalut et une facilité de manoeuvre et une sécurité accrue pour l'équipage. Ceci d'autant plus, que tous les apparaux de manoeuvre (treuils et enrouleurs de chaluts, vire caliornes, treuils de bras) sont aujourd'hui hydrauliques ou électriques.

Système de pêche

Schéma de principe du chalut de fond

Schéma de principe du chalut de fond

La poche est hissée, avant d'être ouverte pour tri et préparation du poisson, dont une grande partie sera rejetée à la mer, trop abîmée, ou trop tard pour qu'elle puisse survivre

La poche est hissée, avant d'être ouverte pour tri et préparation du poisson, dont une grande partie sera rejetée à la mer, trop abîmée, ou trop tard pour qu'elle puisse survivre

Le filet est tracté par le navire (on dit faire un trait) pendant quelques heures (au bon vouloir du capitaine), puis remonté et hissé sur le pont. Un trait moyen de chalut dure 3 heures, à une vitesse estimée de 4 à 5 nœuds soit un parcours de 12 à 15 mille (20 à 30 km). La poche est élinguée puis levée, le nœud de raban qui ferme le cul du chalut est défait et les prises se répandent sur le parc. Le filet une fois vidé est remis à l'eau rapidement pour un autre trait, l'équipage se charge alors du tri, de l'éviscération, du lavage et de la mise en glace. À bord des chalutiers industriels, les prises sont descendues dans l'entrepont qui renferme l'usine. Elles sont étêtées, éviscérées, lavées, mises en filets, enfin congelées et stockées. L'équipage s'aide de machines du type Baader (machine à éviscérer) pour la préparation du poisson. Les déchets frais sont rejetés directement à la mer.

Les bateaux

Les chalutiers sont les bateaux les plus utilisés dans la pêche et majoritaires dans les ports de pêche. On distingue les unités de pêche artisanale appartenant à un patron-pêcheur et les unités de grande pêche ou de pêche industrielle qui appartiennent à un armateur ou à une société d'armement.

Les chalutiers artisanaux

Les chalutiers artisanaux sont la plupart du temps spécialisés dans les espèces nobles de captures comme le colin, la daurade, la lotte, la sole ou la langoustine. En baie de Somme, on chalute la crevette grise. La campagne commence au mois de juin de l'aube jusqu'au milieu de l'après-midi. En Bretagne, la langoustine fait vivre la flotille la plus importante de France. Au Pays basque, l'anchois occupe une grande partie des chalutiers.

Les chalutiers de grande pêche

Ils effectuent des campagnes de plusieurs mois. Ces bateaux sont de véritables usines aménagées pour pêcher, traiter et surgeler le poisson. Le chalut de fond permet de capturer de 500 kg à plusieurs tonnes à chaque remontée du chalut. Le travail se déroule jour et nuit avec une remontée du chalut toutes les deux heures et demie, mais la raréfaction des ressources et l'extension des eaux territoriales des États côtiers ont privé depuis 1906 la grande pêche de ses secteurs privilégiés comme Terre-Neuve.

Les chalutiers surgélateurs sont apparus en France au début des années 80 et disposent d'une usine à la pointe de la technologie conforme aux normes sanitaires en matière de denrées alimentaires. Ces chalutiers mesurent plus de 50 mètres et sont spécialisés dans la pêche au merlan, au cabillaud, à l'églefin et le lieu noir. Une fois pêchés, les poissons sont éviscérés, nettoyés et coupés en filets puis enfin mis dans des boîtes et surgelés à -40 °C et enfin entreposés dans des cales frigorifiques. En une journée, quarante tonnes de poissons sont traités et donnent environ 15 tonnes de produits finis.

Les chalutiers hauturiers

Ils pêchent le lieu noir en Mer du Nord, le maquereau et le chinchard en Manche, la sole, le merlu et la daurade dans l'ouest de la Bretagne et l'ouest de l'Irlande. Les poissons sont conservés dans la glace puis débarqués et vendus à la criée.

Impacts environnementaux

Le chalut a contribué à la raréfaction de la ressource par surexploitation. À partir de la fin des années 1980 (en Australie et Nouvelle Zélande), mais surtout dans les années 1990, avec l'aide des États (France, Espagne en Europe), des techniques ont été développées pour aller pêcher de plus en plus profond, et jusque dans les grand fond au delà de 1 000 m à la recherche de nouvelles espèces à commercialiser comme le flétan noir, le sabre noir, l'empereur ou le grenadier. Dix ans après de premières pêches parfois quasi-miraculeuses, les scientifiques peuvent déjà parler de surexploitation de la ressource, l'âge moyen des poissons pêchés ayant presque été divisé par deux en dix ans dans les premières zones de pêche de l'hémisphère sud, ce qui est préoccupant étant donné que ces poissons ont une croissance très lente, qu'ils ne se reproduisent qu'à partir d'une trentaine d'année.

Le chalut de fond est de plus en plus contesté car il remet en suspension des sédiments (parfois toxiques) entretenant une turbidité défavorable à la vie, tout en détruisant les fonds marins en les raclant, en arrachant algues et coraux en retournant les substrats d'animaux et plantes fixés. Certains pêcheurs estiment ne pas avoir plus d'impacts qu'un agriculteur entretenant son champ en le charruant, mais les résultats des premières études d'impacts du chalutage montrent qu'il a un réel impact. De grandes ONG environnementales dont Greenpeace et WWF alertent et appellent à l'écosociocertification de la pêche avec des labels tels que le MSC, et à une bonne gestion de la ressource halieutique pour éviter un suicide de la pêche. L'ONU, la FAO et le monde scientifique ont depuis les années 1990 maintes fois alerté sur la surexploitation. Ces appels ne semblent que rarement ou tardivement entendus des pays qui contribuent le plus à la surpêche.

De nombreux macrodéchets, voire des munitions immergées ou déchets jetés en mer depuis le début du XXe siècle sont dispersés et fragilisés par les chaluts. Depuis les années 1990, plusieurs pêcheurs en mer Baltique ont été brûlés par de l'Ypérite en rejetant à la mer des munitions non-explosées datant de la Première Guerre mondiale trouvés dans leurs filets. Plusieurs centaines de sites, au large de l'Europe sont ainsi pollués par des séquelles de guerre. Sur nombre d'entre eux, la pêche est interdite, mais les courants marins peuvent localement faire rouler les obus sur le fond et les rendre accessibles.

Des bateaux de plus en plus compacts et puissants

Chalutier récupérant son filet

Chalutier des îles Fidji

(taille intermédiaire)

(taille intermédiaire)

L'ex-chalutier John Lethbridge, reconverti en navire de recherche sismique, puis en récupéteur de métaux sur les épaves.

(Chalutier déclassé, musée maritime de la Rochelle)