Évaluation environnementale

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Introduction

L' évaluation environnementale désigne - au sens large - l'évaluation de la composition et des conditions de l'environnement biophysique et de l'environnement humain. La caractérisation de l'état et des tendances environnementales, le calcul des pressions anthropiques faites sur l'environnement, des répercussions ou des modèles de gestion apportées par l'humain sont des aspects de l'évaluation environnementale.

Cette évaluation est toujours de type patrimoniale, mais elle peut porter sur un lieu, ou sur une ressource naturelle particulière (ressource halieutique ou environnement nocturne par exemple).

Quand elle doit perdurer, on parle de biosurveillance ou bio-monitoring (surveillance de l'environnement, qui inclut généralement un volet surveillance de la biodiversité.

Principes

Exemple de représentation d'une évaluation, ici pour l'Europe, pour ses habitats naturels

Autre exemple d'évaluation, ici pour l'Europe, et pour les espèces

  • L'évaluation environnementale se base sur des inventaires naturalistes, des indicateurs (dont bioindicateurs), sur l'observation d'effets ou d'états biologiques ou écosystémiques, au niveau de populations, d'écosystèmes, voire de la biosphère ;
  • Elle se fait de manière ponctuelle ou durable et généralement de manière itérative (par exemple généralement tous les 5 ans pour un plan de gestion de réserve naturelle en France) ;
  • Elle produit un « état » des milieux (eau, air, sol) ou sur l'état des fonctions écosystémiques ou de l'environnement global ;
  • Lorsque c'est nécessaire ou possible, elle s'intéresse aussi à l'état et à l'évolution des services écosystémiques rendus par la biodiversité (par exemple dans le cadre du Millennium Ecosystems Assessment).
  • Comme il est impossible d'évaluer toutes les espèces et tous les systèmes, on se base sur des unités (espèces, genres, familles, habitats, etc.) jugés représentatifs ou sur des espèces-clé ou jugées bio-indicatrices.

Échelles spatiotemporelles de travail

Les échelles temporelles :

  • elles sont variées et incluent parfois une dimension d'écologie rétrospective pouvant remonter à la préhistoire ou au delà.

Les échelles spatiales :  :

  • échelles locales à régionales ; ce sont par exemple celles d'un site (mare, haie, carrière, décharge, massif forestier), d'un port, d'un canal, d'un lac, d'une zone agricole, d'une ville ou agglomération, d'une unité écopaysagère ou d'une réserve naturelle ou d'un parc naturel régional,
  • échelles semi-locales : région, façade littorale, Parc national ou d'un parc naturel par exemple
  • échelles géographique (région administrative, pays, Union européenne, pays baltesrope, etc.)
  • échelles biogéographiques Paléarctique nord-occidental, pays baltes, zone sahélienne, Manche/Mer du Nord
  • échelles globales (Forêt dans le monde, (environnement marin à échelle de l'océan mondial, biosphère)

Histoire de l'évaluation environnementale

C'est une forme d'évaluation relativement récente et en pleine évolution. Elle s'est développé à la fin du XX siècle, notamment à l'occasion de la préparation du sommet de la terre de Rio (Rio, juin 1992).
Elle peut maintenant s'appuyer sur de nouveaux outils (analyse automatique d'imagerie aérienne ou satellitaire, données génétiques, modéles biomathématiques, etc).

Législation

Depuis les années 1990, l'évaluation environnementale est devenue obligatoire pour certaines activités industrielles (Directive Reach), pour certains produits, et pour certains plans et programmes et grands projets en Europe.

La directive européenne 2001-42 introduit l’obligation depuis juillet 2006 de soumettre certains plans et programmes des pays membres de la Communauté Européenne à une évaluation environnementale. La directive définit les modalités de cette évaluation environnementale. Celle-ci doit commencer dès la conception des documents concernés. Tous les plans et programmes, dès lors qu’ils sont une susceptibles d’avoir des incidences notables sur l'environnement dans les États membres, doivent faire l’objet d’une évaluation environnementale. La directive 2001-42 ne précise en revanche pas de critères quantitatifs (surface ou population couverte par un plan, montant d'un programme,...) qui définiraient l’importance à partir de laquelle un plan ou programme est réputé avoir une influence sur l’environnement. Ce sont les états membres qui, en transposant la directive, définissent eux-mêmes les seuils qu'ils jugent comme étant critiques et à partir desquels les plans ou les programmes ont une influence sur l'environnement. Le droit des plans locaux illustre les différences qui peuvent exister quant à l'estimation de ces seuils. En France, seuls les plans locaux d’urbanisme (PLU) des communes de plus de 50km² et de plus de 10.000 habitants sont soumis d'emblée à l'évaluation environnementale, soit environ 80 PLU. A ces communes s'ajoutent celles dont le PLU autorise soit urbanisation galopante, soit une installation classée, soit la réalisation de travaux dans une zone Natura 2000. Toutefois l'évaluation environnementale des PLU précédemment mentionnés n'est plus obligatoire dès lors que le territoire des communes concernées est couvert par un SCOT faisant lui-même l'objet d'une procédure d'évaluation. L'évaluation environnementale ne concerne en revanche ni les POS, ni les cartes communales, ni les modifications ou révisions de plans (sauf les révisions des SCOT). En Allemagne, l'évaluation environnementale concerne par contre tous les plans infra-locaux et supra-locaux, ainsi que la modification et la révision de ces plans. Ainsi, en ne définissant pas ce qui est susceptible d’avoir des incidences notables sur l'environnement, la directive contribue à l'apparition de transpositions minimalistes des mesures qu'elle préconise. En raison de ce paradoxe, la caractérisation de la directive 2001-42 oscille entre mesure symbolique d'une part et outil à l'intention des états membres volontaristes en matière d'environnement d'autre part.

Méthodes

Pour évaluer ou modéliser une qualité environnementale et des tendances, l'évaluation s'appuie sur de nombreux outils ;

  • outils dits de bioévaluation, c'est-à-dire de suivi d'une batterie de bioindicateurs ou d'indicateurs de pressions sur l'environnement ou de réponse à ces pressions. Ces indicateurs sont renseignés ou réunis par différents types d'observateurs de terrain, pouvant inclure - par exemple dans le contexte de l'écocitoyenneté ou du travail collaboratif, des citoyens (sentinelles de la nature, pêcheurs professionnels...), dans un dispositif de sciences citoyennes.
  • observatoires de l'environnement, observatoires de la biodiversité et leurs productions (séries temporelles de données géoréférencées, atlas, dont atlas de la biodiversité des communes).
  • Indice biotique, indice d'intégrité écologique
  • cartographie SIG et environnementale
  • toxicologie,
  • écotoxicologie et écoépidémiologie
  • écologie du paysage.
  • écologie rétrospective, par exemple pour le suivi des taux d’extinction d'espèces qui demande des données anciennes scientifiquement validées (archéopaléontologie, paléontologie, palynologie, histoire environnementale, etc.).

Utilités

  • Elle a d'abord surtout été un outil de pondération de certaines formes d'aménagement du territoire (routes, zones d'activité, urbanisation, périurbanisation, mise en culture, déforestation, sylviculture intensive.. par une meilleure évaluation de leurs impacts environnementaux et de l'efficacité des éventuelles mesures conservatoires et compensatoires qui leur sont imposées ou qu'elles ont volontairement mis en œuvre.
  • suivi de l'état de l'environnement, ou de l'efficacité de mesures compensatoires ou restauratoires).
  • Outil global d'évaluation pour des entités telles que l'ONU ou l'Union européenne qui ont respectivement décidé de freiner et stopper l’érosion de la biodiversité en Europe à l’horizon 2010.
  • C'est aussi un outil indispensable à l'écocertification ainsi qu'à l'écosociocertification,
  • L'éducation à l'environnement et toutes les sciences naturelles ou les tenants du développement durable en bénéficient aussi.

Évaluation de l'évaluation

Les méthodes d'évaluation environnementale, et en particulier de suivi de la biodiversité nécessitent d'être elle-mêmes évaluées.

En Europe, un consortium EuMon (« Monitoring à l’échelle européenne des méthodes et systèmes de surveillance des espèces et des habitats d’intérêt communautaire ») a étudié quatre aspects du monitoring de la biodiversité :

  1. caractéristiques et la couverture des programmes de suivi ;
  2. méthodes de suivi (plan d'échantillonnage, analyse de données, intégration entre programmes des informations collectées),
  3. définition des priorités pour le monitoring et la conservation :
  4. implication de bénévoles (aspects « sciences citoyennes »),

EuMon a développé une base de donnée sur les programmes de suivis de la biodiversité et un guide pour le suivi de biodiversité EuMon a aussi produit des méthodes pour améliorer l'efficacité du réseau écologique paneuropéen et des réseaux d'aires protégées. Il les a appliquées à NATURA 2000 pour identifier les lacunes et biais de ce réseau .
EuMon a aussi développé des méthodes pour évaluer la responsabilité nationale des États-Membres de l'UE pour la conservation des espèces et des habitats . EuMon propose des outils en ligne, dont BioMAT pour le Suivi et l'évaluation de la Biodiversité, et une base de données (PMM) sur les Réseaux de Suivis Participatifs. En Septembre 2007, le projet EuMon avait déjà documenté 395 systèmes de suivi d’espèces (mobilisant environ 4 M €/an, et plus de 46.000 personnes ; plus de 148,000 jours de travail/an consacrés au monitoring de la biodiversité). Sur ces bases, une étude a analysé les pratiques concernant divers groupes taxonomiques (oiseaux, amphibiens et reptiles, mammifères, papillons, plantes et certains insectes) dans 5 pays européens (France, Allemagne, Hongrie, Lituanie et la Pologne). Elle conclue que l'effort global de monitoring est corrélé au nombre de bénévoles participent à ce travail et que la qualité des données récoltées est liée à la qualité de la conception des programmes de suivi, des méthodes d'analyse et aux aptitudes à la communication au sein des programmes plutôt qu'à la participation des bénévoles.

Perspective

Les nouveaux outils (pour certains "automatiques") sont en cours de développement ou commencent à être utilisés :

  • micropuces pouvant apporter des information plus rapides et in situ sur des aspects génétiques ou pour l'identificaton d'espcèes rares, faisant éventuellement l'objet d'un trafic, y compris essences forestières protégées
  • Ballon-dirigeables individuels pour étudier par exemple la canopée (sur une idée de Francis Hallé)
  • plateforme collaboratives
  • projets de sondes marines intelligentes (pour le suivi des cétacés par exemple), et robots susceptibles de collecter des données environnementales. Un premier « drone écologique » (V3, de type hélicoptère, silencieux, en fibre de carbone, qui peut être programmé ou manuellement téléguidé) a été conçu pour l'observation (y compris dans l'infrarouge) de l'environnement marin et littoral qui pourrait notamment être utilisé par pour le suivi des méduses, cétacés, pollutions, etc. . Il reste très couteux (25 000 euros) et peu autonome (30 mn).

Ces outils devraient permettre une évaluation plus rapide, plus fiable et plus interdisciplinaire, avec des modélisation permettant de mieux prolonger les tendances dans le futur.