Évolution historique
Les premiers films
Au commencement fut la pellicule de 1³/8 pouce de largeur, le film 35 mm, invention de William K.L. Dickson. Dans la famille Lumière on a l'idée de le faire défiler verticalement dans un appareil, d´abord nommé Domitor, chaque image étant impressionnée au pas de 20 millimètres. Le cinéma est alors muet, et utilise tout l'espace disponible : 18 mm (la hauteur de quatre perforations dicksoniennes) × 24 mm (la largeur disponible entre les deux rangées de la perforation), soit un format 4 sur 3, rapport courant dans les supports photographiques français de l'époque.
Lorsque le cinéma devient parlant, on tire le son (codage analogique optique) sur la pellicule positive, entre l'image et les perforations de droite. Cela a deux effets : il faut repositionner l'axe optique des caméras pour le recentrer sur le photogramme décalé sur la gauche (afin de réserver cet espace pour le tirage), et le format d'image devient presque carré, ce qui est assez peu esthétique. L'académie américaine du cinéma (Academy of Motion Picture Arts and Sciences) définit en 1929 un nouveau standard : le format 1,375:1 géométriquement exact, 4 sur 3 retenu dans la projection, appelé format « Academy ». Il est toujours en vigueur aujourd'hui.
Ce n'est que bien plus tard que l'Allemand Oskar Barnack a l'idée d'utiliser ce film cinéma dans un appareil photo, le Leica, mais en défilement horizontal. C'est toujours le film que l'on charge dans nos « 24×36 ».
Les formats larges
Dès 1927, Abel Gance avait réalisé un film sur triple écran, son fameux Napoléon, afin de dépasser les limites habituelles du cadre.
Dans les années 1950, pour concurrencer l'arrivée de la télévision, on invente les formats larges afin de donner un côté spectaculaire. Ils sont essentiellement de deux types :
- les formats dits panoramiques : 1,66:1 (Europe), 1,75:1 (Italie) et 1,85:1 (USA) obtenus en rognant sur la hauteur du film, et en agrandissant un peu l'image à la projection, grâce à un objectif différent sur le projecteur ;
- les formats très larges de type Cinémascope (35 mm anamorphosé) ou 70 mm à défilement vertical (ToddAO), pour les plus utilisés.
De nos jours, le 1,75:1 n'est plus utilisé au cinéma.
Le défaut des formats panoramiques est que pour avoir une image plus large à la projection, il faut l'agrandir plus, elle est donc moins résolue, bien qu'en général le grain reste invisible sauf exception (image à grain important pour des raisons esthétiques ou pour des prises de vue avec peu de lumière). Le cinémascope pallie en partie ce défaut : l'image est plus agrandie dans un sens que dans l'autre, il y a donc une perte de résolution moins importante en hauteur qu'en largeur ; par contre, on observe une déformation des reflets dans l'objectif.
Le Cinemascope fut en fait créé en 1925 par un Français, Henri Chrétien. L'idée consistait à filmer à travers une sorte de prisme, l'« Hypergonar », qui écrasait, « anamorphosait » toute l'image des côtés vers le centre. Les images étaient déformées en hauteur. À la projection, il suffisait de repasser par cette lentille pour retrouver une image très large, toujours à partir d'une pellicule classique. Il céda son brevet à la Twentieth Century Fox.
C'est toujours pour des raisons commerciales que l'on utilise de nos jours principalement des formats larges. Le format large est souvent considéré comme « meilleur » et plus spectaculaire ; on le dit souvent plus proche du « champ de vision humain », bien que ce concept soit peu pertinent (voir sur ce point Distance focale > « Grossissement de l'objet »). Les procédés Cinémascope et Vistavision élargissaient l'image à partir d'une bobine 35 mm.
Le Vistavision, procédé américain inventé dans les années 1950, nécessitait l'utilisation d'une caméra spéciale, puisque la pellicule 35 mm circulait dans le sens latéral (horizontal, plutôt que de haut en bas comme c'est le cas normalement). De cette manière, l'image était donc déjà rectangulaire sans autre procédé, plus stable, mais surtout plus grande et donc de bien meilleure qualité. Le problème c'est que, théoriquement, les projecteurs devaient eux aussi faire défiler la pellicule horizontalement, de gauche à droite, ce qui était économiquement difficile à mettre en place dans la plupart des cinémas. La solution consistait alors à réduire l'image du négatif sur un positif à défilement vertical au format 1,85:1 ou CinemaScope, ou de la gonfler sur un positif 70 mm, comme ce fut le cas pour Sueurs froides (Vertigo) d'Alfred Hitchcock, Les Dix Commandements de Cecil B. De Mille, et bien d'autres encore. Un des premiers films tourné dans ce procédé était La Cuisine des anges (d'après la pièce de théâtre). Le Vistavision est encore fréquemment utilisé de nos jours, exclusivement pour la prise de vues de séquences à effets spéciaux.
Il existait aussi des salles équipées spécialement en vue de la vulgarisation d'un procédé :
- le Cinérama, technique américaine nécessitant plusieurs projecteurs, exploitée à Paris dans la salle du même nom en 1952. Bien qu'impressionnant, le Cinérama était difficile à mettre en œuvre et la jonction entre les écrans était trop visible ;
- le Kinopanorama, russe (quasiment identique) exploité à Paris dans la salle du même nom, en 1957 ;
Les formats géants (plats ou sphériques)
- l'IMAX est plutôt un « cinéma attraction » limité aux salles équipées pour ce procédé. Sa particularité est d'avoir une résolution d'image dix fois supérieure au 35 mm. L'écran peut donc être beaucoup plus grand, ce qui a un effet immersif saisissant. Son format d'image est de 1,43:1 en version plane (IMAX), et n'a pas de format dans sa déclinaison Omnimax, puisque l'image sur la pellicule est un disque (légèrement tronqué sur le dessus), projeté sur une demi-sphère (vu sous un angle de 180° par le spectateur).
Les projections circulaires (cylindriques)
- Le Cinéorama de Raoul Grimoin-Sanson présenté à l'occasion de l'exposition universelle de 1900 à Paris, sur un écran circulaire, balayé par dix projecteurs synchronisés.
- le Circlorama, projection circulaire avec onze projecteurs (1958)
- Polyvision, utilisé pour le film Napoléon d'Abel Gance (1927)
- Cinemiracle
- Thrillerama
- Wonderama
- Circarama
- Quadravision
Le film en trois dimensions
Des procédés de cinéma en relief (dit aussi « 3D ») existent depuis longtemps. Il y eut d'abord le relief avec port de lunettes à deux couleurs (anaglyphe), un œil rouge et un œil bleu, un film de Jack Arnold fut tourné pour ce procédé L'Étrange créature du lac noir (Creature from the Black Lagoon, 1954), ce procédé était utilisé pour le noir et blanc.
Plus tardivement ,des lunettes polarisantes à facettes, procédé utilisé encore aujourd'hui aux parcs Disney ou à la Cité des sciences et de l'industrie de Paris, pour leurs attractions de cinéma en relief. Une attraction à laquelle s'est ajouté récemment un plancher flottant dans la salle afin de faire « sentir » aux spectateurs les émotions du film, mouvements de caméra, bougé, tremblements, etc.
Le Futuroscope propose du cinéma en relief fonctionnant selon un troisième principe beaucoup plus complexe mais aussi plus efficace. Deux images différentes correspondant à l'angle de vue de chaque œil sont projetées alternativement sur un écran en forme de dôme, les spectateurs portent des lunettes à cristaux liquides qui, synchronisées avec la projection, opacifient alternativement chaque verre afin que l'œil ne perçoive que l'image qui lui est destinée.
Alfred Hitchcock eut recours au procédé de relief pour son film Le Crime était presque parfait (Dial M for Murder, 1954), film en couleurs qui imposait aux spectateurs le port de lunettes polarisantes, ce qui augmentait le coût d'exploitation et gênait le confort des spectateurs.
Les formats dans le cinéma actuel
À la fin du XX siècle, le format est rarement dicté par la technique. C'est un choix à la fois artistique, financier et commercial. Les formats les plus larges sont souvent plus coûteux à produire. Par ailleurs, la part du marché vidéo et des diffusions à la télévision dans les revenus d'un film est de plus en plus importante et certains formats s'accommodent mal d'un écran 4/3 (qui représente encore la majorité du parc installé).
Format et pellicule
Comme nous l'avons vu, c'est d'abord le format de la pellicule qui a déterminé le format de l'image, et les contraintes techniques : nécessité de placer le son, espace interimage suffisant en raison de la légère variation de placement de l'image, disponibilité d'optiques diverses (différentes focales, anamorphoseur…).
De nos jours, la quasi-totalité des films de fiction est tournée sur pellicule 35 millimètres.
On distingue deux manières d'impressionner le film durant la prise de vue :
- la technique dite hard matte : un cache devant la pellicule forme les interimages noirs dès la prise de vue ;
- la technique dite soft matte : elle consiste à filmer avec les repères du 1,85:1 tout en imprimant la pellicule plein cadre (1,37:1), ce qui permet de mettre en vente deux versions du film : une version widescreen (1,85:1), et une version fullscreen (1,37:1) ; comme l'image est cadrée pour du 1,85:1, la version fullscreen contient parfois des éléments parasites comme des perches, câbles électriques…
Le soft matte est essentiellement utilisée aux États-Unis, elle ne concerne de fait que le format 1,85:1 (le format 1,66:1 n'étant utilisé qu'en Europe).
Au cinéma, la copie est tirée plein cadre, mais le projectionniste doit veiller à utiliser les caches et objectifs du format 1,85:1.
Il faut noter qu'en 1,85:1 il arrive que l'on tourne sur des caméras modifiées pour n'avancer que de trois perforations par image au lieu de quatre, ce qui est possible à cause de l'interimage très important. Cela représente une économie de 25 % sur le budget de la pellicule négative. Pour le tirage, les copies sont bien évidemment tirées sur quatre perforations par image, grâce à une tireuse spéciale.
Choix artistique
Le cadre représente la partie utile de l'image. Par partie « utile », il faut comprendre ce que le réalisateur décide de montrer au spectateur. C'est un choix artistique de sa part. C'est lui et le producteur qui décident du format du film, en fonction de critères esthétiques et/ou commerciaux.
Ainsi, un format « carré » du type 1,375:1 permet des cadrages plus serrés, le spectateur est piégé par le sujet central de l'image et ne peut pas s'échapper (comme par exemple dans Rosetta des frères Dardenne, 1999). Le format 1,375:1 permet également d'avoir une image plus « verticale » qui peut, par exemple, évoquer l'enfermement ou l'envol (comme par exemple dans De bruit et de fureur de Jean-Claude Brisseau, 1988).
Un format large permet de représenter de larges paysages (comme par exemple les scènes de désert des westerns), ou de mettre en scène de nombreux personnages (comme par exemple dans Usual Suspects de Bryan Singer, 1995).
Projection
Au moment de la projection, le projectionniste sélectionne un cadre (la partie noire de l'image peut être dégradée, cela évite d'avoir des points blancs parasites hors de l'écran) ainsi qu'un objectif adapté. Ainsi, l'image est plus agrandie en 1,85:1 qu'en 1,375:1 ; si une image 1,375:1 était projetée avec un objectif 1,66:1, le haut et le bas dépasseraient de l'écran ; si une image 1,85:1 était projetée avec un objectif 1,66:1, l'image serait moins haute que l'écran. Pour le format 2,39:1, l'image sur la pellicule est déformée, « compressée » dans le sens de la largeur, « anamorphosée », sauf dans le cas d'une pellicule Vistavision (la pellicule étant prise à l'horizontale) ; elle est rétablie lors de la projection, ce qui explique que les halos de lumière paraissent elliptiques.