Grande Mosquée de Kairouan

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Introduction

Grande Mosquée de Kairouan
Façade de la salle de prière sur le côté sud de la cour de la mosquée
Nom localالجامع الكبير بالقيروان
Latitude

Longitude
35° 40′ 53″ Nord

10° 06′ 14″ Est / 35.68139, 10.10389
PaysTunisie Tunisie
GouvernoratKairouan
VilleKairouan
CulteIslam
TypeMosquée
Début de la construction670
Fin des travauxIX siècle
Style(s) dominant(s)Plan arabe
Classé(e)Patrimoine mondial (classée avec Kairouan en 1988)
Site internet

La Grande Mosquée de Kairouan (arabe : الجامع الكبير بالقيروان), également appelée mosquée Oqba Ibn Nafi (arabe : جامع عقبة بن نافع) en souvenir de son fondateur, est l’une des principales mosquées de Tunisie située à Kairouan qui est parfois considérée comme la quatrième ville sainte de l’islam. L’édifice reste le sanctuaire le plus ancien et le plus prestigieux de l’Occident musulman. Il a été classé, avec la ville de Kairouan, au patrimoine mondial de l’Unesco en 1988.

Élevée par Oqba Ibn Nafi à partir de 670 (correspondant à l’an 50 de l’hégire), alors que la ville de Kairouan est fondée, elle est considérée, dans le Maghreb, comme l’ancêtre de toutes les mosquées de la région aussi bien que l’un des plus importants monuments islamiques et un chef-d’œuvre universel d’architecture. D’un point de vue esthétique, la Grande Mosquée de Kairouan apparaît comme le plus bel édifice de la civilisation musulmane au Maghreb. Son ancienneté et la qualité de son architecture font d’elle un joyau de l’art islamique. Nombreux sont les ouvrages et les manuels d’art musulman qui font référence à la mosquée.

Sous le règne de la dynastie des Aghlabides (IX siècle), de grands travaux donnent à la mosquée sa physionomie actuelle. La renommée et le prestige de la Grande Mosquée et des autres sanctuaires de Kairouan fait que la ville se développe et se peuple de plus en plus. L’université, constituée de savants et de juristes qui dispensent leurs enseignements au sein de la mosquée, est un centre de formation aussi bien pour l’instruction de la pensée musulmane que pour les sciences profanes. Avec le déclin de la ville, le centre de formation intellectuelle se déplace vers l’Université Zitouna de Tunis.

Localisation et aspect général

Plan délimitant la médina, la muraille qui l’entoure et les principaux monuments de la ville.

Plan de la ville de Kairouan (1916) montrant la localisation de la Grande Mosquée de Kairouan à l’extrémité nord-est de la médina

Vue du mur et des contreforts du côté occidental de la mosquée.

Mur et contreforts de la façade occidentale de la mosquée

Située dans la partie nord-est de la médina de Kairouan, la mosquée est implantée dans le quartier intra-muros de Houmat al-Jâmi (littéralement « quartier de la Grande Mosquée »). Cet emplacement devait correspondre, à l’origine, au cœur du tissu urbain de la cité fondée par Oqba Ibn Nafi. Mais en raison de la nature particulière du terrain, traversé par plusieurs affluents d’oueds, l’orientation urbaine s’est faite en direction du sud. À cela s’ajoutent les bouleversements qui ont marqué Kairouan suite aux invasions hilaliennes vers 449 de l’hégire (soit en 1057) et qui ont entraîné le déclin, aussi bien que le rétrécissement de la ville. Pour l’ensemble de ces raisons, la mosquée n’est plus située au centre de la médina, et se retrouve ainsi positionnée en périphérie, à proximité des remparts.

Le bâtiment est un vaste quadrilatère irrégulier, plus long (avec 127,60 mètres) du côté oriental que du côté opposé (avec 125,20 mètres) et moins large (avec 72,70 mètres) du côté nord (celui du minaret) que du côté opposé (avec 78 mètres). Il s’étend sur une superficie totale de 9 000 m.

Vue de l’extérieur, la Grande Mosquée de Kairouan est un édifice aux allures de forteresse, qui s’impose autant par ses murs massifs de couleur ocre de 1,90 mètre d’épaisseur composés de pierres de taille assez bien appareillées, d’assises de moellons et d’assises de briques cuites, que par les tours pleines des angles mesurant 4,25 mètres de côté et les solides contreforts en saillie qui les épaulent et les consolident. Plus qu’à une vocation défensive, les contreforts et les tours pleines servent davantage à renforcer la stabilité de la mosquée élevée sur un sol sujet au tassement. Bien qu’ayant une apparence sévère, les façades de l’enveloppe murale, scandées de puissants contreforts et d’imposants porches, dont certains sont surmontés de coupoles, confèrent au sanctuaire un aspect jugé saisissant et plein de grandeur.

Histoire

Évolutions

Lors de la fondation de Kairouan en 670, le général et conquérant arabe Oqba Ibn Nafi (lui-même fondateur de la ville) choisit l’emplacement de sa mosquée au centre de la cité, à proximité du siège du gouverneur.

Peu de temps après sa construction, la mosquée est détruite vers 690, durant l’occupation de Kairouan par les Berbères initialement menés par Kusayla. Elle est reconstruite par le général ghassanide Hassan Ibn Numan en 703. Avec l’accroissement progressif de la population de Kairouan et devant l’augmentation conséquente du nombre de fidèles, Hicham ben Abd al-Malik, calife omeyyade de Damas, fait effectuer par l’intermédiaire de son gouverneur Bichr Ibn Safwan des travaux d’aménagement dans la ville qui incluent la rénovation et l’élargissement de la mosquée aux alentours des années 724-728. En vue de son agrandissement, il fait abattre puis reconstruire la mosquée à l’exception de son mihrab ; c’est sous son égide que débute l’édification du minaret. En 774, une nouvelle reconstruction accompagnée de remaniements et d’embellissements, a lieu sous la direction du gouverneur abbasside Yazid Ibn Hâtim.

Plan d’architecte de l’édifice.

Plan actuel de la Grande Mosquée de Kairouan

Sous le règne des souverains aghlabides, Kairouan est à son apogée et la mosquée profite de cette période de calme et de prospérité. En 836, Ziadet Allah I fait reconstruire à nouveau la mosquée : c’est à cette époque que l’édifice acquiert, au moins dans sa globalité, l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui de même qu’est élevée la coupole côtelée sur trompes en coquille du mihrab. Vers 862-863, Aboul Ibrahim agrandit l’oratoire, avec trois travées vers le nord, et ajoute la coupole au-dessus du portique qui précède la salle de prière. En 875, Ibrahim II construit encore trois travées aux dépens de la cour qui est également amputée sur les trois autres côtés par des galeries doubles.

L’état actuel de la mosquée remonte donc au règne des Aghlabides — aucun élément n’est antérieur au IX siècle hormis le mihrab — à l’exception de quelques restaurations partielles et de quelques adjonctions postérieures effectuées en 1025 sous le règne des Zirides, 1249 et 1293-1294 sous le règne des Hafsides, 1618 à l’époque des beys mouradites, à la fin du XIX siècle et au début du XX siècle. En 1967, de grands travaux de restauration, étalés sur cinq ans et menés sous la direction de l’Institut national d’archéologie et d’art, sont lancés sur l’ensemble du monument et s’achèvent par une réouverture officielle de la mosquée lors de la célébration du Mouled de l’année 1972.

Récits et témoignages

Carte postale de 1900 montrant l’utilisation d’un puits.

Pèlerins autour de l’un des puits

Carte postale d’époque montrant une galerie.

Galerie à colonnades qui précède la salle de prière

Quelques siècles après sa fondation, la Grande Mosquée de Kairouan fait l’objet de nombreuses descriptions de la part d’historiens et de géographes arabes du Moyen Âge. Ces récits concernent principalement les différentes phases de construction et d’agrandissement du sanctuaire, ainsi que les apports successifs de nombreux princes au décor intérieur (mihrab, minbar, plafonds, etc.). Parmi les auteurs qui ont écrit sur le sujet et dont les récits nous sont parvenus figurent Al-Bakri (géographe et historien andalou mort en 1094 et qui a consacré un récit suffisamment détaillé à l’histoire de la mosquée dans son livre Description de l’Afrique septentrionale), Al-Nowaïri (historien égyptien mort en 1332) et Ibn Nagi (jurisconsulte et hagiographe kairouanais mort aux alentours de l’année 1435). En se référant à un texte plus ancien d’Al-Tujibi (auteur kairouanais décédé en 1031), Ibn Naji donne, au sujet des ajouts et des embellissements apportés à l’édifice par le souverain aghlabide Aboul Ibrahim, le récit suivant : « Il construisit dans la mosquée de Kairouan la coupole qui se dresse à l’entrée de la nef centrale ainsi que les deux colonnades qui la flanquent des deux côtés, puis les galeries furent dallées par ses soins. Il fit ensuite le mihrab ». Soulignant le soin apporté par le prince à la décoration du mihrab, il ajoute que « l’émir donna au mihrab cette parure merveilleuse, employant le marbre, l’or et autres belles matières ».

La maqsura en bois de cèdre sculpté.

Ancienne carte postale (1900) montrant le minbar et la maqsura.

Par la suite, voyageurs, écrivains et poètes occidentaux passés par Kairouan laissent des témoignages parfois empreints de vive émotion voire d’admiration sur la mosquée. Dès le XVIII siècle, le médecin et naturaliste français Jean André Peyssonnel, qui effectue un voyage d’études vers 1724, durant le règne du souverain Hussein I Bey, souligne la renommée de la mosquée comme un centre d’études religieuses et profanes réputé :

« La Grande Mosquée est dédiée à Okba où il y a un célèbre collège où l’on va étudier des endroits les plus reculés de ce royaume : on y enseigne à lire et écrire la grammaire arabe, les lois et la religion. Il y a de grosses rentes pour l’entretien des professeurs. »

À la même époque, le docteur et pasteur anglican Thomas Shaw (1692-1751), qui parcourt la Régence de Tunis et passe par Kairouan en 1727, décrit la mosquée comme celle « qui est réputée la plus magnifique et la plus sacrée de la Berbérie », mettant notamment en avant « un nombre presque incroyable de colonnes de granit ». À la fin du XIX siècle, l’écrivain français Guy de Maupassant exprime, dans son ouvrage La vie errante, sa fascination pour l’architecture majestueuse de la Grande Mosquée de Kairouan ainsi que pour l’effet créé par ses innombrables colonnes : « L’harmonie unique de ce temple vient de la proportion et du nombre de ses fûts légers qui portent l’édifice, l’emplissent, le peuplent, le font ce qu’il est, créent sa grâce et sa grandeur. Leur multitude colorée donne à l’œil l’impression de l’illimité ». Au tout début du XX siècle, le poète autrichien Rainer Maria Rilke décrit son admiration pour l’imposant minaret :

« Existe-t-il un modèle plus beau que cette vieille tour, le minaret, encore conservé de l’architecture islamique ? Dans l’histoire de l’art, son minaret à trois étages est considéré comme un chef-d’œuvre et un modèle parmi les monuments les plus prestigieux de l’architecture musulmane. »

Architecture et ornements

Schéma annoté de la mosquée, vue sous plusieurs angles.

Vue d’ensemble de l’édifice (centre), façade méridionale vue de l’extérieur (gauche) et minaret vu de la cour (droite)

Enceinte

Bab Lalla Rihana (fin du XIIIe siècle)

De nos jours, l’enceinte de la Grande Mosquée de Kairouan est percée de neuf portes (six ouvrant sur la cour, deux ouvrant sur la salle de prière et une neuvième permet d’accéder à la maqsura) dont certaines d’entre elles, comme c’est le cas de Bab al-Ma (Porte de l’eau) située sur la façade occidentale, sont précédées de porches saillants flanqués de contreforts et coiffés de coupoles côtelées reposant sur des tambours carrés qui portent aux angles des trompes à trois voussures. Cependant, les historiens et géographes arabes du Moyen Âge Al-Maqdisī et Al-Bakri ont mentionné l’existence, autour des X ‑ XI siècles, d’une dizaine de portes nommées différemment de celles d’aujourd’hui. Cela s’explique par le fait que, contrairement au reste de la mosquée, l’enceinte a subi des transformations notables pour assurer la stabilité de l’édifice (adjonction de nombreux contreforts). Ainsi, certaines entrées ont été murées alors que d’autres ont été conservées.

À partir du XIII siècle, de nouvelles portes ont été percées dont la plus remarquable, Bab Lalla Rihana datée de 1293-1294, est située sur le mur oriental de l’enceinte. Cette entrée monumentale, œuvre du souverain hafside Abû Hafs `Umar ben Yahyâ (règne de 1284 à 1295), s’inscrit dans un carré saillant flanqué de colonnes antiques supportant des arcs outrepassés et couvert d’une coupole sur trompes côtelée. La façade antérieure de ce porche comporte un grand arc en fer à cheval reposant sur deux colonnes de marbre et surmonté d’une frise ornée d’une arcature aveugle à colonnettes en marbre de style hafside, le tout couronné par des merlons en dents de scie. Un arc outrepassé, plus petit que celui de la façade antérieure, est percé dans chacune des deux faces latérales ; il repose également sur des colonnes et est revêtu au niveau de l’intrados d’un décor en plâtre sculpté, orné de fines arabesques à motifs géométriques et végétaux. Malgré sa construction à la fin du XIII siècle, Bab Lalla Rihana s’harmonise parfaitement à l’ensemble de l’édifice qui date principalement du IX siècle.

Vue du mur oriental de l’enceinte

Vue de la façade sud

Mur et porches sur la façade occidentale (extrémité sud)

Mur et porches sur la façade occidentale (vers le milieu)

Cour

Espace et portiques

Vue de la cour entourée de portiques et dominée par le minaret

Il est possible d’accéder à la cour par l’une des six entrées latérales datant des IX et XIII siècles ; on découvre alors un vaste espace trapézoïdal dont les dimensions intérieures sont d’environ 65 mètres sur 50. Il est entouré sur ses quatre côtés d’un portique à deux rangées d’arcades, ouvert par des arcs légèrement outrepassés et soutenus par des colonnes de marbres divers, de granite ou de porphyre, remployés de monuments romains, paléochrétiens ou byzantins provenant notamment de Carthage.

Le portique situé du côté sud de la cour, près de la salle de prière, comporte en son milieu un haut et large arc appareillé de plein cintre outrepassé et brisé s’élevant à plus de sept mètres du sol et reposant sur des colonnes de marbre blanc veiné à chapiteaux corinthiens. Cet imposant porche, dont l’arc est encadré de piliers saillants, est surmonté d’une base carrée sur laquelle se dresse une coupole dont la calotte semi-sphérique côtelée repose sur un tambour dodécagonal percé de seize petites fenêtres rectangulaires inscrites dans des niches arrondies. Le grand arc central du portique sud, est flanqué de chaque côté par six arcs outrepassés disposés de façon rythmée qui retombent sur des colonnes jumelées adossées à des piliers. Au total, les proportions et les dispositions générales de la façade du portique sud, avec ses treize arcs dont celui du milieu constitue une sorte d’arc de triomphe couronné d’une coupole, forment un ensemble ayant « un air de puissante majesté » selon l’historien et sociologue Paul Sebag.

Vue générale de la cour avec la façade de la salle de prière située du côté sud

Porche surmonté d’une coupole côtelée s’élevant au milieu du portique sud de la cour

Portique situé du côté oriental de la cour

Vue intérieure de l’une des galeries qui bordent la cour

Détails de la cour

L’ensemble formé par la cour et les galeries qui l’entourent couvre une aire immense aux dimensions de l’ordre de 90 mètres de longueur sur 72 mètres de largeur, s’étendant ainsi sur près des deux tiers de la superficie totale de la mosquée. La cour est revêtue de dalles de pierre dans sa partie nord, alors que le reste du pavement est presque entièrement composé de plaques en marbre blanc. Près de son centre se trouve un cadran solaire horizontal auquel on accède par un petit escalier ; cet ouvrage, qui permet de déterminer l’heure des prières, porte une inscription en écriture naskhi gravée sur le marbre qui donne le nom de l’artisan Ahmad Ibn Qâsim Ibn Ammâr Al-Sûsî et la date de réalisation (1258 de l’hégire qui correspond à l’année 1842). Le collecteur d’eau de pluie ou impluvium, probablement l’œuvre du bey mouradite Mohamed (1686-1696), est un ingénieux système qui assure le captage (grâce à la surface légèrement déclive de la cour) puis le filtrage des eaux de pluie au niveau d’un bassin central meublé d’arcs outrepassés sculptés dans le marbre blanc. Débarrassées de leurs impuretés, les eaux se déversent dans une vaste citerne souterraine voûtée, soutenue par des piliers massifs en maçonnerie. Dans la cour se trouvent également plusieurs puits dont certains sont placés côte à côte. Leurs margelles, obtenues à partir de bases de colonnes antiques évidées, portent les rainures des cordes remontant les seaux.

Détail de chapiteaux de la cour surmontés d’un petit cadran solaire

Détail des arcs et des colonnes du portique nord de la cour

Gros plan sur l’un des puits de la cour

Minaret

Vue du minaret depuis sa base

Minaret s’élevant à 31,5 mètres et dont les deux premiers niveaux sont surmontés de merlons arrondis

Porte encadrée de blocs de pierre sculptés

Porte du minaret surmontée d’un arc de décharge en fer à cheval

Le minaret, qui occupe le centre de la façade septentrionale, la plus étroite de l’édifice, domine la mosquée du haut de ses 31,5 mètres et se trouve assis sur une base carrée de 10,7 mètres de côté. Situé à l’intérieur de l’enceinte et ne disposant pas d’accès direct par l’extérieur, il est constitué de trois niveaux dégressifs superposés dont le dernier est coiffé d’une coupole. Le premier niveau, haut de 18,9 mètres, s’amincit d’environ cinquante centimètres de sa base à son sommet. Le deuxième niveau, haut de cinq mètres et large de 7,65 mètres, est décoré sur chacun de ses quatre côtés de trois niches à fond plat surmontées d’arcs outrepassés. Le troisième niveau, mesurant 5,45 mètres de hauteur (coupole non comprise) sur 5,5 mètres de largeur, présente sur ses quatre faces une arcade en fer à cheval flanquée de colonnes et encadrée de deux arcades aveugles plus étroites ; il est couronné d’une petite coupole sur trompes côtelée, sans doute postérieure à son élévation. Les premier et deuxième étages disposent d’un garde-corps crénelé aux merlons arrondis. Le minaret servait à la fois de tour de guet et de point d’appel à la prière.

La porte qui en ouvre l’accès est encadrée de sculptures d’origine antique ; elle est surmontée d’un arc de décharge en fer à cheval. Les premières assises du minaret sont faites de larges pierres antiques provenant de sites romains et byzantins, dont certaines portent des inscriptions latines. Leur utilisation remonte probablement aux travaux effectués sous le gouverneur omeyyade Bichr Ibn Safwan vers 725 où elles ont été réemployées à la base de la tour. La plus grande partie du minaret, œuvre des princes aghlabides datée de la première moitié du IX siècle, est constituée d’assises régulières de moellons taillés avec soin, conférant ainsi à l’ouvrage une homogénéité et une unité stylistique jugées admirables.

L’intérieur comprend un escalier de 129 marches tournant autour d’un pilier central et surmonté d’une voûte en berceau. Il permet d’accéder aux étages ainsi qu’aux terrasses du minaret. La façade sud donnant sur la cour est percée de fenêtres qui en assurent l’éclairage et l’aération alors que les trois autres façades, orientées au nord, à l’est et à l’ouest, sont percées de petites ouvertures en forme de meurtrières. Datant du début du VIII siècle ou de 836, il constitue dans les deux cas le plus vieux minaret du monde musulman ainsi que le plus vieux au monde qui soit toujours debout.

Par son ancienneté et ses caractéristiques architecturales, le minaret de la Grande Mosquée de Kairouan apparaît comme le prototype de tous les minarets de l’Occident musulman : il a servi de modèle aussi bien en Afrique du Nord qu’en Andalousie. Bien que de forme massive et de décoration assez austère, il se distingue néanmoins par une allure harmonieuse et un aspect majestueux.

Autre vue du minaret qui se dresse au milieu de la façade nord de la mosquée

Gros plan sur la partie supérieure (deuxième et troisième niveaux) du minaret

L’une des pierres portant des inscriptions latines de la base du minaret

Minaret illuminé

Salle de prière

Vue de la nef centrale de la salle de prière.

Nef centrale bordée d’une double série d’arcs à colonnes géminées sur chacun de ses deux côtés (au fond le mihrab)

La salle de prière se trouve du côté méridional de la cour ; on y accède par 17 portes en bois sculpté. Un portique à double rangée d’arcades précède la vaste salle de prière qui se présente sous la forme d’un rectangle de 70,6 mètres de largeur et de 37,5 mètres de profondeur.

La salle hypostyle est divisée en dix-sept nefs et huit travées ; les nefs sont orientées perpendiculairement au mur de la qibla (qui correspond au mur méridional de la salle de prière). Plus larges que les autres, la nef centrale et la travée qui longe le mur de la qibla se croisent à angle droit au devant du mihrab. Ce dispositif, dit « en T », que l’on rencontre également dans les deux mosquées irakiennes de Samarra (vers 847), a été repris dans de nombreuses mosquées maghrébines et andalouses dont il devient une caractéristique.

La nef centrale, sorte d’allée triomphale qui mène au mihrab, est nettement plus haute et plus large que les seize autres nefs de la salle de prière. Elle est bordée, de chaque côté, d’une rangée de colonnes géminées qui portent deux lignes d’arcades surmontées d’un décor en plâtre sculpté composé de médaillons ornés de motifs géométriques et floraux.

Éclairée par d’impressionnants lustres sur lesquels sont appliquées d’innombrables petites lampes en verre, la nef centrale ouvre sur le portique sud de la cour par une monumentale porte en bois délicatement ouvragée, réalisée vers 1828 sous le règne des Husseinites. Cette dernière, possédant quatre vantaux richement sculptés de moulures géométriques en relief, sur fond de rinceaux et d’entrelacs étoilés, est ornée au niveau du tympan d’un vase stylisé à partir duquel surgissent des enroulements raffinés de tiges et de feuilles. Sous le tympan se trouve une longue inscription sculptée en relief, en caractères naskhi, comportant des vers qui commémorent la date d’exécution de la porte. Les autres portes de la salle de prière, dont certaines datent de l’époque hafside, sont toutes à deux vantaux et se distinguent par leur décor à motifs essentiellement géométriques (formes hexagonales, octogonales, rectangulaires, etc.).

Perspective dans la galerie qui longe la salle de prière

Gros plan sur l’un des vantaux en bois ouvragé de la grande porte de la salle de prière

Vue de l’intérieur de la salle de prière

Vue des grands lustres de la nef centrale de la salle de prière

Vue intérieure de la coupole élevée au départ de la nef centrale

Vue extérieure de la coupole qui surplombe le mihrab

Colonnes et plafonds

Photographie des colonnes de la salle de prière.

Colonnes à chapiteaux antiques et à fûts lisses en marbres variés (diverses couleurs et provenances) de la salle de prière

Dans la salle de prière, les 414 colonnes de marbres précieux, de granite ou de porphyre (sur plus de 500 colonnes que compte au total la mosquée), prélevées sur des sites antiques du pays tels que Sbeïtla, Carthage, Hadrumète et Chemtou, supportent des arcs qui sont le plus souvent en plein cintre outrepassés. Une légende raconte qu’on ne pouvait les compter sans devenir aveugle. Les chapiteaux surmontant les fûts des colonnes offrent une grande diversité de formes et de styles (corinthiens, ioniques, composites, etc.). Certains chapiteaux ont été sculptés pour la mosquée, mais d’autres (les plus nombreux) proviennent d’édifices romains ou byzantins (datables du II au VI siècle) et ont été remployés. Selon l’archéologue allemand Christian Ewert, la disposition particulière des remplois qui entourent le mihrab obéirait à un programme bien défini et dessinerait symboliquement le plan du dôme du Rocher. Les fûts des colonnes sont taillés dans des marbres de différentes couleurs et d’origines diverses. Ceux en marbre blanc proviennent d’Italie, certains fûts situés dans la zone du mihrab sont en porphyre rouge importé d’Égypte, alors que ceux réalisés en marbre de couleur verdâtre ou rose sont issus des carrières de Chemtou, au nord-ouest de la Tunisie actuelle. Bien que les fûts soient de hauteurs variées, les colonnes sont agencées de façon ingénieuse afin de soutenir harmonieusement la retombée des arcs. La différence de hauteur est compensée par le développement variable des bases, des chapiteaux et des sommiers ; un certain nombre de ces sommiers sont en bois de cèdre. Les tirants en bois, qui s’enfoncent généralement à la base de l’imposte, relient les colonnes entre elles et maintiennent l’écartement des arcs, renforçant ainsi la stabilité de l’ensemble des structures sur lesquelles reposent les plafonds de la salle de prière et permettant également d’éviter tout risque de fléchissement des supports.

Le couvrement de la salle de prière est quant à lui réalisé par des plafonds peints de motifs végétaux et deux coupoles : l’une au départ de la nef centrale et l’autre en avant du mihrab. Cette dernière, dont la calotte hémisphérique est creusée de 24 cannelures concaves rayonnantes autour du sommet, repose sur des trompes côtelées en forme de coquille et un tambour circulaire percé de huit fenêtres entre lesquelles s’intercalent seize niches groupées par deux. Les niches sont tapissées de panneaux de pierre sculptés, ornés de motifs géométriques et floraux caractéristiques du répertoire décoratif aghlabide : coquilles, arcs polylobés, rosaces, feuilles de vigne stylisées, etc. De l’extérieur, cette coupole du mihrab présente un dôme côtelé à vingt-quatre godrons qui repose sur un tambour octogonal aux faces légèrement concaves, élevé sur une base carrée décorée, sur chacune de ses trois faces sud, est et ouest, de cinq niches à fond plat surmontées d’arcs en plein cintre ; la niche du milieu est creusée d’un oculus lobé inscrit dans un cadre circulaire.

Les plafonds peints constituent un ensemble unique de planches, poutres et consoles retraçant près de mille ans de l’histoire de la peinture sur bois. Les consoles en bois offrent une grande variété de style et de décor ; en forme de corbeau ou de sauterelle aux ailes déployées ou fixes, elles se caractérisent par un décor qui combine des motifs floraux peints ou sculptés avec des rainures. Les plus anciennes planches remontent à l’époque aghlabide (IX siècle) et présentent un décor de rinceaux et de fleurons sur fond rouge qui est constitué de carrés à côtés concaves dans lesquels sont inscrites des fleurettes à quatre pétales de couleur verte et bleue ; celles réalisées sous la dynastie ziride (XI siècle) se caractérisent par des inscriptions en écriture kufique de couleur noire à pourtour doré et dont les hampes des lettres se terminent par des fleurons bilobés, le tout sur un fond de couleur marron orné d’un simple décor floral.

Les planches peintes à l’époque hafside (au cours du XIII siècle) offrent un décor constitué de motifs floraux blancs et bleus s’entrelaçant avec des arcs polylobés de couleur verte. Les plus récentes, datées des XVII et XVIII siècles (essentiellement datées de l’époque des beys mouradites), se distinguent par un décor épigraphique constitué de longs textes en noir et rouge sur fond vert-olive pour celles peintes vers 1618-1619, sous le règne de Mourad I Bey, alors que celles qui remontent au XVIII siècle présentent des inscriptions en écriture naskhi blanche sur un fond oranger.

Mihrab

Vue du mihrab revêtu de marbre sculpté et entouré dans sa partie supérieure de carreaux de céramique lustrée.

Vue du mihrab revêtu de marbre sculpté et orné (partie supérieure) de carreaux de céramique lustrée

Vue centrée sur la niche du mihrab dont l’état actuel date du IXe siècle.

Mihrab dont l’état actuel (aspect et décor) date du IXe siècle

Vue centrée sur la partie supérieure de la niche du mihrab

Partie supérieure du mihrab : arc et demi-coupole coiffant la niche

Le mihrab, qui indique la qibla (direction de La Mecque) et devant lequel se tient l’imam lorsqu’il dirige la prière, est aménagé au milieu du mur méridional de la salle de prière. Il est formé par une niche en cul de four encadrée de deux colonnes de marbre et coiffée d’une demi-coupole en bois peint. La niche mesure deux mètres de longueur, 4,5 mètres de hauteur et 1,6 mètres de profondeur. Considéré comme l’exemple le plus ancien du mihrab concave, il daterait dans son état actuel des années 862-863.

Ce mihrab, dont la décoration constitue un témoin remarquable de l’art musulman dans les premiers siècles de l’islam, se distingue par son aspect harmonieux et la qualité de ses ornements. Il est entouré au niveau de sa partie supérieure de 139 carreaux de céramique à reflets métalliques faisant chacun 21,1 centimètres de côté et disposés sur pointe en damier. Divisés en deux groupes, ils sont datés du début de la seconde moitié du IX siècle mais on ne sait avec certitude s’ils ont été réalisés à Bagdad ou à Kairouan par un artisan bagdadi ; la controverse sur la provenance de ces carreaux agite ainsi les spécialistes. Ces carreaux lustrés à décor essentiellement floral et végétal (fleurs stylisées, palmettes asymétriques et feuillages sur fond de hachures et de damiers) appartiennent à deux séries : l’une polychrome, caractérisée par une plus grande richesse de tons allant de l’or clair au jaune clair, sombre ou ocre et du rouge brique au brun laqué ; l’autre monochrome est d’un beau lustre qui va de l’or fumé à l’or vert.

L’enduit qui les entoure est décoré de motifs végétaux bleus datables du XVIII siècle ou de la première moitié du XIX siècle. L’arc de tête du mihrab, outrepassé, surhaussé et brisé à la clef, repose sur deux colonnes de marbre rouge à veines jaunes surmontées de chapiteaux de style byzantin qui portent deux sommiers sculptés de motifs floraux et ornés, chacun, d’une inscription kufique en relief.

La paroi du mihrab est revêtue de 28 panneaux de marbre blanc sculptés et ajourés qui sont agencés en sept registres verticaux de quatre éléments ; ces panneaux présentent une grande variété de motifs végétaux et géométriques parmi lesquels la feuille de vigne stylisée, la fleurette, la coquille, les tresses ainsi que les rinceaux symétriques, superposés ou entrecroisés. Les ajourages laissent deviner, derrière, une niche plus ancienne sur laquelle ont circulé plusieurs hypothèses.

Si l’on se réfère au récit d’Al-Bakri, historien et géographe andalou du XI siècle, il s’agirait du mihrab réalisé par Oqba Ibn Nafi, le fondateur de Kairouan ; Lucien Golvin estime pour sa part qu’il ne s’agit pas d’un ancien mihrab mais d’une construction à peine ébauchée qui sert peut-être de support aux panneaux de marbre et remonterait soit aux travaux de Ziadet Allah I (817-838), soit à ceux d’Aboul Ibrahim aux alentours des années 862-863. Au-dessus du revêtement en marbre, la niche du mihrab est coiffée d’une voûte en forme de demi-coupole réalisée en bois cintré de mancenillier. Recouverte d’un enduit épais entièrement peint, la concavité de la voûte est ornée d’enroulements de rinceaux entremêlés de feuilles de vigne à cinq lobes, de fleurons à trois lobes et de grappes pointues, le tout de couleur jaune sur fond bleu nuit ; ce décor peint, d’une grande élégance, date aussi du IX siècle.

Minbar

Le minbar, situé à droite du mihrab et servant à l’imam pour les prêches du vendredi et des Aïds, est une chaire en forme d’escalier comportant un siège supérieur auquel on accède par onze marches et mesurant 3,93 mètres de longueur pour 3,31 mètres de hauteur.

Vue du mihrab et du minbar en 1930.

Gros plan sur le mihrab et le minbar en 1930

Daté du IX siècle (vers 862) et hérité du sixième souverain aghlabide Aboul Ibrahim (856-863), il est en bois de teck indien. De toutes les chaires du monde musulman, c’est certainement le plus ancien exemple de minbar encore conservé de nos jours. Probablement réalisé par des ébénistes de Kairouan (mais certains chercheurs évoquent aussi Bagdad), il se compose de plus de 300 pièces sculptées et assemblées d’une grande richesse ornementale (motifs végétaux et géométriques évoquant des modèles omeyyades et abbassides), parmi lesquelles environ 90 panneaux rectangulaires admirablement sculptés de pommes de pin, de tiges minces et souples, de feuilles de vigne et d’acanthe, de fleurons, de fruits lancéolés délicatement ciselés en surface et de diverses formes géométriques (carrés, losanges, hexagones, rosaces, étoiles, etc.). La bordure supérieure de la rampe du minbar est ornée d’un riche décor végétal qui comprend des rinceaux enroulés en boucles alternées ; chaque boucle enveloppe une feuille de vigne étalée accompagnée d’une grappe de raisin pendante. Au début du XX siècle, le minbar fait l’objet d’une restauration minutieuse. Bien qu’ayant plus de onze siècles d’existence, tous les panneaux, à l’exception de neuf, sont originaux et dans un bon état de conservation ; la qualité et la finesse d’exécution de ce minbar font de lui un véritable chef-d’œuvre selon Paul Sebag. Cette ancienne chaire du IX siècle se trouve toujours à son emplacement d’origine, à côté du mihrab.

Maqsura

Photographie de la façade de la maqsura.

Vue de la maqsura ornée d’une frise calligraphiée qui comporte une inscription en caractère kufique

La maqsura, située à proximité du minbar, est une clôture délimitant une enceinte privée qui permet au souverain et à ses hauts dignitaires de suivre la prière solennelle du vendredi sans se mêler aux simples fidèles. Joyau de l’art du bois réalisé sous le règne du prince ziride Al-Muizz ben Badis et daté de la première moitié du XI siècle, elle est considérée comme la plus ancienne encore en place dans le monde islamique. Il s’agit d’une clôture en bois de cèdre finement sculptée et ciselée sur les trois côtés de motifs géométriques divers mesurant 2,8 mètres de hauteur, huit mètres de longueur et six mètres de largeur. Sa principale parure est la frise calligraphiée qui la couronne ; cette dernière, surmontée d’une ligne de merlons ajourés et pointus, est ornée d’une inscription en caractère kufique fleuri sculptée sur fond d’entrelacs végétaux, représentant l’un des plus beaux exemplaires de bandeaux épigraphiques de l’art islamique.

La bibliothèque située à proximité est accessible par une porte dont les pieds-droits et le linteau sont en marbre sculpté, ornés d’une frise à décor floral. La fenêtre de la bibliothèque se signale par un décor élégant qui présente deux colonnes, encadrant l’ouverture, sur lesquelles repose un arc en fer à cheval surmonté d’une arcature aveugle à six arcs outrepassés qui sont couronnés par une série de merlons en dents de scie.

Œuvres d’art

La Grande Mosquée de Kairouan, l’un des rares édifices religieux de l’islam ayant conservé intact la quasi-totalité de ses éléments architecturaux et décoratifs, constitue grâce à la richesse de son répertoire ornemental un véritable musée d’art et d’architecture islamiques. La plupart des œuvres qui font la réputation de la mosquée sont encore conservées in situ alors qu’un certain nombre ont rejoint les collections du musée national d’art islamique de Raqqada, localité située à une dizaine de kilomètres au sud-ouest de Kairouan.

De la bibliothèque de la mosquée provient une importante collection de parchemins et de manuscrits calligraphiés dont les plus anciens remontent à la deuxième moitié du IX siècle. Cette précieuse collection, remarquée dès la fin du XIX siècle par les orientalistes français Octave Houdas et René Basset qui l’évoquent dans leur rapport sur leur mission scientifique en Tunisie paru dans le Bulletin de correspondance africaine en 1882, comprend selon l’inventaire établi à l’époque hafside (vers 1293-1294) plusieurs Corans et des ouvrages de droit musulman qui concernent principalement le fiqh malékite et ses sources. Ces derniers constituent les plus anciens fonds de littérature juridique malékite qui nous soient parvenus.

Reprographie de deux feuillets du Coran bleu, écrits en lettres d’or.

Deux feuillets du Coran bleu, à l’origine dans la bibliothèque de la mosquée

Parmi les plus belles œuvres de cet ensemble, les feuillets du Coran bleu, actuellement exposés au musée national d’art islamique de Raqqada, proviennent d’un célèbre Coran de la seconde moitié du IV siècle de l’hégire (soit le X siècle) dont la majeure partie est conservée en Tunisie et le reste éparpillé dans des musées et des collections privées à travers le monde. Comportant des sourates écrites en caractère kufique doré sur du vélin teint à l’indigo, elles se distinguent par une graphie compacte dépourvue de marques pour les voyelles. Le début de chaque sourate est indiqué par un bandeau constitué d’un rinceau feuillu stylisé, doré et ponctué de rouge et de bleu, alors que les versets sont séparés par des rosettes argentées. D’autres parchemins et des Corans calligraphiés, comme celui dit de la Hadinah, copié et enluminé par le calligraphe Ali ibn Ahmad al-Warraq pour la gouvernante du prince ziride Al-Muizz ben Badis vers 1020, se trouvaient également dans cette bibliothèque avant d’être transférés au musée de Raqqada. Cette collection constitue une source unique pour l’étude de l’histoire et de l’évolution calligraphique des manuscrits médiévaux au Maghreb, portant sur la période qui s’étend du IX au XI siècle.

D’autres œuvres d’art telles que les couronnes de lumière en bronze coulé, datant de l’époque fatimo-ziride (X –début du XI siècle), appartenaient à l’origine au mobilier de la mosquée. Ces polycandélons, aujourd’hui dispersés dans certains musées tunisiens dont celui de Raqqada, se composent de trois chaînes, soutenant un plateau ajouré en bronze, qui présente un anneau central circulaire autour duquel rayonnent 18 hampes équidistantes reliées par autant d’arcs outrepassés et munies, pour chacune d’elles, de deux fleurons évasés. Les trois chaînes, réunies par un anneau de suspension, sont fixées chacune au plateau par un fleuron en forme d’amande. Les couronnes de lumière sont marquées par l’influence byzantine à laquelle l’artisan kairouanais a apporté les spécificités du répertoire décoratif musulman (motifs géométriques et floraux).

Rôle dans la civilisation musulmane

À l’époque de sa plus grande splendeur, entre les IX et XI siècles, Kairouan est l’un des plus grands centres de la civilisation musulmane et sa réputation comme foyer d’érudition s’étend à l’ensemble du Maghreb. Durant cette période, la Grande Mosquée de Kairouan est à la fois un lieu de prière et un centre pour l’enseignement des sciences islamiques selon le courant malékite. On peut comparer son rôle à celui de l’Université de Paris durant le Moyen Âge.

En plus des études consacrées à l’approfondissement de la pensée religieuse et à la jurisprudence malékite, la mosquée accueille également des cours en diverses matières profanes telles que les mathématiques, l’astronomie, la médecine et la botanique. La transmission du savoir est assuré par d’illustres savants et théologiens parmi lesquels figurent l’imam Sahnoun et Assad ibn al-Furat, éminents juristes ayant beaucoup contribué à la diffusion de la pensée malékite, Ishaq ibn Imran et Ibn Al Jazzar pour la médecine, Abou Sahl al-Kairouani et Abd al-Monim al-Kindi pour les mathématiques. Ainsi la mosquée, siège d’une prestigieuse université dotée d’une importante bibliothèque comptant un nombre considérable d’ouvrages scientifiques et théologiques, était le pôle culturel et intellectuel le plus remarquable en Afrique du Nord pendant les IX, X et XI siècles.