Elle est utilisée pour les mathématiques pures, à la fois en théorie des groupes, en théorie algébrique des nombres et en théorie analytique des nombres.
En mathématiques appliquées, à travers l'arithmétique modulaire, elle joue un rôle important en théorie de l'information et plus particulièrement en cryptologie.
La fonction indicatrice est aussi appelée fonction phi d'Euler ou simplement la fonction phi, car la lettre φ est communément utilisée pour la désigner.
L'indicatrice d'Euler φ est la fonction de l'ensemble des entiers strictement positifs dans lui-même, qui à n associe le nombre d'entiers positifs inférieurs à n et premiers avec n.
Par exemple, φ(8) = 4 car les quatre nombres 1, 3, 5 et 7 sont premiers avec 8. Par ailleurs φ(1)=1 - c'est le seul nombre qui est égal à son indicatrice d'Euler.
Premières propriétés
Dans ce paragraphe, n désigne un entier strictement positif.
La valeur φ(n) est égale au nombre d'éléments primitifs d'un groupe cyclique d'ordre n.
Un élément primitif désigne un membre du groupe engendrant le groupe entier. Cette propriété est démontrée dans le paragraphe Théorème fondamental de l'article Groupe cyclique.
La valeur φ(n) est égale à l'ordre du groupe des unités de l'anneau Z*/*nZ.
Le groupe des unités désigne l'ensemble des éléments inversibles pour la multiplication de l'anneau. Cette propriété est démontrée dans le paragraphe Groupe des unités de l'article Anneau Z/nZ.
Si u et v sont deux entiers strictement positifs et premiers entre eux, alors φ(u.v)=φ(u).φ(v).
Une telle fonction est dite multiplicative. Cette propriété est une conséquence du théorème des restes chinois. En effet, soit G d'ordre u.v, et Gu et Gv d'ordres respectifs u et v. Le théorème chinois montre que G est isomorphe à GuxGv. Un élément du groupe produit est générateur si et seulement si sa première composante est génératrice du premier groupe et sa deuxième composante est génératrice du deuxième groupe. Le nombre d'éléments générateurs du groupe produit est donc égal à φ(u).φ(v). L'isomorphisme montre que cette valeur est égale au nombre d'éléments générateurs du groupe G, ce qui démontre la formule recherchée.
Calcul
La valeur de l'indicatrice d'Euler s'obtient par l'expression de ndonnée par le théorème fondamental de l'arithmétique :
L'indicatrice d'Euler est une fonction essentielle de l'arithmétique modulaire, elle est à la base de résultats fondamentaux, à la fois en mathématiques pures et appliquées.
Un entier p est premier si et seulement si φ(p) = p - 1.
Cette propriété est une conséquence directe du calcul explicite de l'indicatrice.
La cryptologie utilise largement cette fonction. Le code RSA se fonde sur le théorème d'Euler, indiquant que si n est un entier strictement positif et a un entier premier avec n, alors a ≡ 1 (mod n).
Une autre branche de la théorie de l'information utilise l'indicatrice : la théorie des codes. C'est les cas des codes correcteurs, et particulièrement des codes cycliques. Ce type de code se construit à l'aide de polynôme cyclotomique et le degré du polynôme cyclotomique Φn d'indice n à coefficients dans les entiers est égal à φ(n). Plus précisément, on dispose des égalités suivantes :
Xn−1=d∣n∏Φd(X)etdoncd∣n∑φ(d)=n
La somme et le produit sont étendus à tous les diviseurs positifs d de n.
La formule d'inversion de Möbius permet d'inverser cette somme :
La croissance de φ(n) comme une fonction de n est une question intéressante. La première impression que l'on a pour les petits n est que φ(n) doit être notablement plus petit que n est quelque peu erronée. Asymptotiquement, nous avons
n1−ϵ<φ(n)<n
pour n'importe quel ϵ>0 et n>N(ϵ) . En fait, si nous considérons
nφ(n)
nous pouvons écrire, à partir de la formule précédente, sous forme de produit de facteurs
1−p−1
où les p sont des nombres premiers divisant n. Par conséquent les valeurs de n correspondantes aux valeurs particulièrement petites du rapport sont les n qui sont le produit d'un segment initial de la suite de tous les nombres premiers. À partir du théorème des nombres premiers il peut être montré qu'une constante ε dans la formule précédente peut par conséquent être remplacée par
Clognloglogn .
Les 99 premières valeurs de la fonction φ
Les 100 premières valeurs de la fonction φ
φ(n)
+0
+1
+2
+3
+4
+5
+6
+7
+8
+9
0+
1
1
2
2
4
2
6
4
6
10+
4
10
4
12
6
8
8
16
6
18
20+
8
12
10
22
8
20
12
18
12
28
30+
8
30
16
20
16
24
12
36
18
24
40+
16
40
12
42
20
24
22
46
16
42
50+
20
32
24
52
18
40
24
36
28
58
60+
16
60
30
36
32
48
20
66
32
44
70+
24
70
24
72
36
40
36
60
24
78
80+
32
54
40
82
24
64
42
56
40
88
90+
24
72
44
60
46
72
32
96
42
60
Autres formules impliquant la fonction φ d'Euler
φ(nm)=nm−1φ(n) pour m≥1
d∣n∑φ(d)μ2(d)=φ(n)n
∑(k,n)=11≤k≤nk=21nφ(n) pour n>1
k=1∑nφ(k)=21(1+k=1∑nμ(k)⌊kn⌋2)
k=1∑nkφ(k)=k=1∑nkμ(k)⌊kn⌋
k=1∑nφ(k)k=O(n)
k=1∑nφ(k)1=O(log(n))
Inégalités
Certaines inégalités impliquant la fonction φ(n) sont :
φ(n)>eγloglogn+loglogn3n pour n > 2, où γ est la constante d'Euler,