La tradition de l'existence de l'île, conservée parmi quelques descendants de corsaires fixés à l'île Bourbon, gagna un nouvel intérêt dans la deuxième moitié du XVIII siècle. On distribua à l'île de France des notes et extraits de journaux obscurs, incohérents, contradictoires, mais auxquels des géographes européens donnèrent quelque consistance par leurs commentaires. Ces notes, ajoutées à un mémoire sur l'île Bourbon, fait au bureau général de la Compagnie française des Indes orientales le 11 février 1771, établissent que « l'île de Juan de Lisbonne ne paraît imaginaire qu'aux navigateurs qui ne l'ont point reconnue ». Elles affirment pour preuve qu'un « flibustier y a descendu, il n'y a pas six ans, et tué, lui second, 12 ou 15 bœufs en moins de deux heures ». Elles invoquent enfin le témoignage d'un certain Boynot qui assure « l'avoir reconnue et tournée à la fin de l'année 1707, en retournant de l'île de Bourbon à Pondichéry ». Sa parole ne pourrait être mise en doute car il convient « qu'il est redevable de cette découverte à des flibustiers qui se trouvaient à bord de son vaisseau et ajoute qu'en passant par le sud de Madagascar, il abrégea sa route de beaucoup », bien que ce soit en contradiction avec ce que l'on sait à l'époque sur les vents et les courants dans le canal du Mozambique, que Boynot aurait emprunté. De plus, il dit avoir observé cette île « exactement comme Texeira représente celles dos Romeiros » alors qu'il n'avait pas encore vu la carte de ce Portugais, ni celle de van Keulen, quand on lui parla de l'île de Juan de Lisboa. « Cette circonstance fait croire que ce que le sieur Boynot rapporte est exact, attendu qu'on ne saurait penser qu'il ait voulu en imposer. »
On s'appuie davantage sur la découverte authentique faite par le capitaine Sornin en passant du cap de Bonne-Espérance à l'île de France le 1 mai 1772. Il écrit dans son journal de bord : « Depuis la veille à midi, les vents avaient fait le tour du compas, par grains, pluie, tonnerre et éclairs ; la mer très-grosse, l'air enflammé. » A dix heures du matin, il voit la terre très distinctement dans le nord-ouest. Aussitôt il vire de bord pour aller la reconnaître, s'en assure à onze heures, fait virer vent arrière, court dans l'est, « voyant que ce peut être la pointe du sud de Madagascar » , et relâche le 12 à Rodrigues, où il trouve trois lieues de différence à l'est, et juge que ces terres, suivant son point, « restent dans le S. S. E. du monde de Rodrigue, distantes de 142 lieues ». Comment trouver dans cette rencontre d'un vaisseau battu par la tempête, une confirmation de l'existence de Saint-Jean de Lisbonne ? Le vice-amiral Thévenard, qui paraît y croire, s'appuie du capitaine Donjon, officier en second d'un bâtiment qu'il ne nomme pas, mais qui est vraisemblablement celui du capitaine Sornin. D'après le journal de cet officier, il a vu la terre le 27 avril 1772, à neuf heures et demie du matin, « avec un orage très-violent, pluie très-abondante, éclairs et tonnerre tombant fréquemment », à la distance de dix à douze lieues dans l'ouest par 76° 34' de longitude est, et par 27° 26' de latitude sud, observée à midi. Il ne cessa de voir la terre depuis onze heures jusqu'à la nuit, et arriva le douzième jour à Rodrigues, avec 47 lieues de différence à l'est, ce qui lui fit croire que cette terre existait. Mais dans une lettre particulière adressée à d'Entrecasteaux, avec un extrait de son journal et une vue de la terre, le capitaine Donjon, après avoir sans doute complété ses observations dans le cabinet, réduit à 73° 36' la longitude estimée de sa prétendue découverte, que dès lors il n'hésite plus à désigner sous le nom de Saint-Jean de Lisbonne. Le gouvernement de l'île de France a plusieurs fois ordonné la vérification officielle de ces informations.