Elle est dans les interactions entre But-Environnement-Fonction-Structure à travers des boucles de rétroactions négatives correctrices, atténuatrices des déviances. Images de la configuration générale: https://www.marinersinternational.com/end_of_an_era.html
But
Construire plus de tonnage que celui détruit par les forces nazies pendant la traversée. Il en résulte aussi une recherche opérationnelle.
Environnement
Il se compose de l’environnement d’utilisation et celui de production des installations et technologies disponibles: où avant de construire des navires, il a fallu construire des chantiers de construction et inventer une nouvelle technologie d’ingénierie navale à partir de chaînes de montage en série venant de l’industrie automobile. L’environnement d’utilisation est à la fois l’équipage qui manœuvre l’engin et la formation en convoi défensif où la sécurité réside dans le grand nombre de navires pour la traversée.(comme les bancs de poissons et les troupeaux d’herbivores face au prédateur). Pour protéger les convois, il a fallu concevoir et produire des corvettes plus petites et moins coûteuses que les destroyers et des porte-avions d'escorte pour la couverture aérienne dans un "système" cohérent de matériels faciles à produire rapidement et de faible coût, en toute cohésion des composantes. Ces corvettes étaient une spécialité canadienne, comme la HMCS "Blueberry".
Ces porte-avions d'escorte étaient principalement des cargos et des pétroliers convertis à la hâte avec l'ajout d'un pont d'envol-appontage et un château de navigation déporté sur le côté pour libérer l'espace du pont. Des ascenseurs donnaient un accès direct aux cales et soutes pour l'entreposage et l'entretien-réparation de l'aviation embarquée. Ces conversions étaient la solution la plus simple, la plus rapide et la moins onéreuse à un problème urgent posé à l'ingénierie systémique où l'élégance de l'opération est dans la simplicité du rapport coût-performance.
Pour compléter le tableau, il a fallu un dragueur de mines à coque en bois pour ne pas faire exploser les mines magnétiques sur le chemin du convoi organisé comme un système autour du Liberty ship. Le plus célèbre de ces dragueurs de mines sera, plus tard, le Calypso du Commandant Cousteau.
Les marines marchandes (Merchant Marine) alliées ont payé un lourd tribut, souvent méconnu, dans ces convois.
Fonction
Elle consiste à transporter la plus grande variété de cargaisons possibles: des locomotives et chars d’assaut aux avions et aux camions. La vitesse de 11 nœuds est moins importante que la polyvalence, la régularité et la fiabilité. Cette variété de cargaisons allait de la configuration en pétrolier à celle de transport de troupes avec un minimum d'aménagements de détail.
Structure
Elle est la plus simple, la plus éprouvée et la plus évolutive possible à partir des contraintes du but, de l’environnement et de la fonction. La structure se compose de 3 groupes d’éléments: coque, propulsion et navigation.
- La coque se compose d’une partie centrale à laquelle s’ajoutent la proue (l’avant) et la poupe (l’arrière). Ainsi, l’évolution peut s’effectuer juste en allongeant simplement la partie centrale d’une ou de plusieurs sections, sans autre modification. Les premières coques ont eu des défauts de jeunesse dans l'ignorance des problèmes structuraux de fracture et dans les mauvaises soudures par des bulles d'air. "L'imperfection pousse au progrès" (Flaminio Bertoni) et les premiers scanners radiographiques ont été inventés pour détecter ces bulles d'air, la détection au son des coups de marteau s'avérant insuffisante.
- La propulsion est assurée par une machine à vapeur simple utilisant le mazout. Fiable et robuste, accouplée à une seule hélice.
- La navigation est assurée d'un “château” placé au milieu ou aux 3/4 arrière pour donner accès au chargement de 3 cales avants et d'une ou deux cale(s) arrière(s). Pour éviter la dépendance vis-à-vis des installations portuaires, ils sont gréés de leur propres apparaux de levage (mâts de chargement-déchargement).
Le résultat est une “réponse appropriée” aux contraintes du but, de l’environnement, de la fonction et de la structure.
À la construction de l’objet correspond la formation du personnel pour la construction et pour l’utilisation de l’objet, ainsi que pour son entretien et ses réparations. L'équipage d’un tel navire se compose de 45 marins et de 35 artilleurs pour la défense.
Il s’ensuit une construction modulaire en série par soudure (au lieu du rivetage classique des panneaux, à la pièce en cale sèche). Les modules sont construits par une constellation d’ateliers périphériques et transportés au chantier de construction pour l’assemblage final en série. La construction des modules suit le même processus à partir des sous-modules et ainsi de suite, de système en sous-système, jusqu’au sous-sous-système.
À cette production en série du matériel est conjointe une formation professionnelle en série des équipages. De 6 mois elle est ramenée à 6 semaines. Cette réduction du temps de formation s’est effectuée par les techniques systémiques de l' “enseignement par objectifs” et de l' “enseignement programmé” (explicités en psychopédagogie) d’une “technologie éducative” (Educational Technology) naissante dans les années 40 et arrivée à maturité dans les années 60 auprès des pays anglophones principalement.
Le renversement est le passage de l’enseignement par contenus à l’enseignement par objectifs. La perspective systémique est celle de commencer par la fin, c’est-à-dire par l’objectif qui est l’énoncé des compétences à acquérir par l’apprenant. À partir de la définition de l’objectif est configuré ou structuré l’ensemble des méthodes, moyens et voies pour atteindre cet objectif dont la dimension temporelle est le délai.
Cette ingénierie systémique se rapporte également à la production de l’engin et à la formation du personnel pour produire et pour utiliser cet engin. Cette ingénierie systémique (systems engineering) est parfois connue sous le nom de Ingénierie des systèmes en traduction littérale, comme "politiquement correct" (politically correct) au lieu de "rectitude politique".
Cette ingénierie systémique du complexe militaro-industriel des années 40 s'est développée et généralisée en une approche écosystémique qui est une méthodologie à large spectre d'applications dans les sciences et techniques.
Cette ingénierie systémique est un nœud d'enchevêtrements d'entrelacements (cum-plexus) d'ingénierie des processus physiques de la matière in-formée ou mise en forme avec l'énergie collatérale, d'ingénierie des processus psychiques de la pensée et de l'apprentissage et d'ingénierie des processus sociaux des relations sociales. L'ingénierie systémique est, alors, la résultante de ces 3 formes d'ingénierie.
L'ingénierie sociale des années 40 est devenue l'administration publique dans la langue commune d'aujourd'hui. Gregory Bateson et Margaret Mead en parlaient à propos du changement social et la Cité-État de Singapour s'en sert pour la stabilité sociale dans un équilibre précaire entre les communautés chinoise, indienne et malaise qui la constituent.
Cette ingénierie sociale, sur le front domestique (home front), est dans l’entrée massive dans les chantiers de construction des femmes et des Afro-Américains qui, de minorités invisibles, sont devenues une majorité visible, avec des hommes valides sur la ligne de front. Une femme a dit travailler pour faire revenir son homme plus vite et un Afro-Américain pour faire comme tout le monde et au même titre, à un moment où la ségrégation raciale et sexuelle était de rigueur. C'était un changement social de très grande ampleur. Cette ségrégation devient pleinement intelligible avec l'idéologie anglaise des vies égales et séparées, comme les clubs pour "gentlemen" et d'autres pour "ladies" et les "régiments de comté" d'antan et comme le "communautarisme" de la diversité culturelle d'aujourd'hui, en contraste au Jacobinisme centralisateur français de l'homogénéité. La tradition jacobine du monolinguisme contre les autres langues remonte au discours de Barère au Comité de Salut Public.