Selon Patrick Blandin : « Maxime Lamotte fut, très jeune, un voyageur naturaliste, découvreur d’espèces à la biologie parfois étonnante dans la savane d’altitude du mont Nimba, en Guinée. Il fut un pionnier de la génétique des populations, avec une thèse sur les populations naturelles de l’escargot des bois Cepaea nemoralis. Il donna une impulsion définitive à une écologie française balbutiante. L’étude de la savane de Lamto, en Côte d’Ivoire, fut l’un des grands projets internationaux d’analyse de la structure et du fonctionnement d’écosystèmes terrestres. »
Thèse sur la génétique des populations : Cepaea nemoralis
En 1950, Maxime Lamotte soutient sa thèse d’État sur la structure génétique des populations naturelles de Cepaea nemoralis afin de démontrer en milieu naturel l’influence de la sélection naturelle et des mutations dans une population animale. Comme l’écrit Michel Veuille : « La thèse de Maxime Lamotte fit date dans l’histoire de la génétique évolutive du XX siècle. Le premier, il fit le recensement systématique de fréquences alléliques dans de nombreuses populations, pour vérifier les modèles théoriques de l’évolution darwinienne dus à Sewall Wright. Son étude sera aussi la première d’une très longue série, encore très prolifique, de travaux de génétique écologique visant à comprendre l’histoire récente des espèces d’après les profils de distribution géographique de la variation. »
Géographie et géologie
La découverte du mont Nimba, l’impression de puissance que produit ce relief dominant la pénéplaine de plus de 1000 mètres, a profondément marqué Maxime Lamotte dès son arrivée en Guinée en 1942. En plus de ses travaux de cartographie qui serviront de référence aux recherches ultérieures, Maxime Lamotte étend sa prospection à la chaîne du Simandou dont les formations géologiques se présentent comme une série monoclinale redressée. L’étude comparative réalisée a permis de mettre en évidence la coexistence de trois types de modelé dans les chaînes quartzitiques du Nimba et du Simandou :
- un modelé pseudo-tempéré en altitude, caractérisé par des formes agressives et par l’érosion mécanique,
- un modelé de type tropical sec caractérisé par des paysages tabulaires cuirassés d’où surgissent les montagnes, soumis à une érosion brutale par dislocation et éboulements,
- un modelé de type tropical humide, domaine de l’altération chimique, caractérisé par l’ennoyage des formes sous leurs propres produits.
Ses recherches géographiques concernent également les phénomènes de cuirassement, présentant les résultats de 20 années de prospections en Afrique Occidentale, et les cycles d’érosion. Dès 1949, en collaboration avec J-Ch. Leclerc et J. Richard-Molard, il identifie en effet 4 cycles d’érosion auxquels correspondent 4 niveaux de 500 mètres à 1600 mètres. Une généralisation à l’Afrique Occidentale des recherches effectuées avec G. Rougerie au mont Nimba et au Simandou lui permettra par la suite de proposer une datation de ces niveaux d’aplanissement.
- Le niveau 1600 correspondrait à la surface de Gondwana datée du Jurassique,
- le niveau 1300 correspondrait à la surface post-Gondwana datée du Crétacé,
- le niveau 800 serait la Grande Surface Africaine datée de l’Eocène inférieur,
- le niveau 500, correspondant à la surface de piedmont dans le massif du mont Nimba, daterait du Pliocène.
La signature de Maxime Lamotte apparaît enfin dans un important ouvrage collectif consacré à la chaîne du mont Nimba, aux côtés des trois géographes qui par leurs recherches conceptuelles vont renouveler l’image de l’Afrique, et se présente comme la meilleure illustration de l’ouverture de sa pensée scientifique.
Récolte de la faune du Nimba. Mission 1941-1942
Une des principales espèces nouvelles découvertes par Maxime Lamotte est le crapaud vivipare nectophrynoides occidentalis unique au monde. Celle-ci a été à l’origine d’une quinzaine de thèses. Les travaux initiés en Guinée vont conduire Maxime Lamotte à développer des recherches en écologie bien davantage qu’en biologie évolutive. Ses publications issues des missions portent de fait sur le cycle saisonnier d’une savane à hautes herbes (1947a), sur la comparaison bionomique de quelques milieux herbacés (1947b), sur le cycle écologique de la savane d’altitude du Mont Nimba (1958), sur les traits principaux de son peuplement animal (1962) et sur sa description quantitative (Lamotte et al., 1962).
Création de la station de Lamto, Côte d’Ivoire : 1962
Maxime Lamotte a créé la station de Lamto, station de recherche en écologie, afin d’approfondir ses études initiées au Nimba sur les biocénoses et le fonctionnement des écosystèmes de la savane.
Bionomie quantitative
En 1946, Maxime Lamotte présente dans un article sa démarche méthodologique utilisant des indications numériques pour décrire les types de végétation, méthode inspirée aussi des méthodes de quantification des faunes aquatiques. Il en explique l’intérêt, dont il montre qu’il est triple :
- Les méthodes quantitatives permettent tout d’abord de faire des inventaires faunistiques exacts, aboutissant à des descriptions précises et ordonnées.
- Elles permettent ensuite de faire des comparaisons fines entre milieux peu différents, ou d’une saison à l’autre dans un même milieu, ce qui en fait « un instrument de choix pour les recherches écologiques », notamment pour la caractérisation des exigences biologiques des espèces.
- Enfin, aux yeux de Maxime Lamotte, cette démarche comparative s’annonce particulièrement féconde pour l’étude des modifications temporelles des peuplements animaux, en particulier celles qui sont liées aux interventions humaines, qui déstabilisent les « ensembles faunistiques primaires ».
Écologie et évolution
Par sa thèse, soutenue en 1951, Maxime Lamotte s’était positionné comme l’un des pionniers français des recherches modernes sur les mécanismes de l’évolution. Par ses travaux, il aboutira à une synthèse entre écologie et évolution.