Philippe Corcuff

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Introduction

Philippe Corcuff
Naissance15 avril 1960

Oran (Algérie)
NationalitéFrance France
Profession(s)sociologue

Philippe Corcuff, né à Oran (Algérie) le 15 avril 1960, est un intellectuel français. Il est maître de conférences de science politique à l'IEP de Lyon depuis octobre 1992. Il participe aux mouvements sociaux, à l'altermondialisme et à la gauche radicale.

Formation universitaire

Il est docteur en sociologie de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Sa thèse, préparée sous la direction de l'anthropologue Gérard Althabe et intitulée Constructions du mouvement ouvrier : activités cognitives, pratiques unificatrices et conflits dans un syndicat de cheminots, a été soutenue en décembre 1991.

Sociologie et épistémologie

Sur le plan sociologique, il a commencé par étudier, avec une approche socio-ethnographique dans le cadre de sa thèse, la construction des groupes sociaux (au travers du syndicalisme cheminot et plus largement du mouvement ouvrier).

Ensuite, il s'est efforcé de proposer une lecture différente, mais contestée par certains, de la sociologie de Bourdieu, mettant l'accent sur son affinement "post-marxiste" de la critique sociale, tout en s'efforçant aussi de pointer certaines contradictions et certaines limites.

Il a alors participé à la sociologie pragmatique, ou sociologie des régimes d'action, développée par Luc Boltanski et Laurent Thévenot. Au sein de ce paradigme, il a contribué à formaliser deux régimes d'action : 1) le régime d'interpellation éthique dans le face à face (ou régime de compassion, modélisé à partir de l'éthique du visage d'Emmanuel Levinas), et 2) le régime machiavélien (ou tactique-stratégique, modélisé à partir du Prince de Machiavel). Dans le cadre de cette sociologie pragmatique, il a aussi été amené à nouer un dialogue avec la philosophie de Maurice Merleau-Ponty. Aujourd'hui, il travaille à une sociologie de l'individualisme contemporain et de l'individualité, passant par une relecture de penseurs classiques tels que Marx, Stirner, Durkheim et Simmel comme par la discussion des sociologies actuelles. Dans ce cadre, il a forgé la notion de contradiction capital/individualité, par analogie avec la notion marxiste de contradiction capital/travail, pour analyser le néocapitalisme.

L'épistémologie des sciences sociales a aussi constitué un de ses terrains de recherche, et cela sur plusieurs plans plus ou moins associés : les rapports connaissance savant/connaissance ordinaire, les rapports jugements de valeurs/jugements de faits couplés aux rapports engagement/distanciation, le thème de "la rupture épistémologique", le renouveau d'une posture critique en sociologie intégrant les apports pragmatiques, les rapports micro/macro, le statut du dialogue "transfrontalier" entre registres culturels autonomes (entre sociologie et philosophie, mais aussi avec le registre littéraire, cinématographique, de la chanson, etc.), ou la façon de répondre aux risques relativistes portés par "le post-modernisme". Dans cette perspective, l'épistémologie du pluralisme théorique et de la conceptualisation analogique avancée depuis le début des années 1980 par Jean-Claude Passeron a constitué un référent important. La critique du "substantialisme" proposée par Ludwig Wittgenstein se présente également comme un fil transversal à ces recherches.

Philosophie et philosophie politique

Principalement sociologue, il a aussi effectué des incursions dans le champ de la philosophie. Il a ainsi avancé, dans son ouvrage La Société de verre publié en 2002, les concepts de « transcendances relatives » et de « lumières tamisées », qui visent à déplacer l'opposition entre pensées de l'absolu et pensées relativistes. Dans cette perspective, il a notamment emprunté des ressources à « la seconde philosophie de Ludwig Wittgenstein » pour tenter de clarifier ce qu'il considère comme des confusions propres à la pensée politique dite « post-moderne » (en particulier chez Jean Baudrillard).

Mais c'est le domaine particulier de la philosophie politique, qu'il enseigne à l'IEP de Lyon, sur lequel il est le plus intervenu dans le champ de la philosophie. Il a ainsi proposé dans son manuel universitaire, Les Grands Penseurs de la politique – Trajets critiques en philosophie politique (Paris, Armand Colin, 2005), une lecture critique des auteurs de cette tradition. Il a également mené des investigations sur deux ordres de questions : sur les apports du couple Machiavel/Maurice Merleau-Ponty à une pensée de l'inquiétude éthique en politique d'une part et sur la tension philosophie morale/philosophie politique chez Emmanuel Levinas d'autre part. Ces ressources levinassiennes contribuent à alimenter chez lui, en lien avec ses engagements altermondialistes, une hypothèse en philosophie politique : « la social-démocratie libertaire ».

Engagements

Son parcours politique est le suivant : Jeunes Socialistes (1976), Parti socialiste (1977-1992), Mouvement des citoyens (1993-1994), Les Verts (1994-1997), LCR (1999-2009), puis NPA (depuis son congrès de fondation en février 2009). Il est syndiqué au syndicat SUD Éducation (depuis 1996).

Il a été fondateur et président du Club de réflexions sociales et politiques Maurice Merleau-Ponty depuis sa création (février 1995) jusqu'à 1997, club qui a cessé ses activités durant l'année 1998.

Se revendiquant comme Altermondialiste, il est membre du conseil scientifique d'Attac France depuis décembre 2002. En tant qu'altermondialiste, il a avancé une critique du couple "Empire"/"Multitude" défendu par deux autres intellectuels altermondialistes, Antonio Negri et Michael Hardt, dans leur ouvrage Empire (2002). Cette critique prend sens dans une réflexion faisant de l'altermondialisme le creuset potentiel d'une nouvelle politique d'émancipation au XXI siècle. La portée subversive et libertaire du langage néo-zapatiste du sous-commandant Marcos constituerait une de ces potentialités.

Pour Philippe Corcuff, l'écologie politique a toute sa place dans l'élaboration de ce nouveau projet émancipateur. L'intégration de questionnements écologistes a alors pris la forme chez lui de discussions critiques avec une série d'auteurs et de courants, comme l'éthique de la responsabilité écologiste du philosophe Hans Jonas, la philosophie politique de la nature du sociologue Bruno Latour, la sociologie du risque d'Ulrich Beck, les analyses du Vert Alain Lipietz sur le « nouveau paradigme écologiste » ou les thèses sur la décroissance. Il participe dans cette perspective, en tant que membre du NPA, aux débats avec les militants de la décroissance sur les rapports anticapitalisme/antiproductivisme.

C'est également dans ce cadre altermondialiste qu'il a contribué à esquisser un projet politique alternatif au capitalisme nommé « social-démocratie libertaire ». Il co-anime un réseau appelé « Sensibilité Écologiste Libertaire et radicalement Sociale-démocrate » (SELS) depuis décembre 1997. Il a rejoint, avec la majorité des animateurs de SELS, la LCR en 1999. C'est à partir de ses réflexions "sociales-démocrates libertaires" qu'il a contribué au débat au sein de la LCR puis du NPA .

Le champ de "la social-démocratie libertaire" est aussi alimenté par une réflexion sur la tradition anarchiste. Pierre-Joseph Proudhon est un auteur particulièrement sollicité .

Il a eu d'autres engagements publics. En janvier 1998, il a participé au Mouvement des chômeurs à Lyon et à ses occupations de bâtiments publics. Lors des printemps 1998 et 1999, il s'est impliqué dans la solidarité avec les grévistes de la faim contre « la double peine » à Lyon . En octobre 2002, il a effectué un jeûne symbolique de trois jours avec Sadri Khiari (opposant démocrate et militant altermondialiste tunisien) à Tunis contre la répression menée par le régime dictatorial de Ben Ali en général et les entraves à la liberté de circulation de Sadri Khiari en particulier; il a lors été arrêté et expulsé de Tunisie. Il a, par ailleurs, mené une grève de la faim en solidarité avec le conseiller principal d'éducation Roland Veuillet à Lyon entre le 31 janvier et le 7 février 2007.

Philippe Corcuff est aussi signataire de l'Appel des indigènes de la République de janvier 2005. Par ailleurs, au sein du mouvement antiraciste, il a tenté de défendre la nécessité d'une double lutte face à la montée de l'islamophobie et de la judéophobie.

Interventions culturelles

D'avril 2001 à décembre 2004, il a collaboré à l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, qu'il a quitté à la suite de divergences avec son rédacteur en chef Philippe Val.

Il est aussi un des fondateurs de l'Université populaire de Lyon, née en janvier 2005, ainsi que de l'Université populaire de Nîmes, inaugurée en décembre 2008, dans le sillage de l'Université populaire de Caen animée par le philosophe Michel Onfray. À partir de sa pratique pédagogique au sein des universités populaires de Lyon et de Nîmes et de sa participation au réseau des universités populaires alternatives, il a amorcé des réflexions sur l'éducation populaire, ainsi que sur les tensions entre l'universitaire et le populaire.

Il participe à la revue ContreTemps, créée en mai 2001 par le philosophe marxiste Daniel Bensaïd (lui aussi membre de la LCR). Depuis septembre 2005, il réalise une chronique intitulée « Phil noir », en collaboration avec le dessinateur Charb, sur le site alternatif Le zèbre, en y traitant de l'actualité à partir d'un court extrait de roman noir.

Il se sert aussi de la chanson comme matériau pour ses réflexions sociologiques et philosophiques. C'est le cas en particulier des textes d'Eddy Mitchell, comme de ceux de la rappeuse marseillaise et altermondialiste Keny Arkana.

Enfin il a été co-scénariste avec la réalisatrice Dominique Cabrera de Nadia et les hippopotames, film de fiction se déroulant lors des grèves de décembre 1995 à la SNCF. Produit dans le cadre de la collection « Gauche/Droite » de Arte, il a été diffusé à la télévision le 4 mars 2000 (version courte d'une heure sous le titre Retiens la nuit) et il est sorti dans les salles de cinéma le 22 mars 2000 (version longue d'une heure quarante). Ce film a été retenu dans la sélection officielle du 52e Festival International du Film de Cannes (12-23 mai 1999), dans la catégorie « Un certain regard »

Controverses et critiques

Une certaine composante du mouvement altermondialiste aurait, selon Philippe Corcuff, des tendances « conspirationnistes » : Noam Chomsky, Serge Halimi ou l'ex-journal de critique des médias PLPL. Ses analyses et positions ont été mises en cause au sein d’Acrimed, en particulier par le sociologue Patrick Champagne et le politiste Gilbert Achcar.

D'autre part, partant des positions de Philippe Corcuff sur la critique des médias, mais en l’élargissant à une interrogation sur le statut de la critique en général, le philosophe Harold Bernart-Winter a, sur son blog « Critique, et critique de la critique », mis en cause certaines de ses analyses.

Wilfried Lignier a, dans la revue Mouvements, publié un compte rendu très critique de son ouvrage La Société de verre (2002) en affirmant notamment : « Sur le fond, il semble que l’absence d’ancrage disciplinaire autorise ou justifie l’absence de rigueur. Comme souvent ailleurs, la double casquette philosophe et sociologue fonctionne comme un instrument de contournement des exigences respectives de la pratique philosophique (le langage conceptuel est plus qu’incertain – la dernière page lue, on ne sait pas plus précisément ce qu’est le produit d’appel, l’"éthique de la fragilité"), et de la pratique sociologique (le discours se fait au niveau de "la société", quand bien même Corcuff lui-même reproche à d’autres (Giddens) l’absence de références aux classes sociales). »

Publications

Ouvrages

  • 1995, Les Nouvelles sociologies, Paris, Nathan (collection "Sociologie"), 126 p. ISBN 2-09-190748-0

  • 1997, Traduction portugaise,Queluz Codex, Sintra-VRAL (colecçao "Heterodoxias"). - 1998, Traduction espagnole, Madrid, Alianza Editorial (coleccion "Materiales/Ciencias Sociales"). - 2000, Les Nouvelles sociologies : entre le collectif et l'individuel, Paris, Armand Colin (collection "128 Sociologie"), 126 p., ISBN : 2-200-34074-5 (nouvelle édition de 1995, Nathan). - 2001, Traduction en langue chinoise, Pékin, China Social Sciences Documentation Publication House. - 2001, Traduction en langue portugaise pour le Brésil, Bauru-SP, Editora Da Universidade Do Sagrado Coraçao (EDUSC) (coleçao "Humus"). - 2002, Traduction en langue russe, Moscou, Éditions du Centre de Recherche Sociologique Franco-Russe. - 2005, Traduction en langue roumaine, Iaşi, Institutul European, traduction et postface du professeur Ion I. Ionescu. - 2007, Les Nouvelles sociologies : entre le collectif et l'individuel, Paris, Armand Colin (collection "128 Sociologie, anthropologie"), 126 p. ISBN 2-200-34484-8 (2e édition refondue de 2004, Armand Colin).

  • 2000, Philosophie politique, Paris, Nathan (collection "128 Science politique"), 127 p. ISBN 2-09-191014-7

  • 2003, Traduction en langue portugaise pour le Portugal et le Brésil, Mem Martins, Publicaçoes Europa-America, colecçao "Saber", . - 2005 Les Grands Penseurs de la politique – Trajets critiques en philosophie politique, Paris, Armand Colin (collection "128 Sciences politiques, direction François de Singly), 127 p. ISBN 2-200-34283-7, 2 édition refondue de Philosophie politique" - 2008, Traduction en langue espagnole, Madrid, Alianza Editorial (colección "Ciencia política") - 2008, Traduction en langue turque, İstanbul, Versus Kitap, seri "Düşünce".

  • 2002, La Société de verre : pour une éthique de la fragilité, Paris, Armand Colin (collection "Individu et société"), 269 p. ISBN 2-200-26436-4

  • 2003, Bourdieu autrement : fragilités d’un sociologue de combat, Paris, Textuel (collection "La Discorde"), 143 p. ISBN 2-84597-074-9

  • 2003, La Question individualiste : Stirner, Marx, Durkheim, Proudhon. Nouvelle visite guidée des classiques politiques, Latresne, Éditions Le Bord de l’Eau (Collection "Jaune & Noir. Politique"), 91 p. ISBN 2-911803-61-2

Ouvrages en collaboration

  • 2005, avec Jacques Ion et François de Singly, Politiques de l’individualisme : entre sociologie et philosophie, Paris, Textuel (collection "La Discorde"), 183 p. ISBN 2-84597-152-4

Editeur

  • 1986, avec Alain Accardo, La Sociologie de Bourdieu : textes choisis et commentés, Bordeaux, Éditions Le Mascaret, 247 p. ISBN 2-904506-24-1 (Autres tirages : 1989, 1992)
  • 2004, Pierre Bourdieu : les champs de la critique (Actes du colloque, 28 février et 1er mars 2003), Paris, Bibliothèque Publique d’Information/Centre Pompidou (collection "BPI en actes"), 284 p. ISBN 978-2-84246-080-8
  • 2006, avec Alain Maillard, Les Socialismes français à l'épreuve du pouvoir (1830-1947) : pour une critique mélancolique de la gauche, Paris, Textuel (collection "La Discorde"), 207 p. ISBN 2-84597-181-8

Articles scientifiques et chapitres d'ouvrages scientifiques (indicatif)

  • 2005-07-12, "Figures de l’individualité, de Marx aux sociologies contemporaines", [5] EspacesTemps.net,Textuel (en ligne - accès libre). Republication en espagnol, 2009, "Figuras de la individualidad: de Marx a las sociologías contemporáneas" Revista Cultura y representaciones sociales, Año 4, número 7, 1 de septiembre de 2009 (CorcuffIndividualidad en ligne Open Access).
  • 2005, "Le pari démocratique à l’épreuve de l’individualisme contemporain", Revue du MAUSS n°25, p. 65-77 ([6] en ligne sur CAIRN).
  • 2008, "Pour une refondation non-fondationnelle de la démocratie : l’hypothèse des «transcendances relatives»", La rénovation de l'héritage démocratique. Entre fondation et refondation, dans Anne Trépanier (ed.), Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa/University of Ottawa Press, collection "Philosophica", p. 160-176. ISBN 978-2-7603-0690-5

Postfaces, préfaces

  • 2008, ""Quelques défis épistémologiques pour la sociologie du XXIe siècle. Postface", Épistémologie de la sociologie : paradigmes pour le XXIe siècle, Marc Jacquemain et Bruno Frère (sous la direction de), Bruxelles, De Boeck (Collection Ouvertures sociologiques).

Ouvrages et chroniques politiques