Antiquité gréco-latine
La pivoine herbacée était connue des Grecs depuis les temps les plus anciens comme plante médicinale. Hippocrate (460-370 av. J.C.) la prescrivait comme remède pour bon nombre de maux de femmes :
Le médecin grec du premier siècle, Dioscoride, distinguait la pivoine mâle (paionia arren) de la pivoine femelle (paionia theleia).
La pivoine était aussi une plante magique, dont la cueillette était entourée de pratiques rituelles, déconcertantes pour l'homme moderne. Ainsi Théophraste écrivit :
La médecine grecque a été influencée par différents courants, certains cherchant des causes naturelles aux phénomènes, tout en excluant toute intervention divine, d'autres au contraire, soutenant qu'il existe des relations multiples entre les êtres, et que les plantes sont des êtres animés, doués d'une âme, car elles sont étroitement soumises à l'action de divinités.
La prescription de "l'arracher la nuit, parce que, si le pivert s'en aperçoit, il attaque les yeux pour la défendre" comme l'écrivit également Pline (H.N. livre XXV, 29), témoigne simplement de l'alliance entre deux êtres animés, la pivoine et le pivert.
Les astrologues grecs affirmaient qu'il existait une parfaite unité du cosmos, se traduisant par une interdépendance entre les éléments qui le composent. Ils décrivaient ainsi des "chaînes" verticales, reliant entre eux divinités, astres, pierres, animaux, plantes, parties du corps.
La plupart des textes astrologiques de l'Antiquité reliait la pivoine à la Lune : la pivoine croissait et diminuait selon les phases lunaires. Elle avait la vertu de soigner les fièvres cycliques, les éruptions cutanées, et de hâter la cicatrisation des plaies.
Antiquité chinoise
Actuellement, les Chinois désignent les pivoines herbacées de Chine (Paeonia lactiflora ) par le terme de 芍药 sháoyào, et les pivoines arbustives (Paeonia suffruticosa) par 牡丹 mǔdān.
La première mention du terme 芍药 sháoyào se trouve dans le Shijing, le Livre des Odes, composé du XI au V siècle avant notre ère. Il fut longtemps utilisé comme un générique de pivoine, aussi bien herbacée qu'arbustive.
Le terme de 牡丹 mǔdān apparut pour la première fois dans un texte interpolé, à l’époque des Han (-206, +220), le Ji Ni Zi 計倪子. Ce n’est qu’à l’époque des Sui (581-618) que le terme de 芍药 sháoyào a été lié à la pivoine herbacée, et celui de 牡丹 mǔdān à la pivoine arbustive.
La pivoine arbustive (牡丹 mǔdān, Paeonia suffruticosa) est surtout appréciée comme ornementale, alors que la pivoine herbacée (芍药 sháoyào, Paeonia lactiflora) est préférée pour un usage médicinal. Sa racine, pelée puis découpée en tranches, est connue en tant que substance médicale sous le nom de Radix Paeonia Alba 白芍药 pinyin : báisháoyào. Ses fonctions traditionnelles sont :
La pivoine mudan a été renseignée comme plante médicinale dans le premier traité de materia medica chinois le Shén nóng běn cǎo jīng, 神农本草经, compilé au début de notre ère. Le texte ne décrit pas les plantes, mais donne des indications :