John McTiernan livre un film fortement influencé par le cinéma européen et la forme filmique de John Milius sur Conan le barbare (violence graphique, fragilité du héros musculeux et invincible)
La mise sous tension du spectateur dans ce film est liée au fait de montrer un ennemi rôdant, invisible. Ce pari est réussi par Mac Tiernan grâce à ses mouvements de caméra fluides et son refus du découpage téléfilmique en vogue à l'époque (plan large + champ + contre-champ pour les dialogues et une action faite étape par étape en une suite de gros plans)
A ce sujet, le début de l'attaque du camp retranché est réalisé par Craig R. Baxley (le second unit director du film), qui venait de finir la série TV Agence tous risques et a irrité McTiernan pour son incapacité à se sortir du moule téléfilmique, le conduisant à supplier Joel Silver de prolonger la scène pour qu'il puisse y mettre ses propres mouvements de caméra.
Côté philosophie, sous des airs de série B décérébrée, Predator est une illustration quasi-nihiliste de la fameuse phrase de Nietzsche : " Celui qui combat les monstres doit prendre garde de ne pas devenir monstre lui-même. " Au début, Dutch et son équipe ne jurent que par leur supériorité en équipement et en entrainement (leur efficacité est d'ailleurs démontrée : ils sont décrits comme les meilleurs et le prouvent bien en anéantissant un camp de mercenaires à 7 contre 100) Ensuite, ils sont attaqués par le Predator, qui use lui aussi d'une technologie qui les dépasse, première indication qu'il n'est qu'un reflet d'eux-mêmes... Face au monstre qu'ils combattent, l'équipement qu'ils ont à disposition est inutile : d'où la mythique scène dans laquelle vingt hectares de forêt sont réduits en poussière par leurs tirs (John Mac Tiernan dira, dans le commentaire vidéo du film en DVD, qu'il voulait, par cette scène, montrer l'absurdité des armes), pensant tuer l'homme qui a assassiné les personnages joués par Jesse Ventura et Shane Black. Sur le papier, cette scène est une scène musclée d'action, mais en pratique, ce déploiement de violence ne tue pas leur ennemi. Ainsi, Dutch sera dénudé dans la douleur de tous ses attributs de mâle viril, archétypal du cinéma d'action des films produits par Joel Silver : réduit à ne plus utiliser que des armes préhistoriques (arc, lances, camouflage en boue), Dutch va affronter un monstre de manière bestiale en en devenant un lui-même. Cet affrontement, considéré comme l'un des plus brutaux du cinéma d'action américain satisfera les fans du genre, et les amateurs de cette thématique (retour à l'état de bête humaine). Dans le plus pur esprit des Yautja, le prédator va respecter son ennemi, le reconnaître comme son égal, et se débarasser aussi de sa technologie (camouflage optique, canon d'épaule), renforçant encore cette réflexion sur la bestialité.
Ces éléments font de Predator un monument du cinéma hollywoodien, en ce sens qu'il fut l'un des premiers à allier l'action musclée à une réflexion profonde, donnant lieu à d'autres films du même genre.