Sa construction
À partir de 1864, les offices religieux se tiennent successivement dans un petit oratoire situé dans l'ancien hôtel des Faucons, puis dans une salle du musée Rosgarten et à partir de 1873 dans une salle du rez-de-chaussée du théâtre accessible par la ruelle du Lycée.
À partir de 1872 la communauté cherche à construire une synagogue. En 1873, elle achète à l'hôpital communal un terrain situé 19 rue Sigismund. Grâce à de nombreux dons et à l'aide d'un crédit très important remboursable en 40 ans, les travaux peuvent commencer.
La synagogue est construite selon les plans du Dr Holtzmann, architecte en chef de la ville de Constance. Le 7 septembre 1883 a lieu la pose de la dernière pierre, et le 28 septembre 1883, la synagogue est inaugurée lors d'une grande fête à laquelle assistent de nombreux représentants de l'État et de la municipalité, ainsi que les responsables des communautés juives voisines. Au cours de cette fête, les Tables de la Loi sont scellées au-dessus de l'Arche sainte. Les chants liturgiques sont interprétés par le nouveau chantre Alessandro Geismar.
Description
L'historien et écrivain Dr. Erich Bloch, auteur de L'Histoire des Juifs de Constance au XIX et XX siècle décrit ainsi la synagogue :
"La synagogue est dans son ensemble de style roman avec quelques éléments de style Renaissance. Le portail principal est flanqué de part et d'autre de deux constructions moins hautes en forme de tour avec dôme.
La synagogue se trouve en retrait par rapport à la rue, protégée par une grille en fer forgé. Elle est entourée sur les côtés et derrière d'un parterre de gazon, avec buissons et arbres. On pénètre dans la synagogue par trois portes.
À l'intérieur, la grande salle se présente sous la forme d'une nef avec de chaque côté un bas-côté. En face de l'entrée se trouve la chaire de prière et d'homélie à trois niveaux, et dans l'abside l'Arche sainte et au-dessus du chœur, un orgue.
À l'étage, la galerie pour les femmes cerne la synagogue sur les deux côtés et au-dessus de l'entrée.
L'architecte Holzman fait fabriquer les décorations intérieures par l'artiste-peintre Brasch de Karlsruhe. Les fenêtres sont décorées de peintures ornementales sur verre qui laissent passer une lumière atténuée donnant à l'espace une atmosphère de recueillement. La synagogue forme un pendant artistique à l'église augustinienne voisine".
Comme l'indique en 1893 la revue juive Allgemeinen Zeitung des Judentums, les offices sont célébrés à Constance selon le rite de Mannheim :
"Les offices sont simples mais cependant solennels et donnent un exemple magnifique de ce que l'on peut obtenir avec de faibles moyens. L'officiant, Mr Geismar est un prédicateur honnête et sérieux. Le chœur mixte chante beaucoup. L'ordre et le calme dans la synagogue sont exemplaires ".
En 1931, la communauté procède à une modernisation complète de la synagogue et à l'installation d'un nouvel orgue.
L'incendie de 1936
Dans l'après midi du 1 novembre 1936, un incendie criminel endommage sérieusement la synagogue. L'Arche sainte, l'orgue et quatre bancs-coffres où étaient conservés des châles de prière et des livres sacrés sont détruits avant l'arrivée des pompiers. Le crépi des cloisons et de nombreux bancs sont détériorés. Six des sept rouleaux de Torah déposés dans l'Arche sainte ont brûlés et comme le veut la tradition juive sont enterrés dans le cimetière juif.
La destruction en 1938
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, lors des pogroms de la Nuit de cristal, la synagogue est incendiée par le groupe d'intervention Germania de la SS de Radolfzell. Les pompiers ont l'interdiction d'éteindre l'incendie, et ne sont appelés que pour protéger les bâtiments aux alentours et surtout l'église catholique voisine. Au contraire, toutes les fenêtres de la synagogue sont ouvertes afin de créer un appel d'air et activer le feu. La synagogue n'est très rapidement plus qu'un champ de ruines fumantes.
Le lendemain les autorités nazies organisent des visites de propagande devant la synagogue en ruine pour les classes scolaires.