Le phénomène de coségrégation du brin matrice de l’ADN a été observé dans différents systèmes.
Les premières observations ont été faites dans les racines des plantes Vicia faba et Triticum boeoticum par Karl Lark et al. [2] en substituant la thymidine par de la thymidine tritiée.
L’observation qui a été faite est que l’analogue de thymidine avait tendance à se retrouver en grande majorité dans une seule des 2 cellules filles, allant dans le sens d’une coségrégation du brin matrice de l’ADN. Plus tard, des études faites dans les cellules souches de la crypte intestinale par Potten et al. ont également montré que ces dernières étaient capables de coségréger le brin matrice de l’ADN grâce à l’administration d’analogues de thymidine et de thymidine tritiée[3].
La thymidine tritiée administrée lors du développement postnatal de souris a permis de marquer le brin matrice de l’ADN. Sachant que ces cellules sont en continuel renouvellement pour assurer le renouvellement de la paroi intestinale, appuyé par le fait que l’administration d’un analogue de thymidine montre que ces cellules cyclent en permanence, et trouvant malgré cela des cellules retenant le marquage sur de très longues périodes (Labeled Retaining Cells ou LRCs) alors qu’elles auraient dû le diluer et passer sous le seuil de détectabilité, les auteurs en concluent que ces cellules coségrégent le brin matrice de l’ADN[3].
Depuis, de nombreuses autres observations ont été faites. Dans les cellules souches des glandes mammaires de la souris en 2005 par Gilbert Smith [4] ou dans les cellules souches neuronales qui retiennent l’analogue de thymidine tout en étant mitotiquement active par Derek van der Kooy[5]. La ségrégation asymétrique de l’ADN a été également montrée par vidéomicroscopie dans le laboratoire du D. Shahragim Tajbakhsh [6], dans les cellules satellites qui sont les cellules souches du muscle squelettique.
Ces chercheurs ont également montré que la cinétique de dilution de l’analogue de thymidine est en accord avec le mécanisme de coségrégation du brin matrice de l’ADN, et ce, utilisant deux paradigmes différents : la croissance juvénile et la régénération après une blessure. Ces expériences ont été confirmées en 2007 par Michael Conboy et al [7] durant la régénération du muscle squelettique. Pour ce faire, les auteurs ont marqués le brin néosynthétisé et ont montré que la cellule conservant les caractères les plus souches héritaient des anciennes chromatides, alors que les cellules héritant des brins néosynthétisés ont des caractères de cellules plus différenciées.
Plus récemment, la coségrégation du brin matrice de l’ADN a été montrée dans d’autres organismes comme la Drosophile [8] ou chez la bactérie E.coli[9]. Enfin des modèles mathématiques ont été établis montrant que le nombre de mutations accumulées au cours de la vie d’un individu et pouvant conduire à l’apparition de cancers était compatible avec l’hypothèse de coségrégation de l’ADN, supportant l’idée que les cellules souches se protégeraient des mutations par ce mécanisme. Ce mécanisme rend même plus efficace la réparation de l’ADN si la coségrégation des brins matrices se produit [10] [11].
Il faut cependant garder à l’esprit que toutes ces expériences se basent sur l’administration de thymidine tritiée ou d’analogues de thymidine qui peuvent interagir avec le mécanisme et engendrer des artéfacts. Il faut également prendre en compte le fait que la plupart des études sont réalisées in vitro et nécessitent la confirmation des résultats in vivo. De plus, la cinétique exacte de ces cellules souches ainsi que leur identification non ambiguë doit être réalisé avant toute étude, ce qui n’est pas toujours le cas. Certaines études ont montré l’absence de coségrégation du brin matrice de l’ADN. Dans l’embryon de C.elegans [12] par exemple ou les cellules souches du follicule pileux chez la souris [9,13].