Le genre Triturus (de Triton, dieu grec fils de Poséidon, et du grec οὐρά Oura signifiant queue) regroupe treize espèces de tritons, des amphibiens localisés en Europe, en Asie mineure autour de la Mer Noire et dans les régions occidentales bordant la Mer Caspienne, à l'est de l'Oural.
Description
Mâle de Triton palmé
Les tritons ressemblent à des petits lézards aquatiques, de 7 à 15 cm de long selon l'espèce. Ils sont munis d'une queue aplatie latéralement, à la différence de leurs proches cousines salamandres. Le genre Triturus présente un remarquable exemple de dimorphisme sexuel, le mâle et la femelle étant souvent très différents morphologiquement, en particulier lors de la période de reproduction, où le mâle arbore une livrée nuptiale souvent très colorée, différente de son apparence du reste de l'année. La femelle est en général plus terne et plus grande que le mâle, excepté chez les espèces vulgaris, ophryticus et vittatus.
Les individus adultes gardent parfois des caractères juvéniles (phénomène de néoténie, également présents chez d'autres membres de l'ordre des urodèles).
Nomenclature et systématique
Le genre Triturus regroupe les tritons au sens strict (certaines espèces appelées « tritons » dans le langage courant n'appartiennent pas à ce genre). Ce sont des amphibiens urodèles (du grec οὐρά Oura signifiant queue, et « dêlos », visible : amphibien dont la queue est bien développée et visible au stade adulte) appartenant à la famille des Salamandridés.
Le genre Triturus pose quelques problèmes aux taxonomistes. Triturus karelinii a par exemple été classé de dix huit façons différentes, et le triton ponctuéTriturus vulgaris a eu au cours de l'évolution de la classification plus de 80 synonymes taxonomiques !
Plusieurs tentatives ont été faites dans l'histoire de l'herpétologie afin de différencier plus précisément le genre Triturus. D'une façon générale, une distinction informelle est possible, en regroupant les espèces à petit corps (comme le Triton palmé, le Triton ponctué, ou le Triton italien) d'une part, et les espèces à grand corps (comme le Triton marbré ou le Triton crêté) d'autre part. Le zoologiste yougoslave Bolkay proposa déjà en 1928, trois sous-genres en remplacement de Triturus, nommés Paleotriton, Mesotriton et Neotriton.
À l'heure actuelle, les modifications de la classification proposée ne font pas encore l'unanimité au sein de la communauté scientifique, elles ne sont citées ici que pour information. Néanmoins les progrès qu'a permis l'approche phylogénétique de la classification font que les spécialistes s'accordent à dire que le genre Triturus est bien un assemblage polyphylétique
Steinfartz et. al proposent la nouvelle classification, en partie fondée sur des études précédentes, où le genre Triturus est scindé en trois genres : Lissotriton boscai (Lataste, 1879)
Lissotriton (Bell, 1839) pour les espèces à petit corps, anciennement Triturus boscai, T. helveticus, T. italicus, T. montandoni et T. vulgaris, qui deviennent selon ce système :
Ommatotriton pour les espèces T. ophryticus (espèce décrite à partir des populations méridionales de Triturus vittatus et T. vittatus (décrite à partir des populations septentrionales),
Mesotriton, genre contenu seulement le triton alpestre T. alpestris,
les espèces restantes demeurent dans le genre Triturus.
Répartition géographique
Triturus alpestris
Triturus boscai
Triturus carnifex
Triturus cristatus
Triturus dobrogicus
Triturus helveticus
Triturus italicus
Triturus karelinii
Triturus marmoratus (vert),
Triturus montandoni
Triturus vulgaris
Comportement et reproduction
Triton alpestre mâle en livrée nuptiale.
Les membres du genre Triturus passent une partie de l'année sur la terre ferme, n'allant dans l'eau que lors de la reproduction (biologie). Durant cette période les mâles de chaque espèce développent une crête (plus ou moins grande et découpée) sur le dos et la queue, parfois vivement colorée.
Au contraire de nombreuses espèces d'amphibiens Anoures (grenouilles, crapauds et rainettes), les tritons, comme les autres membres de l'ordre des Urodèles, ne chantent pas lors de la période de reproduction. Les tritons possèdent néanmoins une parade nuptiale tout à fait particulière : le mâle nuptial (arborant une crête et des couleurs plus vives que la femelle), se place devant la femelle et agite la queue le long de son corps, en direction de la femelle. Par ces mouvements, il diffuse vers la femelle des phéromones sécrétées par des glandes dorsales et cloacales, dans le but de séduire la femelle.
Bien qu'il y ait de grandes similarités dans la parade nuptiale chez tous les tritons, on peut noter quelques nuances selon l'espèce. Triturus vittatus est par exemple la seule espèce à agrémenter ses danses nuptiales de mouvements de la tête de haut en bas.
À la fin de la parade nuptiale, le mâle dépose sur le fond un spermatophore, petite capsule blanche de forme allongée, comprenant les spermatozoïdes, que la femelle va recueillir par son cloaque. La fécondation sera alors interne. La femelle, après la maturation des œufs, les déposera un par un en général sur la face inférieure des feuilles de plantes aquatiques, qu'elle replie sur l'œuf avec ses pattes arrières. Quelques centaines d'œufs seront ainsi déposés. En quelques semaines les œufs éclosent et les larves (on ne parle pas de "têtards", ce terme étant réservés aux anoures) commencent leur développement. Strictement aquatiques au départ, les larves sont munies dans un premier temps de branchies externes souvent bien visibles. Elles acquerront au cours de leur développement des poumons, permettant aux adultes de vivre sur la terre ferme. 6 à 9 semaines sont nécessaires aux larves afin d'accomplir la métamorphose.