En 1948, Yona Friedman expérimente en Israël la conception de l’habitat qui n’est pas un objet livré à l’habitant mais qui répond aux nouveaux schémas d’une organisation sociale nouvelle de cet État naissant.
Dès 1953 il s’intéresse aux structures spatiales en trames cubiques, et rapidement ses projets 1960 proposent des mégapoles hors sol répondant au problème de la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale puis celui de la démographie galopante. Ces villes spatiales seraient constituées de structures de cellules d’habitat mobile qui suivraient l’habitant dans ses pérégrinations en s’accrochant sur une infrastructure porteuse mise à sa disposition, qui fournit les fluides et a des dispositifs pour circuler.
Yona Friedman pose des principes d'auto-planification à partir des années 1970 en rupture avec le rôle dévolu traditionnellement à l’architecte : celui-ci n’est plus le concepteur organisateur mais il est un consultant fournissant des connaissances en écologie.
Les conurbations et la notion d’espace parcouru et de temps pris en déplacement l’amènent à la ville continent, ruban urbain aéré 'transparent' mince mais continu, un « réseau », qui étant élevé hors du sol à une hauteur de plus de 10 étages libère le terrain pour par exemple les besoins de l’agriculture, par exemple s'affranchir des contraintes naturelles géographiques (un projet présenté traversait La Manche), par exemple bâtir une strate moderne d'habitat sur des cités historiques.
Puis Yona Friedman conceptualise le respect de l’espace personnel intime dans les mégapoles par l’idée de la ville privée, devenue une sorte de quartier virtuel, une restriction selon lui au sens mathématique mais ni topographique ni sociale, obtenue par le codage-décodage effectif par l’affectif personnel de l’individu qui filtre dans le « réseau » l’espace réel qui de son côté malaxe de fait toutes les disparités réelles.
La démarche est systémique, l’architecture n’est pas une esthétique de la construction, et l’architecte est un conseiller du collectif des utilisateurs, il reste cependant un acteur principal, même s'il n'est plus celui qui veut laisser son empreinte pour la postérité.
Certaines caractéristiques des propositions initiales de Yona Friedman sont retrouvées par exemple dans l’urbanisme et architecture des grands ensembles d’habitat populaire de la période High-Tech 1970 : ce sont la notion du sol « libéré » et les circulations spécialisées, plus la mixité sociale initialement prévue dans certaines réalisations. (Mais qui sont en fait des urbanisation et architecture fonctionnelles). Cette théorie universelle est fondée sur une analyse de système qui s’est voulue affinée au cours du temps avec une écoute sur place des acteurs des différentes sociétés : Yona Friedman passe du système des planchers et cloisons amovibles de sa première structure vers 1950 (système ayant inspiré les japonais à partir de leur propre concept de cloisonnement de l’habitat) au système qui fait usage des matériaux locaux tels que les déchets industriels ou le bambou vers 2000, ce sont des matériaux constitutifs par leur disponibilité sur place du choix du système constructif abordable par tous.
Yona Friedman ne se considère cependant pas comme utopiste, en s’appuyant sur ce que ses projets qui sont présentés à des concours internationaux importants sont d’une technicité connue et sur ce que ses enseignements ont eu des retombées pratiques sur l’urbanisme publiquement prôné par des instances dont l'objet est la régulation et que certains projets ont fait l'objet d'une construction réelle (exemple de l’application de ses principes d’auto-planification au Lycée Bergson d’Angers).